1. Ciblez vos menaces et vos occasions

Offert par Les Affaires


Édition du 07 Avril 2018

1. Ciblez vos menaces et vos occasions

Offert par Les Affaires


Édition du 07 Avril 2018

Par Martin Jolicoeur

En intégrant de nouveaux paramètres empruntés aux dernières avancées de l’intelligence artificielle, Frank & ­Oak souhaite améliorer ses fonctionnalités de suggestion d’articles aux consommateurs. [Photo: Raphael Ouellet]

DOSSIER TRANSFORMATION NUMÉRIQUE — Tel un rouleau compresseur, la transformation numérique s'impose partout sur la planète et dans à peu près toutes les sphères d'activité. Les changements rapides que provoque le 4.0, cette quatrième révolution industrielle, celle d'un monde hyperconnecté, seront sans merci pour tous ceux qui n'auront pas su prendre le virage à temps. Partout, les bouleversements sont majeurs et forcent des industries entières à se réinventer ou... à mourir.


« Je ne peux m'imaginer l'avenir du Québec sans le numérique. C'est la réalité d'aujourd'hui et assurément celle de l'avenir. Le numérique est une absolue nécessité. » La vice-première ministre et ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, ne passe pas par quatre chemins lorsqu'elle est interpellée sur les conséquences possibles du virage numérique pour l'économie et l'écosystème entrepreneurial de la province.


La mouvance actuelle, que d'aucuns qualifient de « tempête parfaite », frappe particulièrement sur deux fronts. D'abord, les secteurs qui présentent une faible barrière à l'entrée, vulnérable à l'arrivée de nouveaux venus, petits et plus agiles. Ensuite, les entreprises établies de longue date qui dominent souvent leur marché et qui tirent le gros de leurs revenus d'une seule et même activité.


Le temps presse. « Dans quatre, cinq ou six ans, il sera trop tard », prévient la ministre Anglade qui a choisi de consacrer 1,5 milliard de dollars dans le déploiement de sa Stratégie numérique du Québec. Un plan de match de cinq ans qui vise à permettre à un maximum d'entreprises québécoises d'entrer de plain-pied dans l'économie du numérique. Le Québec n'est pas si en retard sur les autres, insiste-t-elle, mais il ne peut se permettre de laisser passer le bateau.


De la résistance demeure, bien sûr, çà et là. Tous les secteurs ne sont pas au même stade d'avancement. Par exemple, le quart des entreprises du pays sont encore considérées dans le milieu comme des « décrocheurs informatiques », estime Yves Paquette, président fondateur de Novipro, spécialiste de l'accompagnement des entreprises dans leur processus de numérisation. Les choses s'améliorent cependant, reconnaît-il. Selon une étude de Léger, produite pour Novipro, plus de 80 % des entreprises canadiennes prévoient des dépenses technologiques importantes au cours des deux prochaines années. C'est là, note-t-il, une amélioration par rapport aux années passées. Toutefois, s'inquiète-t-il, le développement de technologies de pointe comme l'intelligence artificielle ne représenterait encore une priorité que pour 23 % des organisations.


Les Affaires a choisi de se pencher sur le cas de certains secteurs en particulier afin de comprendre ce que la transformation numérique pourrait leur apporter et leur faire perdre.


FABRICATION : 38 % D'ENTREPRISES À LA TRAÎNE


Le secteur manufacturier demeure important, représentant 14 % du PIB de la province, près de 500 000 emplois directs et 90 % de ses exportations. Grâce au 4.0, les experts estiment qu'une « réindustrialisation » de l'Amérique du Nord devient possible. C'est une sorte de revanche sur le passé dont le Québec pourrait profiter, pourvu que l'industrie s'engage rapidement dans sa transformation numérique, soutient Louis Duhamel, conseiller stratégique et spécialiste du secteur manufacturier innovant chez Deloitte.


Grâce aux nouveaux moyens de mesure et de communication, l'usine intelligente permet à l'ensemble des parties prenantes d'une entreprise - qu'on pense aux employés, aux systèmes, aux machines et aux robots, aux fournisseurs, aux produits fabriqués et même aux clients - de communiquer, d'interagir et de coopérer entre eux, le tout en temps réel.


