Surprenant budget: Québec voit-il trop en rose?

Publié le 27/03/2018 à 16:18

Surprenant budget: Québec voit-il trop en rose?

Publié le 27/03/2018 à 16:18

BUDGET 2018. Où le gouvernement réussira-t-il à trouver de l'argent pour de nouvelles mesures économiques?


C'est la question que l'on avait à l'esprit à l'entrée du huis-clos budgétaire, mardi. On est pratiquement tombé de notre chaise en constatant que Québec ajoutera plus de 2 G$ de mesures l'an prochain (2018-19) par rapport à ce qu'il prévoyait à l'automne, et que, encore plus surprenant, il pense atteindre sa cible de désendettement (par rapport à l'économie), non pas en 2026, mais en 2022.


D'abord, un peu d'historique.


On se rappellera qu'à la mise à jour économique de l'automne, Québec s'apprêtait à enregistrer un premier déficit de 250 M$ pour cette année (2017-18), puis devoir encore puiser massivement dans la réserve de stabilisation dans les trois prochaines années pour éponger des déficits prévus de 1,4G$, 751 M$ et 344 M$.


Pendant ce temps, de forts doutes persistaient sur l'atteinte d'un ratio cible dette/PIB de 45% en 2026 (à 52% à l'automne).


Maintenant, retour au présent.


Comment sont financées les nouvelles dépenses


Comment, alors que l'on se dirigeait déjà vers des déficits, fait-on pour financer 2 G$ de nouvelles dépenses pour 2018 et 2,8 G$ pour 2019-2020 en réductions d'impôts aux PME, en santé, en éducation, en soutien aux familles, etc.?


Essentiellement, les revenus des entreprises avancent significativement. Il en rentrera environ 500 M$ de plus que ce qui était prévu à l'automne. Les charges d'intérêt seront aussi inférieures aux prévisions de 230-330 M$ sur les deux années. L'essentiel vient cependant d'une révision favorable des transferts fédéraux qui seront de 1,3 G$ de plus que prévu cette année et 1,5 G$ l'année prochaine, grâce à la progression du PIB canadien.


Essentiellement les nouveaux engagements sont donc financés par une bonne tenue de l'économie québécoise et canadienne et par une baisse des charges d'intérêt anticipée pour la dette.


On notera que les améliorations observées n'ont toutefois pas pour effet d'améliorer les projections prévues pour les trois prochaines années. Et que l'on restera en déficit en 2018-19 (1,5 G$), 2019-20 (936 M$) et en 2020-21 (479 M$), puisqu'il faut dans la réalité puiser ces sommes dans la réserve de stabilisation pour équilibrer le tout.


Comment expliquer l'amélioration à la dette?


La grande surprise du budget, en fait.


Comment en effet expliquer que l'atteinte du ratio dette/PIB initialement souhaitée en 2026 (45%) soit soudainement prévue trois ans plus tôt (2023) alors que l'on continue d'être en déficit sur à peu près toute la période y menant.


Il semble y avoir quelques éléments.


D'abord l'année 2017-18 (qui se termine dans quelques jours) se solde de façon surprenante par un surplus de 850 M$, plutôt qu'un déficit de 250 M$ tel qu'il était initialement prévu à l'automne. Merci à une meilleure rentabilité des entreprises et des frais d'intérêt plus faible sur la dette que ce qui était prévu.


Il semble aussi y avoir certains gains sur les régimes de retraite du gouvernement alors que l'actif grimpe plus vite que le passif, notamment grâce aux rendements de la Caisse de dépôt.


Surtout, comprend-t-on de discussions avec les haut fonctionnaires, les prévisions de croissance économique du chiffrier pour les années à venir sont meilleures qu'à l'automne.


Québec voit-il trop en rose?


On n'hésiterait pas à tenir le pari que le ratio de dette de 45% ne sera pas atteint en 2023.


Nous sommes actuellement dans un cycle économique favorable. Mais il avance en âge. La moyenne des cycles économiques qu'ont connu les États-Unis depuis 1948 est de 5,6 ans (selon la Banque Scotia). Si l'on compte les années uniquement à partir de la phase d'expansion (en excluant la phase de récupération), le cycle est présentement dans sa septième année. Il est donc déjà plus vieux que la moyenne historique.


Or, les projections du gouvernement sur 2023 ne prévoient aucun passage de récession.


Il en passera presque assurément une.


Et sur 2026 alors?


On est plus ambivalent. En simulant différents scénarios avec les fonctionnaires, force nous a finalement été d'admettre que, même après une récession de la même force que la dernière, on pourrait bien ne pas être très loin du ratio de 45%.


Il convient en outre de souligner que le gouvernement introduit une nouvelle page dans les documents budgétaires cette année où il projette l'évolution de la dette jusqu'en 2035. Il y tient compte d'un versement continue au fonds des générations et du passage de une ou deux récessions (il n'y a pas de détails, mais ça semble après 2026).


L'élément intéressant est qu'en 2035, ce ratio atteint 34,6%.


Ce ne sera probablement pas ça, parce que les partis politiques se chargeront à l'automne de présenter de nouvelles mesures qui pèseront vraisemblablement sur la dette (en augmentant les investissements en infrastructures).


Souhaitons cependant qu'ils fassent preuve de retenue parce que, pour la première fois, le cadre financier du Québec est porteur d'un certain espoir pour la pérennité des programmes et des baisses d'impôt.


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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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