Un garçon presque parfait

Publié le 19/12/2018 à 07:00

Un garçon presque parfait

Publié le 19/12/2018 à 07:00

COURRIER DU PORTEFEUILLE - Quelle a été ma surprise de constater que je comptais des lecteurs dans la jeune vingtaine. J’ai presque eu envie de leur dire d’aller voir ailleurs, qu’il y a un temps pour chaque chose.


À cet âge, on ne devrait pas se préoccuper d’assurance vie ou de REER, sinon il y a un risque de vieillir très vite et de passer à côté de choses importantes, vous savez ce qu’on appelle les «expériences de jeunesse». Ah si, on peut faire semblant de se reprendre au tournant de 40 ou 50 ans, mais quand ça vire mal, on n’a plus l’excuse de l’inexpérience. On a juste l’air ringard.


À 20 ans, on est bien parti du côté des finances personnelles du moment qu’on a développé un sens critique à l’égard du bruit publicitaire ambiant, qu’on a compris que les objets dont on s’entoure ne font pas de nous des personnes plus respectables. Pour ce qui est des compétences pratiques, il vaut mieux saisir le plus tôt possible la mécanique des taux d’intérêt, sur l’épargne comme sur le crédit, et savoir reconnaître les sophismes des vendeurs d’autos et de thermopompes.


Le reste, ce sont des affaires de «vieux».


D’où mon étonnement à la lecture du courriel de Félix, qui, à 20 ans (pas 21), se demande comment réduire ses impôts sur «son argent durement gagné».


Il travaille fort, il n’y a aucun doute. Félix habite chez ses parents, étudie à l’université à temps partiel et tire des revenus de 32 000$ par année de deux emplois. À l’un d’eux, il cotise 7% de son revenu à un REER collectif auquel contribue aussi son patron à hauteur de 6% du salaire de son employé.


Sans loyer ni facture à payer, Félix vient de commencer à verser 200$ par mois dans un CELI et 800$ dans un compte d’épargne non enregistré. Je suis impressionné.


Bien qu’il profite d’une capacité d’épargne qui rendrait jaloux bien des gens deux fois plus âgés que lui, ses économies restent modestes pour l’instant. Au rythme où elles s’accumulent cependant, elles lui permettent de réfléchir à certains projets. Il hésite entre vivre à l’étranger un an ou deux, ou encore acheter un condo.


Attaquons-nous à sa principale préoccupation, ce bouton fiscal qui vient de surgir dans sa vie.


L’impôt représente cet envers désagréable de son chèque de paie, on le découvre avec ses premiers émoluments. Il sert à payer une foule de services qu’on tient trop souvent pour acquis et auxquels, toute sa jeunesse, on a eu accès gratuitement. Vient le jour où c’est à son tour d’apporter sa petite contribution.


Quand même, quelle est cette fixation sur l’impôt, à 20 ans, tandis qu’il ne nous coûte que 16% de sa paie, alors qu’on vit chez ses parents et qu’on peut jouir si largement du fruit de son travail? Qu’en sera-t-il dans 15 ou 20 ans, quand le fisc viendra prélever plus du quart de tout son salaire, au moment où l’on doit rembourser son hypothèque, régler ses factures et acheter des couches chez Costco?


Désolé, je me suis emporté. Ce que je veux dire Félix, c’est que c’est à ce moment-là que tu seras content de pouvoir alléger ta facture fiscale, quand elle sera grosse et que tu auras d’autres obligations à assumer.


Alors voilà ma recommandation, libre à toi de t’en inspirer. D’abord, continue de contribuer au REER pour l’emploi où tu profites du REER collectif, j’ai cru comprendre que la participation de ton employeur était conditionnelle à la tienne.


La part de ton employeur s’ajoute à ton salaire, elle est donc imposable, mais puisqu’elle est versée dans un REER, l’impôt est annulé. La part que tu paies te donne droit à une déduction fiscale. Je sais, il est agréable de recevoir un remboursement d’impôt, alors tu ne vas pas aimer ce conseil : n’utilise pas la déduction pour ta part, ni celle de ton employeur. Tu peux accumuler ces déductions et t’en prévaloir plus tard.


Je t’explique pourquoi, mais d’abord, un mot sur la progressivité de notre régime fiscal. L’impôt s’applique par tranches de revenu, ce qu’on appelle les «paliers d’imposition».


Tes premiers 10 000$ de revenu, j’y vais approximativement, sont exemptés d’impôt. Ce que tu gagnes entre 12 000$ et 14 000$ est imposé à quelque 12,5%, puis tout le reste l’est à 27,5%. Je parle toujours de l’impôt combiné de Québec et d’Ottawa.


Tu ne toucheras pas un nouveau palier aussi longtemps que ton salaire ne dépasse pas 42 000 $. Au-delà, le revenu supplémentaire n’est plus imposé à 27,5%, mais à 32%. Le taux d’imposition le plus élevé touche les revenus gagnés à partir de 250 000$, à 53,3%.


Plus ton salaire augmentera, plus les derniers dollars gagnés seront imposés par rapport aux premiers. Plus tu te trouves sur un palier d’imposition élevé, plus il est profitable d’utiliser le REER car le montant cotisé est déduit des tranches du haut, là où le fisc frappe le plus fort.


Si tu consens à payer un peu plus d’impôt maintenant en gardant en banque les déductions fiscales auxquelles te donnent droit tes cotisations actuelles, bien ces mêmes déductions te procureront de bien meilleures économies plus tard, quand tu les appliqueras sur ton salaire qui sera, on n’en doute pas, plus élevé.


Pour la même raison, il est inutile de contribuer davantage au REER. Les droits de cotisation inutilisés s’accumuleront et, comme les déductions dont je viens de parler, pourront servir plus tard, quand ils seront en mesure produire des économies d’impôt plus intéressantes. Tout le reste de l’épargne devrait être dirigé vers le CELI, plus flexible qu’un compte REER, qui ne protège pas moins les revenus, l’intérêt et le gain en capital, de la main du fisc.


Tu pourras t’en servir pour acheter ton condo ou partir en voyage.


Moi, la 2e option me semble plutôt intéressante.


***


De retour après les fêtes. Passez-en de bonnes !


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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