Un influenceur qui fait le mort!

Publié le 05/06/2018 à 11:25

Un influenceur qui fait le mort!

Publié le 05/06/2018 à 11:25

Les amis, ce que vous êtes en train de lire, ce n’est pas n’importe quoi. Ce sont les mots d’un «influenceur». Oui, j’ai appris ce week-end que je figurais parmi «40 influenceurs qui parlent d’argent».


Sommes-nous 40 à parler d’argent au Québec? D’accord, nous parlons tous tout le temps d’argent, mais je veux dire avec une certaine expertise à un auditoire dont nous ne connaissons pas chaque élément et à qui nous n’avons rien à vendre, sommes-nous tant que ça?


Si on considère le concept «d’argent» au sens large et en raclant un peu les fonds de tiroir, c’est facile. Ça nous donne une liste où trône Gérald, mais dans laquelle on trouve aussi des gens pour qui parler d’argent, c’est surtout nous gaver de leurs prouesses entrepreneuriales tout en nous rappelant subtilement que leur Lamborghini, ils l’ont durement gagnée, alors toi «petit», lève-toi de bonne heure.


Pierre-Yves, bien qu’il ait accompli le double-exploit de faire aimer aux enfants les REER avant les brocolis et de vendre plus de 175 000 exemplaires d’un livre qui nous dit de cesser d’avoir de fun, eh bien il est seulement en 5e place de ce classement où on ne trouve bizarrement aucune trace de Stéphanie ni de Francis.


Je ne sais trop comment je me suis retrouvé là, mais il est souligné que j’ai plus de 5000 abonnés sur les réseaux sociaux, ce qui ne me situe pas tout à fait dans la même ligue que Kim Kardashian, mais qui me confère une place dans un nébuleux classement entre deux personnes dont je n’ai jamais entendu parler, un comptable-coach et un conseiller-évangéliste.


Non, vous ne trouverez pas ce «prestigieux» palmarès dans la dernière édition de Forbes.


***


Ah, mais j’ai de l’influence, tout de même! Tenez, la Corporation des thanatologues me court après depuis trois semaines pour que j’intervienne dans l’épineux dossier du financement des services funéraires. Il y a un projet de loi qui sème actuellement le rififi chez les croque-morts. On interpelle mon super pouvoir pour faire triompher la vérité.


Je ne sais pas si c’est un mauvais présage, mais la directrice générale du regroupement est une ancienne collègue journaliste qui a quitté les médias pour veiller aux intérêts des embaumeurs et des fabricants de cercueils. Annie Saint-Pierre, qu’elle s’appelle. Elle m’avoue candidement n’avoir lu aucune de mes chroniques, mais elle entend faire entendre le bon sens par l’intermédiaire d’un journaliste «qui connaît ça». Susciter la foi, c’est aussi ça, l’influence.


Mme Saint-Pierre tente de contrecarrer ce qu’elle qualifie de «campagne de désinformation». Québec veut redonner vie à l’assurance de services funéraires par l’intermédiaire de sa loi mammouth 141. Les associations de consommateurs sont contre, de même que certains joueurs importants de l’industrie.


La Corporation des thanatologues se positionne en faveur de l’assurance de frais funéraires. Selon sa présidente, ce serait une option de financement qui s’ajouterait aux préarrangements. Les opposants arguent que les clients paieront plus cher les services funéraires, ou encore que l'assurance ne couvrira pas en entier le coût du service qui les mènera vers leur dernier repos. La vérité? Je ne la connais pas. Il faudra analyser les modalités des contrats, dont le coût des primes. Je présume tout de même que, comme pour la plupart des produits d’assurance, certains clients paieront en primes davantage que ce qu’ils auraient déboursé à l'aide d’un plan de préarrangement et financeront ainsi les autres, décédés prématurément, pour qui l’assurance s’avérera avantageuse.


J’ai déjà écrit ici que je n’étais pas chaud à l’idée d’acheter de l’assurance vie dans le but de couvrir des frais funéraires. Je peux difficilement être favorable à un produit d’assurance spécialisé, mais de là à en interdire la vente?


Je n’ai pas parlé aux entrepreneurs en pompe funèbre qui s’opposent au retour de ce type d’assurance banni durant les années 1970. Je pense particulièrement à la petite-fille d’Alfred Dallaire, Jocelyne Dallaire-Légaré, dont l’entreprise réclame presque la paternité du concept de préarrangement funéraire.


La présidente d’Alfred Dallaire MEMORIA a à plusieurs occasions exprimé les raisons de son opposition au projet de loi, notamment dans une lettre publiée dans Le Soleil et dans le HuffPost Québec ainsi que dans quelques reportages, à TVA et dans La Presse. Il est rare de voir un patron d’entreprise commerciale défendre avec autant de pugnacité l’intérêt du consommateur, décédé de surcroît. Ce qui laisse songeur.


Comme l’assurance ne pourra être vendue que par l’intermédiaire des entreprises de services funéraires, elle aura toujours le loisir de servir l’intérêt de ses clients.


Alors quoi? Alors rien! Sur cette question, l’influenceur préfère faire le mort.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain