François Pouliot: prix de l'or, vers les 2000$ ou en bulle?

Publié le 28/09/2010 à 06:15, mis à jour le 28/09/2010 à 11:44

François Pouliot: prix de l'or, vers les 2000$ ou en bulle?

Publié le 28/09/2010 à 06:15, mis à jour le 28/09/2010 à 11:44

Photo : Bloomberg

"Les dernières statistiques américaines devraient établir un prix plancher à 380$ US l'once."


- François Pouliot, le 16 juillet 1996.


"À 313$ US l'once, le métal jaune nous apparaît difficilement pouvoir aller plus bas."


- François Pouliot, le 4 novembre 1997.


"À 300$ US, il ne nous étonnerait pas de voir le prix de l'or remonter à 335-340$ US d'ici quelques mois."


-François Pouliot, le 4 octobre 1999.


"Le prix de l'or, ben, euh, aussi bien se taire et aller se cacher avant d'y aller d'un autre pronostic qui ne le fasse descendre encore plus"


-François Pouliot à lui-même, alors qu'en mars 2001, le prix de l'or touche les 255$ US l'once…


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C'était à une époque de grande noirceur, où les astres étaient assurément mal alignés. Une chronique, une culbute, une chronique, une culbute. Le marché de l'or était en crise, et le prophète, au faîte du ridicule…


Les choses ont bien changé depuis, alors que le prix du métal précieux touche aujourd'hui les 1 300$ US l'once. L'or brille, et la situation est un peu moins gênante pour un certain pronostiqueur.


"Ok, prophète, la poussée peut-elle se poursuivre?"


D'abord un peu d'histoire


Au début des années 90, ce sont les banques centrales qui sonnèrent la débâche du marché de l'or en y allant de ventes massives. Chaque fois qu'une résurgence se pointait, ou presque, il s'en trouvait une pour faire un peu de place dans ses voûtes. Et la dégringolade reprenait.


Le courant de pensée était le suivant: l'or n'est plus qu'une simple commodité. Il n'est d'aucun intérêt financier puisque, contrairement aux devises, il ne génère pas d'intérêts. Son prix devrait être sous forte pression pour plusieurs années puisqu'en dégarnissant leurs coffres les banques centrales feront tout simplement déborder l'offre et déséquilibreront le marché.


Notre dissidence se résumait à ceci: c'est oublier que l'or est l'ultime valeur, le seul intermédiaire de marché universellement reconnu par l'histoire qui ne soit pas lié à la force d'une économie. Prenons trois bombes atomiques qui tomberaient, l'une sur New York, l'une sur Washington et l'une sur San Francisco. Au lendemain de l'événement, que préféreriez-vous avoir dans vos poches? Des dollars US (dont la valeur serait plus qu'incertaine) ou des pépites d'or?


Ainsi était née la prophétie annonçant le retour en faveur de l'or. Les bombes atomiques prirent plutôt les noms de "bulles" (financières et immobilières), le dollar US fondit et les investisseurs recherchèrent l'or.


Alors maintenant?


Bonne question. Le premier pari était facile. L'or s'était enfoncé sur un mauvais courant de pensée, un mauvais paradigme. Il était assez facile de prédire à tout le moins un retour non loin du point d'origine, vers les 400-500$ US.


À 1300$, et bien que certains avancent qu'il défoncera les 1500$ et touchera les 2000$, on serait beaucoup plus prudent.


Les dernières statistiques sont éloquentes. La maison BOC International rapporte qu'au premier trimestre 2010, 40% de la demande en or est provenue d'investisseurs. C'était 30% en 2008, 20% en 2006 et 14% en 2004.


Il y a dans le dernier élan aurifère une très nette perte de confiance dans le système monétaire. Mais il s'y trouve aussi malheureusement un très net élan spéculatif. Or, on a bien vu au milieu des années 1990 ce qui pouvait arriver lors de mouvements spéculatifs.


Trop d'argent apparaît aujourd'hui traverser du côté aurifère. On pouvait comprendre en 2008, en pleine crise financière. Mais qu'autant de demande provienne du côté des investisseurs alors que le système s'est somme toute stabilisé, apparaît indicateur d'enflure.


Il se pourrait bien que la chose se poursuive encore un temps, il y a des bulles qui gonflent plus fortement que d'autres. Elles ne font que plus mal quand elles éclatent.


Plusieurs estiment qu'une poussée inflationniste pourrait venir soutenir le prix de l'or. Rien n'est si peu sûr. Contrairement à l'adage populaire, la corrélation du prix de l'or avec l'inflation n'est pas si forte.


Prudence donc.


À 1 300$, le prix de l'or apparaît être entré dans une préoccupante zone spéculative. À moins que ne se trouve devant nous un terrible choc économique. Un choc que, à voir la progression des indices ces derniers jours, Wall Street est loin d'anticiper.


 

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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