« Nous ne sommes plus dans la logique d'acquisition d'équipements comme dans l'automatisation, résume Guillaume Ducharme, vice-président du Cefrio. Nous sommes davantage dans une logique de révision des processus, dans une logique de systèmes qui analysent des données, qui tissent des liens afin d'anticiper des situations au fur et à mesure qu'elles se présentent. »


Selon une étude du Boston Consulting Group, les entreprises qui ont entamé le virage 4.0 indiquent avoir accru leur productivité de 60 %, réduit leurs coûts d'exploitation de 50 % et amélioré la qualité globale de leurs produits de 42 %.


Néanmoins, le chemin est encore long. Une étude récente révèle que seulement 8 % des entreprises manufacturières du Québec aurait atteint un degré de maturité supérieur, et pas moins de quatre entreprises sur dix (38 %) sont carrément à la traîne. Les chercheurs qualifient leur degré de maturité industriel d'« artisanal ».


FINANCE ET BANQUES : BEAUCOUP DE NOUVEUX VENUS


La multiplication des banques en ligne, l'apparition des robots conseillers, la technologie de la chaîne de blocs (blockchain), les promesses de l'intelligence artificielle, l'utilisation de mégadonnées (big data) et le lancement presque ininterrompu d'applications numériques nouvelles, souvent issues de fintechs, poussent les banques dans leurs derniers retranchements.


Nulle entreprise ne peut se permettre de voir sa clientèle changer ou d'être courtisée sans réagir. Le secteur doit donc investir massivement dans le développement de solutions numériques. Chez Desjardins, on parle bon an, mal an, d'investissements de plus de 1 G$ par année. De plus, les besoins et les habitudes de consommation des services financiers n'ont plus rien à voir avec ce qu'ils étaient. À preuve, en 2017, AccèsD, le portail numérique de Desjardins, a enregistré 72 % plus de transactions que cinq ans plus tôt, et 1,4 million de transactions y sont réalisées chaque jour.


Des fintechs que la clientèle adopte


Des acteurs comme Tangerine (ex-ING Direct), passés aux mains de la Banque Scotia, ou la torontoise Wealthsimple, fondée il y a trois ans et aujourd'hui contrôlée par Power Corporation, ne sont que deux exemples de nouveaux venus qui forcent le secteur bancaire traditionnel à réviser en permanence leur modèle d'affaires. Les 25-34 ans, à l'aise financièrement et adeptes de nouvelles technologies, sont les plus perméables à leurs avances. Et ils ne sont pas les seuls.


Selon EY, 18 % de la population canadienne (33 % chez les 25-34 ans) faisait usage fréquent de technologies offertes par les fintechs en 2017, comparativement à une moyenne de 33 % dans les 20 pays étudiés. EY prévoit que son prochain coup de sonde de 2018 révélera un taux d'adoption de technologies fintechs de l'ordre de 34 % au Canada. Pour faire face à cette menace, de plus en plus de banques traditionnelles décident d'établir des partenariats avec des fintechs.


La blockchain pour économiser ?


Enfin, la blockchain constitue une menace, mais aussi, semble-t-il, une occasion pour qui saura s'en inspirer à l'interne. Pour Santander, l'une des plus importantes banques d'Espagne, l'utilisation de la blockchain pourrait éventuellement permettre aux banques des économies de milliards de dollars annuellement en réduction « de coûts d'infrastructure liés aux paiements internationaux, au trading (courtage, négociations d'actions) et à la mise en conformité ».


COMMERCE DE DÉTAIL : CE N'EST QUE LE DÉBUT


Frappé de plein fouet par le commerce électronique et des géants du Web, les détaillants de partout se voient forcés de transformer leurs façons de faire.


Aux États-Unis, pas moins de 6 000 magasins ont fermé leurs portes en 2017. Ici, La Maison Simons, qui exploite aujourd'hui 15 magasins au pays, tente aussi de s'adapter. Elle s'apprête à construire, au coût de 125 millions de dollars, un nouveau centre de distribution pour mieux répondre aux besoins du numérique.


Le prélude à d'autres transformations


Léopold Turgeon, PDG du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), prévient que la transformation en cours risque encore de s'accélérer. D'ici deux à cinq ans, prévoit-il, les consommateurs verront un nombre croissant de robots les servir en boutique, les vendeurs faire l'usage de systèmes de reconnaissance faciale pour mieux les conseiller, et d'autres utiliser la réalité virtuelle pour permettre de mieux visualiser un décor ou un agencement de vêtements proposé.


