Comment le Québec minier se positionne-t-il à l'échelle internationale?

Publié le 29/01/2018 à 11:28

Comment le Québec minier se positionne-t-il à l'échelle internationale?

Publié le 29/01/2018 à 11:28

Le Québec minier se porte mieux depuis deux ans. Le secteur a commencé à s’extirper d’un cycle baissier au cours du premier trimestre de l’année 2016. Les investissements sont en hausse par rapport au creux enregistré en 2015, et le climat est nettement plus favorable au développement de l’industrie.


Cependant, rien n’est jamais joué puisque nous sommes en concurrence avec plusieurs grandes régions minières du monde. L’exploitation d’une mine implique de composer avec divers avantages et inconvénients qui sont particulièrement marqués, voire uniques, au Québec.


Voici un bref tour d’horizon (non exhaustif) de ce qui favorise et pénalise le secteur minier québécois sur l’échiquier mondial.


Les inconvénients


L’éloignement géographique des gisements, la rigueur du climat, la teneur des gisements et la lourdeur réglementaire constituent les principaux inconvénients liés au développement et à l’exploitation d’une mine au Québec. Chacune de ces variables affecte les coûts totaux d’exploration, d’évaluation, de développement, de construction et de production et, par conséquent, la viabilité de tout projet minier.


L’éloignement est un facteur d’influence important des coûts totaux d’un projet, et ce, à plus d’un égard. Les gisements nordiques sont souvent difficiles d’accès et nécessitent la construction d’infrastructures routières, ferroviaires et portuaires d’envergure.


Par le fait même, l’exportation est coûteuse, particulièrement celle des métaux de base tels que le fer, le zinc et le nickel. En comparaison, les Australiens parcourent 3 000 kilomètres de moins que nous pour livrer du fer en Chine, l’une des premières destinations de ce métal.


Le climat extrême du Québec a également un impact défavorable sur la productivité : plusieurs mines sont établies dans des zones nordiques où le froid intense cause des « engelures », autant aux humains… qu’à la machinerie! Et c’est sans parler des répercussions du dégel.


Plus qu’ailleurs, les infrastructures québécoises doivent être conçues pour résister à un climat extrême et y être bien adaptées, tant pour le bon déroulement des activités d’exploitation de la mine que pour la vie des hommes et femmes qui travaillent sur ces sites isolés.



La teneur des gisements représente un autre facteur affectant les coûts de production.


Dans le cas du fer, par exemple, le minerai que l’on trouve généralement au Québec a une teneur en fer allant de 25 % à 40 %, alors qu’il doit afficher des teneurs allant de 62 % à 66 % pour la fabrication de l’acier.


La compétitivité du Québec est donc plus à risque devant un joueur tel que l’Australie-Occidentale, dont la teneur en fer du minerai est de 56 % à 62 %, ce qui élimine en grande partie l’activité de concentration.


Les impacts sur les coûts de production deviennent alors considérables, étant donné le nombre de tonnes de minerai devant être traitées pour extraire une tonne de concentré de fer.


Enfin, la lourdeur réglementaire s’avère être un enjeu majeur.


Nous aurions tout avantage à trouver des mesures d’allégement qui permettraient notamment d’accélérer la délivrance des permis nécessaires à la mise en production d’une mine.


Pensons seulement à l’inertie liée au dédoublement des demandes d’autorisation et des permis, que ce soit au provincial ou au fédéral, au manque d’agilité liée à une organisation du travail en silo entre les différents ministères concernés et à l’intérieur même de certains ministères…


À un certain moment, on n’en voit plus la fin. 


Les avantages


Nous possédons toutefois des avantages concurrentiels significatifs : la qualité de notre main-d’œuvre, notre expertise reconnue mondialement tant pour l’exploration que l’exploitation; une énergie propre et abordable particulièrement attrayante pour les mines raccordées au réseau d’Hydro-Québec (encore plus important depuis l’établissement de nouvelles taxes sur le carbone); et le potentiel minéral encore très important et diversifié de notre très grand territoire faiblement peuplé.


En effet, bien connu pour son or et son fer, le Québec contient également du nickel, du niobium, du lithium, du titane, du zinc, des diamants, du graphite, de l’apatite, etc.


Le Système d’information géominière du Québec – un secret bien gardé – constitue un autre avantage pour les activités d’exploration. Conservant toutes les données géoscientifiques québécoises recueillies depuis 150 ans, cette banque de données de référence spatiale est alimentée conjointement par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, les compagnies minières et les universités. 


Un autre précieux atout du Québec sur l’échiquier minier mondial est sa stabilité politique, juridique et économique.


Contrairement à d’autres pays miniers, malheureusement déstabilisés, nous ne connaissons pas de conflit majeur ni d’activité terroriste ou d’enjeu de sécurité. De fait, le Québec minier figure au 6e rang des meilleurs endroits au monde pour l’attractivité des investisseurs, selon l’Institut Fraser[1].


Nous avions été témoins de l’incidence, sur ce même classement, des réflexions effectuées par le gouvernement du Québec sur la Loi sur les mines et la fiscalité minière en 2012-2013.


Tout manque de stabilité peut entraîner de bien lourdes conséquences. L’investisseur type prend ses décisions sur la base de projections de 10 à 30 ans, ce qui équivaut à la durée moyenne d’exploitation d’une mine. Par conséquent, la prévisibilité de l’environnement légal et fiscal d’un territoire est déterminante.


Comme nous pouvons le constater, le Québec compte plusieurs inconvénients hors de son contrôle. Il est alors primordial de mettre l’accent sur ce que nous pouvons influencer afin d’être en mesure de nous démarquer dans ce marché mondial.


Ce sont avant tout l’innovation et le développement du savoir minier qui ont permis au Québec, au cours des dernières années, de conserver une position enviable au Canada et de créer des opportunités qui ont mené à des projets miniers majeurs.


Au mois prochain!


 



 




[1] Institut Fraser. Annual Survey of Mining Companies, février 2017.


 

À propos de ce blogue

Le regard d'un spécialiste du secteur minier au Québec auprès de l’industrie, des gouvernements et du grand public.

Nochane Rousseau

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