Vers une grappe de legal tech à Montréal

Offert par Les Affaires


Édition du 08 Octobre 2016

Vers une grappe de legal tech à Montréal

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Édition du 08 Octobre 2016

« Au Québec, le secteur des technologies juridiques n’est pas encore consolidé. Les occasions d’affaires sont considérables, c’est pourquoi mon associé [Philippe Lacoursière] et moi travaillons présentement à coordonner tous les acteurs du milieu pour cré

L'intérêt pour l'innovation dans le domaine judiciaire est passé de l'étape des adeptes de la première heure à celle d'une clientèle plus large. De grands cabinets se sont ainsi récemment associés à des grappes technologiques telles que MaRS LegalX, à Toronto.


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«Au Québec, le secteur des technologies juridiques n'est pas encore consolidé», constate Alexandre Désy, cofondateur de l'entreprise de technologie juridique OnRègle, à Montréal. «En Angleterre et en Australie, notamment, les legal tech forment déjà une industrie. Les occasions d'affaires sont considérables, c'est pourquoi mon associé et moi travaillons présentement à coordonner tous les acteurs du milieu pour créer une grappe montréalaise de legal tech d'ici l'an prochain.» Dans un premier temps, il vise à regrouper une dizaine d'entreprises de cette filière.


«Le droit, c'est encore du sur-mesure, constate l'avocat entrepreneur. La plupart des gens ne peuvent se le permettre. La solution, c'est d'automatiser le processus.» En fondant OnRègle avec Philippe Lacoursière, il souhaitait s'adresser à la part de marché qui échappe aux cabinets traditionnels : les décrocheurs judiciaires.


«OnRègle fournit une solution peu coûteuse aux particuliers et aux PME qui n'ont pas les moyens de régler leurs problèmes légaux dans le contexte de facturation horaire qui prévaut encore aujourd'hui, explique Philippe Lacoursière, également avocat. Nous avons automatisé la mise en demeure pour 50 $, un processus qui coûte 10 fois plus cher avec un avocat, et nous sommes en train d'optimiser la négociation de litiges en ligne.»


Une valeur ajoutée à l'avocat


Les technologies juridiques offrent des applications prometteuses en droit des affaires. Et les grands cabinets n'hésitent pas à les utiliser. C'est le cas de McCarthy Tétrault, chez qui la pratique en droit des affaires est désormais bonifiée par le logiciel Kira, mis au point en Ontario.


«Kira accélère le processus de vérification diligente et fait ressortir les grandes lignes des contrats d'acquisition», dit Charles Morgan, leader du groupe du droit de la technologie chez McCarthy. Adopté également par Deloitte et DLA Piper, le logiciel fait gagner jusqu'à 60 % du temps consacré à l'analyse des contrats par les avocats, «une économie majeure pour les entreprises», ajoute M. Morgan.


Le cabinet-conseil américain McKinsey & Co évalue que jusqu'à 23 % des tâches des avocats pourraient être automatisées. Cette automatisation modifie déjà la profession : les logiciels d'eDiscovery, par exemple, qui permettent aux entreprises d'archiver automatiquement tous les documents et communications électroniques, changent la façon d'aborder les montagnes de documents propres au litige commercial.


«En se délestant des tâches standardisées sans valeur ajoutée, qui prennent du temps et coûtent cher aux clients, l'avocat peut se consacrer à des réflexions stratégiques plus complexes en réponse à l'analyse logicielle», explique Alexandre Thibault, associé chez Therrien Couture et gestionnaire d'Edilex, une entreprise qui automatise les appels d'offres dans le secteur public, entre autres.


L'intelligence artificielle à la rescousse


L'intelligence artificielle vient quant à elle introduire le deep learning (apprentissage profond) dans l'équation. Des systèmes «autoapprenants» proposeront de nouveaux paramètres d'analyse et pousseront plus loin ce que les technologies juridiques offrent aujourd'hui. L'assistant logiciel Ross, dont le développement a reçu l'appui financier du cabinet Dentons, figure parmi les précurseurs de ce secteur somme toute embryonnaire. Imaginé par des étudiants ontariens, Ross opère grâce au logiciel de compréhension du langage familier Watson, d'IBM.


Il analyse une foule de sources juridiques pour fournir une réponse, des références et des solutions pertinentes à n'importe quelle question de droit formulée dans un langage clair. Ross acquiert aussi de nouvelles connaissances au fil de ses «interactions» avec les avocats qui l'utilisent. Le cabinet BakerHostetler en est le premier acquéreur pour sa pratique en faillite et insolvabilité.


Assister l'avocat, pas le remplacer


«De tels logiciels permettent d'évaluer très rapidement les risques qu'un cas se retrouve devant les tribunaux, et s'il n'y en a pas, d'envisager les modes alternatifs de résolution des conflits», constate Christelle Papineau, chercheuse au Laboratoire de cyberjustice de l'Université de Montréal. Ainsi, soutient-elle, même en intégrant l'intelligence artificielle dans l'offre technologique, le résultat n'est pas de remplacer l'avocat, mais de l'assister pour qu'il cible des solutions hautement adaptées aux besoins de ses clients, à un meilleur prix.


Le développement des technologies juridiques préoccupe néanmoins le Jeune Barreau de Montréal. «Nous sommes emballés par les legal tech, mais nous appréhendons aussi l'impact de l'automatisation des tâches de premier niveau sur les jeunes avocats, car ce sont souvent eux qui les effectuent, précise Extra Junior Laguerre, président du Jeune Barreau. Nous voulons prévoir la place des jeunes dans la pratique de demain, si le travail qui les aidait à parfaire leurs habiletés est automatisé.»


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