Le défi du montage financier

Publié le 04/11/2016 à 08:50

Le défi du montage financier

Publié le 04/11/2016 à 08:50

Le capital ne manque pas au Québec pour financer des projets d’investissement en équipement manufacturier. Le défi est de réaliser le montage financier idéal pour l’entreprise, en misant sur des partenaires offrant différentes facilités de paiement.


Depuis 2001, Raufoss Canada fabrique des pièces automobiles en aluminium forgé à son usine de Boisbriand. Et son marché est en train de changer. « Les automobiles doivent être de plus en plus légères, car cela permet de diminuer leur consommation d’essence et donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre, explique le PDG Jean Meredith. Pour y arriver, les constructeurs misent beaucoup sur l’aluminium. »


Pour répondre à cette augmentation de la demande, Raufoss Canada agrandira son usine québécoise, dont les produits sont exportés à 97 % vers les États-Unis, le Mexique, la Chine ou l’Europe. En plus de moderniser l’une des deux lignes de production de l’usine, Raufoss ajoutera une nouvelle ligne de forgeage à chaud, laquelle sera la plus avancée technologiquement au monde. L’usine elle-même deviendra l’une des plus automatisée au Québec.


Un projet de 49 M$, réalisé de 2016 à 2019. Une partie du financement à été trouvé du côté d’Investissement Québec et du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI), via un prêt sans intérêt de 7 M$ dans le cadre du programme ESSOR. De son côté, Développement économique Canada (DEC) offre une contribution remboursable de 2 M$ en vertu du Programme de développement économique du Québec (PDEQ). D’autres partenaires de Raufoss, comme la Banque de développement du Canada (BDC) et la Banque nationale du Canada contribuent.


« C’est long et complexe faire un montage financier pour investir une aussi forte somme en équipement, admet Jean Meredith. C’est beaucoup de travail. Mais nous avons obtenu une excellente collaboration de nos partenaires financiers. »


Partenaires complémentaires


Du crédit-bail aux prêts bancaires, en passant par un financement du manufacturier ou un programme gouvernemental, les formules de financement pour défrayer les coûts d’investissements en équipement ne manquent pas. Chacune a ses avantages et ses inconvénients. Les banques traditionnelles, par exemple, exigent des garanties assez élevées. Des joueurs comme DEC, BDC ou Investissement Québec, eux, n’entreront dans la danse que si l’entrepreneur a déjà d’autres appuis financiers.


« Nous sommes complémentaires, confirme Simon Sanschagrin, directeur de portefeuille d’IQ à Québec. Nous ne remplaçons pas le banquier, nous ajoutons de la valeur et de la flexibilité dans le montage financier. » Investissement Québec part des besoins de l’entrepreneur, elle ne tente pas de le faire entrer dans un programme standard et rigide.


Plusieurs facilités de paiement peuvent être envisagées. Les moratoires sont fréquents. Ils permettent à l’entreprise de ne commencer à rembourser que six, douze ou même 24 mois plus tard, une fois le projet de modernisation complété. Les remboursements peuvent aussi être modulés « en escalier », c’est-à-dire qu’ils augmenteront progressivement. Des paiements « ballons » sont possibles. Dans ce cas, l’entrepreneur paie une certaine somme régulièrement, en plus de verser un montant forfaitaire à différentes échéances prédéterminées.


Les taux d’intérêt sont fonction du risque, comme pour la plupart des prêteurs. Ces derniers sont organisés en rang, suivant l’ordre dans laquelle ils pourront récupérer leurs billes en cas d’échec de l’entreprise. Les prêteurs de premier rang sont les créanciers prioritaires. Des organismes comme IQ sont des prêteurs de second rang. Leurs taux se situent généralement entre 8 et 10 %, soit dans la fourchette inférieure pour ce type de prêteurs, dont les taux sont généralement plus près des 12 à 14 %


Quels sont les critères évalués par les prêteurs ? « Nous regardons d’abord l’entrepreneur lui-même, explique Michel Bourgault, directeur régional Sud-Est du Québec à IQ. Nous scrutons son historique, la réussite de projets dans le passé, le ratio d’endettement de son entreprise. Le risque est élevé pour nous, car si l’entreprise échoue, nous avons peu de chance de récupérer notre investissement. Alors les fondamentaux de l’entreprise doivent être bons, et le projet doit faire du sens, en fonction notamment de l’état du marché. »


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