La loi des conséquences inattendues

Publié le 03/03/2018 à 06:46

La loi des conséquences inattendues

Publié le 03/03/2018 à 06:46

BLOGUE INVITÉ. En lisant sur la décision du Président Trump d'instaurer des tarifs douaniers sur les importations d'acier et d'aluminium aux États-Unis, je n'ai pu m'empêcher de faire le lien avec cette loi des sciences sociales. Voici comment Wikipédia définit cette loi qu'on appelle la loi des conséquences inattendues:


«Dans le domaine des sciences sociales, les conséquences non attendues (on peut aussi dire non anticipées ou imprévues) sont des résultats qui ne sont pas ceux que nous avions prévus et désirés d'un geste réfléchi.»


J'ajouterais aussi le syndrome du court terme pour tenter d'expliquer cette décision de M. Trump. Elle lui permettra probablement de gagner des appuis d'une ou deux industries ainsi que celui de nombreux travailleurs américains qui estimeront que le président des États-Unis a leurs intérêts à coeur, mais ce sera probablement aux dépens de votes de la population générale et de la santé économique du pays à long terme.


Je ne suis pas économiste. Je me souviens toutefois de certains concepts économiques appris sur les bancs d'école. Il me semble que le premier qu'on apprend en Économie 101 est que les échanges commerciaux entre deux nations sont généralement bénéfiques à long terme pour les deux pays. Un pays (A) possède un avantage économique dans la production de métaux (il jouit par exemple d'une abondance de ces métaux dans son sol). L'autre pays (B) a développé une expertise dans la fabrication de machinerie lourde en acier et en aluminium telle que tracteurs, autos et avions. Les deux pays seraient capables de s'autosuffire et de produire eux-mêmes ces produits industriels à même les métaux de leur propre sol. Mais on se rend compte bien assez vite qu'il serait beaucoup plus efficace et rentable pour les deux pays que chacun se spécialise là où il a un avantage comparatif.


A produit et exporte des métaux en grande quantité à B et ce dernier les utilise pour fabriquer tracteurs, autos et avions qu'il pourra vendre et exporter à A. Ainsi, tout le monde est content, chacun maximise ses profits et les consommateurs de chaque pays bénéficient de meilleurs prix pour leurs tracteurs, autos et avions.


Bien sûr, une des conséquences inévitables de cette spécialisation des rôles est que des emplois se perdront dans chaque pays. Pays A perdra des jobs de fabrication de machinerie lourde; pays B en perdra dans le secteur de la production métallurgique. C'est essentiellement sur ce principe de base du commerce que l'économie mondiale repose et c'est aussi, à mon avis, ce qui a fait son succès au cours des nombreuses dernières décennies.


La décision récente de M. Trump va selon moi à l'encontre du bon sens économique et du principe de base du commerce international. Cette décision aidera peut-être les employés du secteur métallurgique américain à court terme, mais a-t-on tenté d'évaluer ses conséquences indirectes? Les coûts des matières premières augmenteront à coup sûr pour les manufacturiers américains, ce qui, à terme, aura des conséquences néfastes sur les prix aux consommateurs et l'inflation. En outre, en voulant protéger des emplois américains, M. Trump pourrait à mon avis inciter des entreprises américaines à produire ailleurs afin d'éviter les coûts associés aux tarifs.


Et c'est sans compter les réactions probables de pays exportateurs d'acier et d'aluminium vers les États-Unis. Il y a fort à parier que ces pays se défendront et riposteront en instaurant leurs propres mesures tarifaires contre les États-Unis.


En somme, je ne suis pas certain que M. Trump ait bien étudié le concept des conséquences inattendues, ni qu'il se souvienne très bien de son premier cours d'économie. Les conséquences de ses actions pourraient, à terme, être néfastes à l'économie mondiale même si elles assureront peut-être des votes à son parti aux prochaines élections de mi-mandat.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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