Metro et Aurora: deux acquisitions, deux mondes très différents

Publié le 18/05/2018 à 16:34

Metro et Aurora: deux acquisitions, deux mondes très différents

Publié le 18/05/2018 à 16:34

Photo:123rf

Metro vient tout juste de finaliser son acquisition de Jean Coutu pour la somme de 4,5 G$, principalement en espèces (75% en espèces et 25% en actions de Metro). Lors d'une allocution récente devant le Cercle canadien de Montréal, le président de Metro, Eric La Flèche, aurait avoué avoir payé un prix relativement élevé pour Jean Coutu: «Oui, le prix n’était pas "cheap", mais il était justifié et le potentiel est là».


Pendant ce temps, la société Aurora Cannabis offre d'acheter la société MedReleaf pour la somme de près de 3,2 G$, une prime d’environ 34% par rapport au cours de cette dernière avant l'annonce. Lorsqu'on lui a demandé d'expliquer comment il justifiait financièrement cette transaction, quels critères ou métriques d'évaluation la société avait utilisés, le président d'Aurora, Terry Booth, a répondu: «C'est notre sauce secrète», selon un article du Globe&Mail. Il faut dire aussi qu'en janvier dernier, Aurora a mis la main sur Cannimed pour 1,2 G$, une transaction monnayée, elle aussi, avec des actions.


Metro estime être en mesure de rentabiliser l'achat de Jean Coutu grâce à des synergies prévues de près de 75 M$ sur trois ans. Par exemple, elle consolidera la distribution de sa propre division de pharmacies, Brunet, dans l'énorme et moderne centre de distribution de Jean Coutu, à Varennes.


Quant aux économies que la direction d'Aurora espère réaliser en achetant MedReleaf, elles sont plutôt nébuleuses. Selon le même article du Globe&Mail, le v.-p. finances de la société, Cam Battley, aurait dit : «nous n'avons pas de calcul précis des synergies».


À mon avis, le fait que Metro ait surtout déboursé de l'encaisse plutôt que ses propres actions, alors qu'Aurora paiera MedReleaf uniquement en actions explique en bonne partie la divergence d'attitudes entre les dirigeants des deux sociétés. La première a fait ses devoirs et ses calculs afin de s'assurer que son acquisition ajoutera aux bénéfices et créera de la valeur pour ses actionnaires. La deuxième ne se soucie pas trop des bénéfices et économies qui pourraient résulter de son acquisition, préférant souligner que la transaction créera un géant dans le secteur du cannabis. Pour eux, le fait que les sociétés fusionnées obtiendront une valeur boursière de quelque 7,4 G$ et une capacité de production de quelque 570 000 kilogrammes de cannabis par année attirera les investisseurs bien plus que des promesses de rentabilité. Toujours dans les mots de Terry Booth :  «Notre objectif est de devenir la plus grande société de cannabis au monde. Il n'y a pas de temps à perdre.»


Lorsqu'une équipe de direction réalise des acquisitions en utilisant des actions chèrement évaluées, elle peut en théorie se permettre d'acheter des sociétés à des prix qui ne feraient guère de sens économique si elle devait les payer en espèces. La clé est de payer moins cher pour une cible que l’évaluation de sa propre société. On peut avoir l'impression dans de tels cas qu'on joue avec de l'argent Monopoly. Je me souviens par exemple que Nortel avait réalisé plusieurs acquisitions à coups de milliards de dollars en échange de ses propres actions pendant les années folles de la bulle techno.


À long terme, les dirigeants d'Aurora devront démontrer que leurs acquisitions créent une entreprise qui sera rentable et qui saura dégager un rendement attrayant de son capital. Pour le moment, cette réalité ne semble pas être une préoccupation pressante. Tout le contraire de la situation chez Metro. Pour moi, ces deux entreprises vivent dans deux réalités tout à fait différentes: l'une fondée sur le rêve; l'autre sur la dure réalité.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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