De la 4e révolution industrielle à l'apocalypse?

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Janvier 2016

De la 4e révolution industrielle à l'apocalypse?

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Édition du 30 Janvier 2016

Notre avenir au travail ressemblera-t-il vraiment à ça? Photo: DR

Coup de tonnerre à Davos, en Suisse : la 4e révolution industrielle - faite d'intelligence artificielle, de robotique et de nanotechnologie - est en marche, et elle s'apprête à détruire 5 millions d'emplois en 5 ans dans les 15 principales économies mondiales, selon un rapport du Forum économique mondial.


Deux catégories d'employés seront frappées de plein fouet : les cols blancs (surtout en santé, énergie et finance) et les femmes. Et ce, parce que les «bons emplois», comme nous les désignons aujourd'hui, deviendront obsolètes, tant la performance des robots sera sans égale.


Allons-nous droit vers «un chômage généralisé et davantage d'inégalités», comme le premier ministre Justin Trudeau a dit le craindre à Davos, voire carrément vers «la destruction de la personne humaine, remplacée par une machine sans coeur», d'après le pape François ? Non, mille fois non. Bien au contraire, nous pourrions connaître une extraordinaire singularité économique, c'est-à-dire une croissance économique foudroyante et généralisée due à la superintelligence des robots. Explication.


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L'économiste américain Jeffrey Sachs, qui conseille les grands de ce monde, a analysé dans une étude récente l'impact économique global des robots à mesure qu'ils prennent de l'importance dans la capacité de production - biens comme services - d'une société. Sa prévision est en deux temps :


> Le paradis sur Terre. Les robots vont, certes, prendre la place d'employés dans nombre de domaines d'activité, et ceux-ci devront trouver le moyen de rebondir sur le plan professionnel. Mais «une vaste majorité de la population» verra son niveau de vie bondir de façon inouïe, car elle pourra s'acheter des biens et des services vendus à des prix ridiculement bas, du fait que leur coût de production, grâce aux robots, aura chuté radicalement. Cet âge d'or, ou singularité économique, pourrait même survenir du vivant de nos enfants.


> Un enfer sans nom. Le hic, c'est que la donne pourrait totalement changer pour les générations suivantes. Car, si les robots devenaient prédominants sur le marché de l'emploi, les jeunes ne trouveraient plus que des jobines pour survivre, ne pourraient guère consommer et encore moins épargner pour leurs vieux jours. Bref, le ciel leur tomberait sur la tête.


On pourrait croire à l'apocalypse, mais en vérité il n'en est rien. C'est que William Nordhaus, professeur d'économie à Yale, aux États-Unis, a évalué l'année dernière ce qui pourrait se produire à long terme si les robots prenaient l'essentiel des emplois aux Américains. Il a considéré différents scénarios et retenu celui où l'humanité était assez sage pour conserver le contrôle sur l'évolution technologique - ce qu'elle a d'ailleurs réussi à faire à la suite de l'avènement de la machine à vapeur (1re révolution industrielle), de l'électricité (2e révolution) et de l'informatique (3e révolution). M. Nordhaus conclut que «cela pourrait prendre un siècle avant que ne se produise une singularité économique».


Autrement dit, nous voilà à un autre tournant de l'Histoire. À nous de veiller à ne pas nous diriger vers le mur. D'où mon appel au nouveau ministre de l'Éducation : «À quand des cours obligatoires de codes informatiques au primaire ?»


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Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire, en alternance dans Les affaires et sur lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


 

À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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