Qu'est-ce qui freine les investissements?

Publié le 04/11/2016 à 08:50

Qu'est-ce qui freine les investissements?

Publié le 04/11/2016 à 08:50

Mais pourquoi les entrepreneurs manufacturiers boudent-ils des investissements en équipement, qui tireraient leur productivité vers le haut ? La réponse à cette question est multiple et relève souvent plus de leur état d’esprit que de celui de leurs finances.


« Le contexte économique devient plus favorable aux entreprises de fabrication au Québec, et il y a de belles opportunités à saisir, mais la faiblesse de leurs investissements dans l’équipement les empêchent d’en profiter », explique Louis J. Duhamel, conseiller stratégique, entreprises en croissance pour le Québec de Deloitte. Il juge, par exemple, que les PME manufacturières d’ici ne sont pas prêtes à profiter de l’accord de libre-échange avec l’Europe, alors qu’ils bénéficieront d’un avantage tarifaire par rapport à leurs concurrents américains sur ce vaste marché.


Celui qui sillonne le Québec depuis cinq ans dans le cadre de la tournée manufacturière de Deloitte ne croit pas que le manque de liquidités soit en cause. « Les entreprises ne défraient pas souvent ces coûts avec leurs fonds propres, rappelle-t-il. Or, il y a amplement de capital d’investissement ou de financement disponible au Québec. Et il a été maintes fois démontré que des investissements dans l’équipement augmentaient la productivité. »


Reprendre confiance


Alors quoi ? M. Duhamel recense pas moins de 15 freins, dont plusieurs relèvent de facteurs intangibles comme le manque de confiance de l’entrepreneur, son aversion au risque ou son manque de vision à long terme. Selon lui, le secteur manufacturier a connu des moments si pénibles que le moral et la confiance en l’avenir n’y sont pas très élevés. « Il faut ramener l’enthousiasme », lance-t-il.


Et cela commence par en haut. Il donne l’exemple de Barack Obama, qui a été très interventionniste depuis plusieurs années. Ses efforts ont porté fruits. Le secteur manufacturier américain équivaut, à lui seul, à la 9e économie mondiale. « Il a montré que le déclin du manufacturier aux États-Unis n’était pas une fatalité, il faut faire de même ici », soutient M. Duhamel. Il espère que l’initiative Manufacturier Innovant, menée par Investissement Québec et plusieurs partenaires y contribuera. Est-ce que l’élection de Donald Trump viendra changer la donne ? Personne n’ose se prononcer sur la question. Il faudra voir les politiques mises en place.


Vaincre la peur


« L’aversion au risque est un frein », soutient Richard Blanchet, PDG de Sous-traitance industrielle Québec (STIQ). Et pour cause. Car si les bénéfices potentiels sont grands, le risque est parfois élevé. L’automatisation, la robotisation ou l’implantation d’un ERP peuvent coûter plusieurs centaines de milliers de dollars, au bas mot.


« Or, depuis plusieurs années les entrepreneurs manufacturiers ont de la difficulté à voir loin, dit-il. Le carnet de commandes ne se remplit qu’à court terme. Ils osent donc moins prendre des risques financiers importants. C’est comme un consommateur qui endure sa veille voiture parce que sa situation d’emploi est incertaine. »


« L’implantation des changements fait particulièrement peur, parce qu’il faut continuer à produire en même temps, en maintenant la même cadence et une aussi grande qualité », ajoute François Gingras, directeur équipements et productivité au Centre industriel de recherche du Québec (CRIQ).


De l’expertise à portée de main


C’est d’autant plus vrai pour les entreprises détenant moins d’expertise à l’interne dans le domaine concerné. C’est d’ailleurs l’un des plus grands freins bloquant le virage numérique. Les entrepreneurs manquent de connaissances pour comprendre les avantages concrets qu’ils en tireraient, choisir les bonnes technologies et les implanter correctement.


Une bonne partie des échecs proviendrait ainsi d’une sous-estimation de la complexité, ainsi que du temps et de l’argent que coûte l’implantation de ces nouvelles technologies. Et les entrepreneurs ayant connu des déboires hésitent ensuite à se relancer dans d’autres investissements.


« C’est complexe, mais il y a de l’aide disponible que ce soit pour aider à déterminer les besoins, planifier les changements, implanter les technologies ou former les employés, soutient Louis J. Duhamel. Toutefois, les entrepreneurs la connaissent peu. Il faut les sensibiliser à l’importance de se moderniser, mais aussi les informer quant à l’accompagnement qu’ils peuvent aller chercher pour réussir leur projet de modernisation. Si la confiance revient, les investissements remonteront. »


Retour au dossier S'équiper pour rester à l'avant-plan


image

Objectif Nord

Mardi 25 septembre


image

Gestion du changement

Mercredi 03 octobre


image

Marché du cannabis

Mercredi 10 octobre


image

Expérience client

Mercredi 14 novembre


image

Communication interne

Mardi 27 novembre


image

Gestion de la formation

Mercredi 05 décembre


image

Contrats publics

Mardi 22 janvier


image

Sommet Énergie

Mardi 29 janvier


image

Financement PME

Mercredi 30 janvier

DANS LE MÊME DOSSIER

Sur le même sujet

Fitch abaisse ses prévisions de croissance mondiale

21/09/2018 | AFP

« La guerre commerciale est désormais une réalité », estime Brian Coulton, le chef économiste de Fitch.

Style croissance : une surperformance justifiée

Édition du 15 Septembre 2018 | Stéphane Rolland

La victoire du style croissance sur le style valeur n'a rien d'irrationnel, selon John Rekenthaler, vice-président de ...

À la une

Nos déchets, ce nouvel or brun

Édition du 28 Juillet 2018 | Alain McKenna

L’économie de marché ­peut-elle sauver la planète?  ­Oui, répond d’emblée l’Alliance canadienne pour l’innovation.

«Le véritable enjeu de la SAQ»... de 2005 à aujourd'hui

#90ansenaffaires | On parle beaucoup de la Société des alcools du Québec (SAQ) du Québec ces derniers jours...

Privatisation de la SAQ: des résultats au mieux mitigés

La privatisation de la SAQ aurait des résultats au mieux mitigés, révèle une étude commandée par le gouvernement.