Conscient du retard des détaillants de la province en la matière, Québec a consenti 4,6 M$ il y a un an pour les appuyer dans leur nécessaire virage numérique. Cette somme permet à une équipe volante de dix spécialistes d'accompagner quelque 1 300 détaillants partout au Québec.


De petits commerces comme Allez Housses, l'animalerie Woouf et Mère Hélène profitent de ce programme. Le besoin est grand, car si 90 % des entreprises québécoises du secteur du commerce de détail disposent maintenant d'un site Web, seulement 38 % d'entre eux sont transactionnels, c'est-à-dire qu'ils permettent aux clients d'effectuer un achat, s'inquiète le président du CQCD.


Un risque calculé


L'intelligence artifcielle offre cependant de belles possibilités. Le pionnier du commerce électronique montréalais, Frank & Oak, entend profiter de sa dernière ronde de financement de 20 M$, menée à la Caisse de dépôt et placement du Québec, pour améliorer l'expérience de ses clients en ligne. En intégrant de nouveaux paramètres empruntés aux dernières avancées de l'intelligence artificielle, l'entreprise souhaite améliorer ses fonctionnalités de suggestion d'articles aux consommateurs. « Nous croyons qu'à l'avenir, l'expérience de la clientèle en ligne en sera moins une de recherche d'items [...] que de gestion des recommandations qui lui seront faites », résume Ethan Song, cofondateur et chef de la direction du détaillant.


Une plus grande informatisation du système en vigueur constituerait un premier pas dans la bonne direction afin de résoudre les problèmes nombreux qui minent le système de justice.


JUSTICE : RETARD ÉNORME, POTENTIEL ÉNORME


Archaïque, dépassé, figé dans le temps : ce ne sont là que quelques-uns des termes que le bâtonnier du Québec, Paul-Matthieu Grondin, emploie pour qualifier le système de justice actuel. « Entre 1978 et 2018, désespère-t-il, rien n'a changé. » Des kilomètres de documents papiers, classés dans les mêmes chemises, identifiés par les mêmes étiquettes, et parsemés des mêmes Post-it. Tout se passe comme il y a 40 ans dans les palais de justice de la province, que l'avocat compare à de vastes « hangars à papiers ». Dans un tel contexte, une plus grande informatisation du système et des procédures en vigueur constituerait un premier pas dans la bonne direction afin de résoudre les problèmes nombreux qui minent le système, taxé d'inefficace, lent et coûteux.


La justice prédictive


Dans tout cela, l'introduction de l'intelligence artificielle dans le secteur de la justice créerait un tsunami. Les recherches jurisprudentielles, souvent fastidieuses et coûteuses pour les clients, gagneraient probablement en précision et en temps.


Elle permettrait aussi davantage de « justice prédictive ». À l'essai dans plusieurs juridictions actuellement, de nouveaux outils informatiques permettent d'assister le système de justice. Aux États-Unis, certains États ont recours à de tels outils pour déterminer si un suspect doit ou non être incarcéré dans l'attente de son procès. Ailleurs, d'autres logiciels proposent de prédire l'issue d'un différend et de l'indemnité envisagée. Dans des causes simples ou répétitives, d'aucuns croient que les délais et les coûts pourraient être considérablement réduits par la suggestion de jugements formulés par de tels logiciels.


Une profession menacée ?


Au-delà des considérations déontologiques ou philosophiques liées à ces avancées technologiques qui se poseront inévitablement, doit-on s'attendre à une crise de l'emploi dans le secteur du droit ? Car qui dit plus grande efficacité du système, réduction des délais, simplification des procédures et baisse radicale des coûts de la justice pour la clientèle, dit aussi possible diminution marquée des heures facturables pour les avocats, les techniciens juridiques et autres employés du secteur.


Certes, reconnaît le bâtonnier, une justice aux procédures moins lourdes diminuerait en théorie les possibilités de revenus pour les avocats. En contrepartie, fait-il valoir, une justice plus rapide et moins coûteuse permettrait aussi à un plus grand nombre de citoyens d'exercer des recours. Dans le système actuel, soutient-il, c'est 80 % de la population (ni riche ni suffisamment pauvre aux yeux de l'aide juridique) qui n'a pas accès à la justice. Un tel nouveau bassin de clientèle suffira à ses yeux à compenser les risques économiques liés à la transformation numérique en cours dans le système juridique.


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