Les femmes dirigeantes, proies préférées des activistes

Publié le 01/02/2018 à 15:28

Les femmes dirigeantes, proies préférées des activistes

Publié le 01/02/2018 à 15:28

Par Conseiller

Les investisseurs activistes seraient plus enclins que les autres à cibler des compagnies dirigées par une femme, rapporte le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). 


Le MÉDAC indique que les hommes et les femmes qui dirigent des sociétés ouvertes ne semblent pas traités de la même manière par les actionnaires activistes, c’est-à-dire ceux qui font pression pour obtenir des changements en leur faveur dans les politiques menées par les grandes entreprises


Ce constat est en fait issu d’une récente étude de la revue américaine Journal of Applied Psychology dont les grandes lignes viennent d’être publiées par la Harvard Business Review. Les auteurs de l’étude, Vishal K. Gupta, Sandra Mortal et Daniel B. Turban, prennent notamment comme exemple d’activisme actionnarial la tentative d’actionnaires de Yahoo, en 2008, de faire accepter par le reste de la société une offre d’acquisition par Microsoft, alors que cela ne coïncidait pas avec la stratégie de la direction de l’époque.


DES RÉPONSES CONTRADICTOIRES


« Parfois, plusieurs actionnaires activistes se lancent dans ce qui est appelé des attaques en meute de loups et ciblent de manière simultanée une entreprise », expliquent-ils, ajoutant avoir constaté que « les femmes chefs d’entreprise font face à une plus grande menace d’activisme actionnarial que leurs homologues masculins ».


Après avoir analysé des données recueillies entre 1996 et 2013 portant sur plus de 3 000 grandes compagnies établies aux États-Unis, et après avoir également consulté une foule de documents réglementaires fournis par ces entreprises à la Securities and Exchange Commission, les trois chercheurs soutiennent que 9,4 % des sociétés dirigées par une femme ont été la cible d’activistes, comparativement à 6 % de celles présidées par un homme. Toujours entre 1996 et 2013, des attaques « de type meute de loups » auraient visé 1,6 % des entreprises dirigées par une femme, contre 1 % de celles menées par un homme.


Indiquant qu’ils voulaient savoir si le genre d’un p-dg influait sur le fait que leur entreprise serait particulièrement dans le collimateur des investisseurs activistes, les chercheurs indiquent que leurs travaux les ont amenés à faire « trois réponses contradictoires ». La première, c’est que « non, les hommes et les femmes ne sont pas traités différemment, puisque les investisseurs activistes sont non sexistes », expliquent-il. En effet, ajoutent-ils, « les investisseurs sont avant tout soucieux de maximiser la valeur de leurs avoirs dans les entreprises » et en théorie ils ne devraient donc pas se préoccuper du genre de leurs dirigeants.


PERPÉTUATION DE STÉRÉOTYPES NÉGATIFS


La deuxième réponse, c’est que les femmes chefs d’entreprise sont moins souvent ciblées que leurs alter ego masculins, car les investisseurs les voient d’œil plus favorable. « Avec les obstacles supplémentaires qu’elles doivent souvent surmonter pour devenir p-dg, les femmes dirigeantes peuvent sembler plus compétentes que les hommes, et les entreprises qu’elles dirigent sont donc parfois considérées comme mieux gérées. Par conséquent, les femmes chefs de la direction devraient être moins susceptibles d’être ciblées par l’activisme actionnarial », écrivent Vishal K. Gupta, Sandra Mortal et Daniel B. Turban.


La troisième réponse, enfin, c’est que, au final, « oui, les femmes chefs d’entreprise sont plus souvent ciblées, car nombre d’investisseurs ont une mentalité stéréotypée » et relient encore les capacités de gestion au genre, favorisant ainsi, même inconsciemment, les figures masculines et les attributs censés les accompagner, comme l’esprit de décision ou de compétitivité. « C’est par exemple la raison pour laquelle les investisseurs activistes fournissent aux femmes davantage d’instructions non sollicitées sur la meilleure façon de bien gérer leur entreprise », notent les chercheurs.


Comme l’activisme actionnarial est parfois largement médiatisé quand il survient, les auteurs de l’étude concluent que ce phénomène risque notamment de contribuer à perpétuer des stéréotypes négatifs quant aux capacités de gestion des femmes.


 


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