André Bisson, administrateur émérite : en imposer sans s'emporter

Publié le 11/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 10:37

André Bisson, administrateur émérite : en imposer sans s'emporter

Publié le 11/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 10:37

Par Marie-Claude Morin

Au fil de sa carrière, André Bisson a siégé à une quarantaine de CA, dont ceux de l'Université de Montréal (1979 à 2003), de l'INSEAD (1978 à 1998), de l'Hôpital Notre-Dame (1977 à 1996), d'AXA Canada (1990 à 2000), de la Financière Power (1986 à 2000), d

Pour souligner le parcours de cet administrateur d'expérience, le jury du concours Korn/Ferry Les Affaires lui décerne cette année le prix d'administrateur émérite.


Dans les bureaux du CIRANO, dont il préside le conseil d'administration, André Bisson se tient droit, le cheveu bien mis, les documents de référence à portée de la main. Dès les premières minutes, on comprend que l'homme de 82 ans n'est pas du genre à taper sur la table pour se faire entendre. Pourtant, cet administrateur au ton posé a laissé sa marque dans les nombreux conseils auxquels il a participé.


«Peu importe la situation, André Bisson a su impressionner ses collègues, autant par sa grande sagesse que par sa diplomatie légendaire», dit Denis Desautels, président du jury. Sans compter qu'en plus d'une carrière très diversifiée au sein du conseil de différents types d'entreprises, il a fait preuve d'un engagement exceptionnel à l'égard des organismes sans but lucratif. «Une forme de bénévolat exemplaire», commente M. Desautels.


De fait, André Bisson arrivait très préparé aux réunions du conseil de l'Université de Montréal lorsqu'il en était le chancelier, dans les années 1990 et au début des années 2000, constate Robert Lacroix, qui l'a côtoyé durant son rectorat. Il avait tout lu, annoté. «Il comprenait bien les enjeux, mais n'intervenait pas systématiquement. Seulement quand c'était nécessaire et pertinent.»


Surtout, il savait imposer le respect et arriver à ses fins sans faire de colères ni briser de chaises, raconte en riant le bouillant ex-recteur, qui dit s'être calmé à son contact. «Le côtoyer m'a aidé à prendre de bonnes décisions, sans antagonisme», dit-il. Peu porté sur les conflits, l'ancien chancelier préférait amener les parties à discuter, à participer. «Il en imposait par sa patience, sa gentillesse et son élégance», décrit M. Lacroix.


Claude Lamoureux a pour sa part connu André Bisson à l'Université Laval. Avant d'oeuvrer à l'Association des banquiers canadiens, puis à la Banque Scotia, à titre de premier vice-président et directeur général pour le Québec de 1971 à 1987, le Trifluvien d'origine a en effet enseigné l'administration dans les années 1950 et 1960. Un poste de professeur obtenu après avoir décroché un MBA à la Harvard University, auquel se sont ajoutés des doctorats honorifiques de l'Université du Québec et de l'Université de Montréal. «C'est un penseur, quelqu'un qui réfléchit», dit M. Lamoureux, qui parle d'un «choix fantastique d'administrateur émérite».


Pendant 45 ans, M. Bisson a participé à une quarantaine de conseils d'administration. Quand on lui demande ceux qui l'ont le plus marqué, il hésite, en nomme quelques-uns, revoit la liste, en nomme d'autres. «Ils ont pratiquement tous été marquants, vraiment !» conclut-il. N'empêche que certains fournissent davantage d'anecdotes à raconter à ses petits-enfants que d'autres...


Quand les Desmarais voient grand


André Bisson a vécu en direct l'expansion de l'empire Desmarais. À la demande de Paul Desmarais père, il a même quitté le conseil de Power Corporation pour joindre celui de la Financière Power, nouvellement créée pour regrouper les actifs financiers.


Il y était lors de l'achat de la London Life, en 1997. La transaction de 2,9 milliards de dollars avait beaucoup fait jaser, d'autant que la Banque Royale (banquier de Power) avait déposé une offre deux mois avant. Ce n'est pas pour rien que Paul Desmarais Jr avait suggéré aux membres du conseil «d'attacher [leurs] ceintures».


L'achat s'est révélé une belle réussite, se réjouit l'administrateur. «Ce fut une transaction très intéressante, parce que la direction avait tout étudié dans les moindres détails. Paul Desmarais Jr avait même fait vérifier combien de jardiniers travaillaient pour la London Life !» relate-t-il en riant.


Péladeau père s'impatiente


Les pertes financières n'étaient pas au goût de Pierre Péladeau, et l'homme d'affaires n'hésitait pas à le rappeler à ses administrateurs. André Bisson l'a constaté au conseil de Donohue durant un creux dans le domaine des pâtes et papiers.


«Péladeau arrive en retard, comme c'était généralement le cas. Tout d'un coup, bang ! Il frappe sur la table avec sa pile de documents, dont le budget, et déclare : «Vous n'approuverez pas ça. Je n'ai jamais fait une perte de ma vie et je ne commencerai pas maintenant. Vous allez réduire les coûts !»»


Autour de la table, tous étaient sidérés, raconte-t-il. «Curieusement, mais probablement de façon symbolique, nous avons décidé de commencer par le haut en éliminant nos honoraires.» Une colère de Péladeau, ça oblige à sortir des sentiers battus...


Il l'a échappé belle


En 2004, par un après-midi de janvier, le téléphone sonne dans le bureau d'André Bisson. Au bout du fil, Conrad Black, qu'il connaît par des amis communs. «Il bâtissait un nouveau conseil pour Hollinger et voulait que j'y siège.» Le magnat déchu de la presse lui assure que tous ses démêlés financiers sont réglés, qu'il a tout payé.


«Je lui ai dit que j'y songerais et lui ai demandé des documents pour savoir où en était exactement Hollinger», dit-il. Dans la voiture, le soir, sa femme le met vivement en garde. «Ne prends pas ça ! Ça va être un paquet de problèmes !» Il rappelle alors Conrad Black, mais il est déjà trop tard. Le flamboyant personnage a déjà présenté son nouvel administrateur dans un communiqué... André Bisson doit alors rectifier les faits en publiant lui aussi un communiqué, le tout créant une certaine confusion dans les médias. «Dieu que je l'ai échappé belle !» s'exclame-t-il.


À 82 ans, l'administrateur a dépassé l'âge de la retraite de bien des conseils, mais il continue d'être très actif. Il siège toujours aux conseils de Transat A.T. et de CIRANO, en plus de participer à des comités consultatifs. Sans oublier le temps passé en famille, avec ses deux filles et ses deux petits-enfants, et les escapades à New York pour écouter l'opéra au Metropolitan, une passion qu'il partage avec son épouse.

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