Pourquoi je veux bâtir une école de premier plan

Publié le 17/10/2016 à 08:09

Pourquoi je veux bâtir une école de premier plan

Publié le 17/10/2016 à 08:09

Toute entreprise devrait être capable de réunir les conditions gagnantes pour que chaque nouvelle recrue puisse apprendre le plus vite possible. [Photo: Unsplash]

Je me doutais que quelque chose n’allait pas lorsque Tony, le développeur principal de Hardbacon, a traversé la porte. Ses cheveux étaient étrangement hérissés, et il avait l’air plutôt secoué. Sans réfléchir, je lui ai demandé, à la blague, s’il avait eu un accident de voiture, parce qu’il est en train de suivre des cours de conduite. C’est seulement lorsqu’il m’a demandé de discuter en privé que j’ai tout compris. Il allait quitter le navire.


J’ai tout de suite cru qu’il allait m’annoncer qu’il avait accepté une offre d’emploi. Après tout, je n’avais pas les moyens de lui payer un salaire, et je savais bien que la situation actuelle ne pouvait pas durer. De plus, il avait tant progressé en tant que développeur depuis qu’il s’était joint à Hardbacon en juillet que je savais qu’il pouvait se trouver un emploi en claquant des doigts.


Mon objectif était de boucler une ronde d’amorçage afin de lui verser un salaire, mais c’est un processus qui prend du temps. Aussi, son départ était une inquiétude quotidienne, puisque les choses n’avançaient pas autant que je l’espérais côté «bacon».


Il m’a annoncé qu’il quittait, mais pas parce qu’il avait trouvé un autre emploi. Il voulait tenter sa chance dans l’industrie du jeu vidéo et utiliser son temps pour améliorer ses habiletés en la matière plutôt qu’à faire de la programmation Web pour Hardbacon. Je savais qu’il avait l’ambition de travailler dans l’industrie du jeu dès son arrivée à Hardbacon, et je n’étais pas complètement surpris. Toutefois, je n’en étais pas moins déçu, car Tony était devenu une des pierres angulaires de Hardbacon, cherchant sans cesse à améliorer le site Web et notre liste de courriels, sans que j’aie besoin de le lui demander.


Parfois, j’ouvrais le site Web le matin, et je constatais qu’un irritant mineur, dont je n’avais pas parlé à Tony, avait été colmaté durant la nuit. Tony est comme ça. Il cherche sans cesse à s’améliorer et à améliorer le produit.


Ça ne veut pas dire qu’il n’a jamais fait d’erreur. Il en a fait plein, surtout dans ses premières semaines chez Hardbacon. Dans le cadre de son DEC en informatique, il a appris à programmer, mais pas à créer des produits Web. Il ne connaissait rien à Wordpress et, pourtant, il a bâti un thème sur mesure. Il ne savait pas comment gérer des machines virtuelles sur Microsoft Azure, mais il a tout appris en lisant la documentation en ligne et en écoutant les conseils de Rami Sayar, de Microsoft, qui est venu quelques fois nous aider.


Ces exemples ne sont que la pointe de l’iceberg. Je n’avais qu’à exposer le problème à Tony, et il trouvait une solution. S’il ne la trouvait pas, il passait quelques jours à étudier ce qu’il avait besoin d’apprendre pour en trouver une. Et il arrivait avec une solution. Bref, Tony est un autodidacte, et j’ai bien peur de n'y être pour pas grand chose dans son apprentissage accéléré des derniers mois.


Je ne vais pas vous cacher qu’une certaine mélancolie s’est emparée de moi cette semaine. Introduire Tony à des gens dans l’industrie du jeu vidéo a été particulièrement difficile, parce que mon côté égoïste espère encore l’embaucher, même si je souhaite aussi qu’il accomplisse son rêve de travailler pour un studio de jeux vidéo. Si vous avez une ouverture dans votre studio pour Tony, je vous garantis qu’il saura compenser son manque d’expérience par sa capacité d’apprentissage, son éthique de travail incroyable et sa passion.


Tout ça pour dire que cette perte m’a forcé de me pencher sur sa progression exceptionnelle, et sur le fait que la cadence de l’industrie force de plus en plus les entreprises à former leurs recrues.


Le temps où les entreprises pouvaient compter sur les cégeps et les universités pour enseigner aux jeunes tout ce qu’ils doivent savoir pour être productifs en entreprise est révolu. C’est juste impossible dans les conditions actuelles et pas forcément souhaitable, car les habiletés enseignées risqueraient d’être caduques après quelques mois de toute façon.


Les conditions gagnantes pour favoriser l’apprentissage


Dans un premier temps, c’est clair que toute entreprise aurait intérêt à trouver le moyen de dénicher des candidats ayant des qualités similaires à celles de Tony. Dans un deuxième temps, toute entreprise devrait (et à plus fortes raisons les start-ups, car leur budget d’embauche est limité) être capable de réunir les conditions gagnantes pour que chaque nouvelle recrue puisse apprendre le plus vite possible.


L’une de ces conditions gagnantes est une atmosphère où les erreurs sont acceptées et où l’inertie est inacceptable. Une autre condition est de s’assurer d’avoir sous la main, soit en interne ou à l’externe, des gens capables d’aider chaque nouvelle recrue à progresser. Dans une start-up, c’est difficile, car l’équipe de direction réunit rarement toutes les expertises. 


Dans mon cas, je n’étais pas capable d’aider Tony à trouver les erreurs dans son code. Par contre, durant les premiers mois de l’entreprise, j’avais la chance de partager des bureaux avec Git.Market, dont les co-fondateurs sont des spécialistes de Wordpress. Inutile de dire qu’ils nous ont dépannés plus d’une fois.


Ensuite, il y a certainement d’autres trucs pour faire d’une entreprise une bonne école, et je ne pense pas qu’Hardbacon fasse figure de première de classe en matière d’éducation, mais je sais qu’elle devra le devenir. Et comme ça dépasse mon champ d’expertise, j’aimerais bien créer un poste de directeur de l’éducation chez Hardbacon. Mais bon, cessons de rêver. La première étape, pour créer une équipe de rêve, est de s’assurer que ses membres ne la quittent pas. Et pour ça, il faudra verser des salaires.


Je vais devoir vous laisser réfléchir à tout ça, car il faut que j’aille générer des revenus MAINTENANT.


Principales réalisations:



  • Présentation de Hardbacon devant le jury du concours de DCMTL pour gagner un an de loyer gratuit

  • Premiers essais de travail avec un directeur des finances potentiel

  • Entrevue avec un CTO potentiel


Mesures de croissance:



  • Revenu: 0$ (total: 1500$, croissance: 0%)

  • Nouveaux abonnés à l’infolettre : 49 (total: 2692, croissance hebdo: 2%) 

  • Nouveaux abonnés sur Snapchat : 2 (total 135, croissance hebdo: 2%)

  • Nouveaux abonnés sur Instagram : 38 (total: 723, croissance hebdo: 6%)

  • Nouveaux J’aime sur Facebook : 29 (total: 1908, croissance hebdo:2%)

À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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