La dette menace la croissance du Québec

Publié le 06/03/2010 à 00:00

La dette menace la croissance du Québec

Publié le 06/03/2010 à 00:00

Par François Normand

Le poids de la dette publique du Québec est sur le point d'avoir des conséquences négatives sur la croissance économique, selon une règle établie par deux chercheurs américains.


Les économistes savent depuis longtemps qu'une dette trop élevée finit par avoir un impact sur la croissance. Pour garder la tête hors de l'eau, les gouvernements doivent alors taxer davantage et réduire leurs dépenses, ce qui nuit à l'activité économique. Mais on ne savait pas encore à quel moment le poids de la dette nuisait à la croissance du produit intérieur brut (PIB).


Or, deux économistes américains, Carmen M. Reinhart, de l'Université du Maryland, et Kenneth S. Rogoff, de l'Université Havard, ont trouvé la réponse. Selon eux, la croissance ralentit quand la dette publique d'un gouvernement équivaut à plus de 90 % du PIB. Sous ce seuil, les chercheurs n'ont pas établi de lien direct entre l'endettement et l'activité économique.


Dans l'article " Growth in a Time of Debt ", les deux économistes expliquent qu'ils ont fait cette découverte en analysant des bases de données de 44 pays (y compris le Canada) sur une période de près deux siècles.


Ainsi, les pays qui ont une dette représentant plus de 90 % de leur PIB affichent une croissance médiane inférieure d'un point de pourcentage aux pays se retrouvant juste sous ce seuil. Le recul est encore plus spectaculaire si on prend en compte à la croissance moyenne des pays très endettés, où l'on note un écart de presque quatre points de pourcentage.


Les pays endettés en difficulté


Les difficultés économiques du Japon, de l'Italie, de l'Islande, et plus récemment, de la Grèce, ne sont donc pas étrangères à leur haut niveau d'endettement.


Ce sont les quatre pays les plus endettés de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et ce, juste devant le... Québec. Au 31 mars 2009, la dette du Québec représentait 50 % du PIB. Mais si on tient compte de la part de la dette du gouvernement du Canada que les Québécois doivent assumer, ce ratio grimpe à 94 %, selon les données du ministère des Finances du Québec. Le Québec a franchi le point de bascule déterminé par les chercheurs américains. Conséquence : sa croissance sera moins forte au cours des prochaines années.


Toutefois, une nuance s'impose : l'étude américaine analyse uniquement la dette des gouvernements centraux et fédéraux, qui ne comprend pas celle des États fédérés, comme le Québec. Cela dit, sans être parfait, le ratio de 94 % donne un ordre de grandeur satisfaisant, explique Mme Reinhart dans un courriel.


Le Québec s'apprête à franchir le seuil


Selon des calculs plus précis de l'économiste Pierre Fortin, de l'Université du Québec à Montréal, le Québec est sur le point de franchir ce seuil. Il a estimé pour Les Affaires que la dette du Québec (en tenant compte des critères de l'étude américaine) représente 89 % du PIB québécois, si on la compare à la base fiscale à laquelle le gouvernement a accès au Canada, et non pas au PIB de la province.Au Canada, une province partage la base de taxation - c'est-à-dire la production de biens et services qui est taxée ou imposée au pays - avec le gouvernement fédéral.


Ainsi, selon ce critère de calcul, la dette du Québec, de 150 milliards de dollars (G$), représentait 89 % de la base fiscale de 168 G$ à laquelle le gouvernement québécois avait accès en 2007.

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