Commerce international: le dilemme du prisonnier

Publié le 15/06/2018 à 11:52

Commerce international: le dilemme du prisonnier

Publié le 15/06/2018 à 11:52

Photo:123rf

En entendant les insultes lancées par Donald Trump à Justin Trudeau et aux Canadiens concernant les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis, je me suis mis à penser au concept du dilemme du prisonnier. Cette théorie de jeu a été énoncée en 1950 par le professeur de Princeton, Albert Tucker, afin d’expliquer et de prévoir le comportement de deux joueurs dans une situation précise. Dans le dilemme du prisonnier, les deux joueurs auraient tout avantage à coopérer, mais, en l’absence de communication entre eux, chacun choisira de trahir l’autre.


Selon Wikipédia, le dilemme classique a été présenté comme suit par M. Tucker: Deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n'ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre. «Si tu dénonces ton complice et qu'il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l'autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi te dénonce, vous écoperez tous les deux de cinq ans de prison. Si personne ne dénonce, vous aurez tous deux six mois de prison.»


Vous conviendrez comme moi que la tentation de chacun est forte de dénoncer son complice. Feriez-vous autrement?


Il appert que si le jeu n’est joué qu’une seule fois, il est probable que les deux joueurs se dénoncent mutuellement. Par contre, dans une situation où le jeu est joué plusieurs fois, il devient de plus en plus probable que les deux joueurs finissent par coopérer – ils apprendront à se faire confiance et chacun y gagnera à long terme.


Ce dilemme ne s’applique-t-il pas à la situation des échanges commerciaux entre les États-Unis et le Canada? La théorie (de même que les données économiques des dernières décennies) démontre que chaque pays a avantage à échanger des biens avec un autre pays. Les avantages globaux du commerce international ont été prouvés (même s’il est vrai qu’il laisse aussi de nombreuses victimes dans son sillage).


Comme dans le dilemme du prisonnier, chaque pays a avantage à coopérer avec l’autre afin de s’enrichir. Mais il est également vrai qu’un pays peut très bien être tenté de maximiser ses avantages en arrêtant soudainement de coopérer avec son voisin (l’équivalent d’une dénonciation de la part d’un des deux prisonniers). C’est, il me semble, ce que les États-Unis tentent de faire avec le Canada (et avec d’autres pays) depuis quelque temps en instaurant des tarifs commerciaux sur certains produits importés.


Dans une telle situation, n’est-il pas probable que le Canada (et les autres pays) adopte la position «œil pour œil» et se défende en instaurant lui aussi des tarifs?


On s’approche de la situation où tous perdent: nos deux prisonniers pourraient très bien écoper de cinq ans de prison!


Pour ma part, j’estime que la position de Trump est irrationnelle du point de vue purement économique. Par contre, dans un contexte où les élections de mi-mandat américaines s’en viennent à grands pas, elle n’est peut-être pas aussi suicidaire qu’elle ne paraît. C’est possiblement la meilleure façon que Trump et les républicains ont de satisfaire une partie de leur base électorale et d’améliorer leur position aux prochaines élections. Je crois que c’est le pari que Trump fait. À mon avis, on peut s’attendre à ce qu'il mette un peu d’eau dans son vin une fois les prochaines élections passées, au moins jusqu’aux prochaines élections présidentielles dans deux ans.


J’espère que c’est le cas, car personne ne sortira gagnant à long terme d’une guerre commerciale.


Et dire que le Canada et les États-Unis sont probablement les deux meilleurs «amis» de la planète. Je me demande bien jusqu’où pourrait aller une guerre commerciale similaire entre deux rivales telles que la Chine et les États-Unis.


Je continue de croire qu’un investisseur ne devrait pas se laisser influencer dans ses décisions de placement par des événements géopolitiques et macro-économiques. Il devrait s’en tenir à l’analyse et à l’évaluation objectives de ses sociétés en portefeuille. Il reste que la position anti-commerciale des États-Unis, si elle n’est pas édulcorée, pourrait bien nuire à de nombreuses entreprises au cours des prochaines années. Il s’agit certainement d’un risque significatif auquel chaque investisseur est confronté.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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