Employeurs, voici pourquoi vos employés vous fuient!

Publié le 20/02/2018 à 06:06, mis à jour le 20/02/2018 à 07:48

Employeurs, voici pourquoi vos employés vous fuient!

Publié le 20/02/2018 à 06:06, mis à jour le 20/02/2018 à 07:48

63% des employés canadiens sont prêts à changer d'employeur... Photo: DR

Le Canada a une particularité à l'échelle mondiale qui est loin d'être flatteuse. Une particularité que je vais vous révéler dès que vous vous serez bien assis dans votre siège. C'est fait? Parfait. Eh bien, il, se trouve que c'est l'un des pays où les employeurs et les employés... se comprennent le moins bien! Explication.


Pour commencer, une mise en contexte s'impose. Un récent sondage mené par le cabinet-conseil en ressources humaines ADP auprès de 13 pays, dont le Canada, a mis au jour le fait que seulement 1 employé canadien sur 2 (57%) s'estime loyal envers son employeur; on est loin de l'Allemagne (67%), du Mexique (79%) ou encore de l'Inde (81%). D'ailleurs, 1 employé canadien sur 5 (20%) reconnaît qu'il est actuellement en recherche active d'un nouvel emploi; et 43% disent être en recherche passive, ce qui signifie qu'il suffit que leur page LinkedIn leur signale un poste intéressant en fonction de leur profil professionnel pour qu'ils postulent aussitôt.


Bref, la notion de loyauté n'est quasiment plus en vigueur au Canada. Rien de moins.


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La question saute aux yeux : «Comment peut-on expliquer un tel désamour?» La réponse fait froid dans le dos : il résulte directement de l'aveuglement des employeurs, convaincus qu'ils sont qu'ils offrent une vie de rêve à leurs employés! Oui, vous avez bien lu : à force de voir la paille dans l'oeil de leurs employés, les employeurs canadiens ne voient pas la poutre qui est dans le leur.


Plongeons dans le détail des données issues du sondage pour mesurer l'ampleur du drame:


> Quand on demande aux employeurs s'ils pensent qu'ils accueillent comme il faut les nouveaux employés, ils sont 58% à dire «oui»; or, seulement 47% des employés s'entendent pour dire «oui» eux aussi.


> Idem, lorsqu'on demande aux employeurs s'ils ont une bonne politique de rémunération, notamment quand il s'agit de récompenser la bonne performance de ceux qui se démarquent au travail, ils sont 59% à dire «oui»; les employés, eux, disent «oui» à seulement 38%.


> La planification de la relève? 60% des employeurs pensent qu'ils sont bons là-dedans. Et 39% des employés disent la même chose.


> Les programmes de formation? 63% des employeurs disent qu'ils en offrent de bons. Et 48% des employés disent la même chose.


> La planification de carrière? 62% du côté des employeurs et 39% du côté des employés.


> Etc.


En résumé, quel que soit le point de management considéré, 2 employeurs canadiens sur 3 pensent qu'ils sont bons là-dedans et seulement 2 employés sur 5 pensent la même chose. Ce qui correspond à un écart énorme.


«Il existe bel et bien un écart considérable entre l'expérience et les attentes des employés et la perception des employeurs. Un écart qui fait en sorte que les employeurs courent le risque de perdre des talents et qui incite les employés à regarder si l'herbe est plus verte ailleurs», souligne Virginia Brailey, vice-présidente, marketing et stratégie, d'ADP Canada.


Le sondage d'ADP fait d'ailleurs ressortir deux points essentiels témoignant des ravages de cet écart:


> Seulement 51% des employés se sentent «utiles» au travail. De leur côté, les employeurs estiment que 65% de leurs employés se sentent sûrement «utiles».


> Seulement 47% des employés se sentent «valorisés» au travail. De leur côté, les employeurs estiment que 63% de leurs employés se sentent sûrement «valorisés».


C'est clair, les employeurs canadiens ne voient rien de ce qui se passe au sein des rangs de leur organisation. Rien du tout. Ils ont de toute évidence besoin de retirer leurs lunettes roses. Mais comment, au juste? D'après les experts d'ADP, différentes voies méritent d'être envisagées:


> Améliorer les principaux facteurs d'attraction et de rétention. Lors du choix d'un emploi, la plupart des gens considèrent avant tout trois facteurs, selon ADP : les heures de travail, la flexibilité des horaires et les tâches à accomplir. Par conséquent, il convient pour un employeur de travailler fort sur ces points-là. Par exemple, en accordant une toute nouvelle attention aux conditions de travail de ses employés, notamment en améliorant la conciliation entre le travail et la vie privée. Autre exemple : en veillant plus que jamais au développement professionnel de chacun des employés, notamment en organisant davantage de rencontres individuelles à ce sujet et, donc, en arrêtant de croire que la rencontre d'évaluation de performance de fin d'années est suffisante.


> Atténuer les principaux facteurs d'attrition. Les quatre motifs principaux de départ sont, toujours selon ADP: les mauvaises relations avec le manager immédiat, les heures de travail, les tâches à accomplir et l'absence de possibilité réelle d'avancement professionnel. D'où la nécessité pour un employeur digne de ce nom de travailler de toute urgence sur ces quatre points-là. Par exemple, en arrêtant de considérer qu'un manager est un boss pour enfin lui demander d'agir comme un coach: au lieu de commander et contrôler, celui-ci doit dès lors se mettre à comprendre (c'est-à-dire saisir les talents des uns et des autres), conseiller (c'est-à-dire veiller à ce que les talents des uns et des autres puissent être mis en oeuvre de manière harmonieuse) et soutenir (c'est-à-dire apporter les ressources nécessaires pour que chacun puisse contribuer à l'atteinte de l'objectif commun).


«Le manager se doit de considérer le rôle que chacun peut jouer au sein de l'équipe, puis de nouer entre eux les liens requis pour atteindre le but visé ensemble. Car cela donnera à chacun la sensation de faire oeuvre utile dans son quotidien au travail. Car le travail sera alors perçu comme enrichissant et gratifiant. Ce qui sera tout à fait bénéfique pour l'organisation», dit Mme Brailey.


Voilà. Employeurs, vous avez du pain sur la planche si jamais vous entendez perdurer. Mais fort heureusement, il est à la portée de chacun de vous d'y parvenir avec brio. Il vous suffit, en vérité, de simplement faire preuve d'un peu plus d'empathie, en passant du «Moi» au «Nous»...


En passant, la religieuse catholique indienne mère Teresa a dit dans ses Pensées spirituelles : «Moins nous possédons et plus nous pouvons donner».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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