Mêler argent et famille, que des malaises!

Publié le 11/09/2018 à 10:30

Mêler argent et famille, que des malaises!

Publié le 11/09/2018 à 10:30

Ah, si les problèmes d’argent pouvaient se restreindre à leurs dimensions pécuniaires, ils n’en seraient que plus faciles à gérer. C’est rarement le cas, hélas.


Prenez l’histoire de ce lecteur, par exemple. Appelons-le Philippe. Il me demande conseil. À la lecture de son récit, je suis envahi par un malaise.


Sa belle-mère, pas la mère de sa blonde, mais la conjointe de son père, l’a sollicité pour un délicat service. Elle lui a demandé de les «endosser», elle et son conjoint, donc le père de Philippe, pour un prêt personnel.


Le couple a accumulé d’importantes dettes sur une carte de crédit, à un taux de 20%. Bien qu’elle serve à financer le train de vie des deux conjoints, la carte est au nom de madame, ai-je compris. Elle et son compagnon cherchent une solution pour réduire le coût de cette dette.


Ce n’est rien encore pour envisager la faillite, ni une proposition de consommateur, mais assez pour que le père de Philippe et sa conjointe se demandent comment ils pourront en venir à bout. C’est qu’ils ont une hypothèque à rembourser, une auto à payer, l’épicerie… la vie coûte cher. Ils ont rempli la carte petit à petit, dépensant chaque mois un peu plus que ce qu’ils gagnaient. Jusqu’à ce qu’ils atteignent la limite.


Ils sont coincés maintenant.


Avant de cogner à la porte de Philippe, ils ont bien exploré d’autres solutions. Par exemple, ils ont demandé à la banque une marge de crédit hypothécaire qui servirait à rembourser la carte de crédit. La dette resterait entière, mais les intérêts seraient moins élevés.


On n’ajoute pas aussi facilement une marge de crédit à une hypothèque existante, à moins de demander une hypothèque de second rang à un prêteur alternatif. Ils ne sont pas allés jusque là, ils se sont contentés d’encaisser le premier refus de leur banque.


«À quoi servira la marge?»


«À rembourser la carte qui est pleine à ras bord.»


Bof… Surtout que le père traîne des antécédents, il a été joueur compulsif dans une autre vie. Alors une marge hypothécaire, vous vous imaginez bien que ce n’est pas une bonne idée. En cas de rechute, il pourrait engloutir la maison.


L’autre option, donc, consiste en un prêt personnel pour rembourser la carte, un prêt dont Philippe se porterait garant, une condition imposée par le banquier. Ainsi, si le père et sa conjointe font faux bond, le créancier pourra se tourner vers le fils pour se faire rembourser.


Si ce dernier était millionnaire, le problème se présenterait sous une autre perspective. Mais il est pigiste. Il a lui aussi une hypothèque à payer. Il a de jeunes enfants. Sa conjointe est en transition de carrière.


Philippe n’est pas dans une posture idéale pour «endosser» le prêt de débiteurs à la fiabilité douteuse, il connaît mieux que la banque le risque que représente un crédit accordé à son père et à sa belle-mère. C’est là tout le problème, il s’agit de son papa avec qui il entretient une relation normale. Si seulement le père avait été détestable, ç’aurait été plus facile.


Philippe doit choisir : refuser de soutenir son père au prix d’une conscience tourmentée ou lui venir en aide au risque de devoir payer une somme conséquente pour la désinvolture financière du paternel.


«L’autre option serait que je lui prête moi-même l’argent en pigeant dans mon CELI…» s’interroge Philippe.


Ça ne change rien à son dilemme, quoique ce serait probablement la meilleure option. J’ai demandé à Éric Lebel, associé chez RCGT, expert en redressement et en insolvabilité, ce qu’il en pensait. Il y a plusieurs avantages à procéder ainsi, selon lui.


Le père de Philippe et sa conjointe paieraient moins cher d’intérêt. Le fils pourrait en effet consentir un prêt à taux avantageux, ou même sans intérêt. S’il prévoit de l’intérêt, il devra cependant l’ajouter à ses revenus et le déclarer.


En accordant le prêt lui-même, Philippe risque de ne pas être payé. Alors que s’il se porte garant du prêt, il pourrait devoir payer le créancier. Que les débiteurs cessent de payer la banque ou le fils, ce sera toujours à ce dernier d’assumer le défaut de paiement. Si c’est lui qui a accordé le prêt, il en aura au moins déterminé les conditions et n’aura pas à payer des intérêts en plus de rembourser le capital.


Bien sûr, dans de pareilles circonstances, on ne se contente pas d’une entente verbale. Les modalités du prêt doivent être inscrites dans un document notarié. Pour se protéger, Philippe devrait être inscrit comme créancier hypothécaire de second rang sur la maison de son père et de sa belle-mère. Autrement dit, il prend une garantie sur la valeur libre de la maison (la fameuse « équité »), comme la banque qui a consenti la première hypothèque.


Consigner le tout dans un contrat et exiger des garanties permet de recadrer le problème et d’évacuer une partie de l’émotion. Sans faire la morale, Philippe devrait exiger que sa belle-mère mette les ciseaux dans la carte de crédit. Il pourrait aussi inciter les deux  à prendre un rendez-vous chez une Association coopérative d’économie familiale (ACEF) où le couple pourrait recevoir des conseils budgétaires.


Tout de même, c’est lourd de mélanger relation et argent. Bonne chance Philippe.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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