Mooney: Les privatisations, l'ultime transaction d'initiés

Publié le 12/02/2013 à 23:34, mis à jour le 13/02/2013 à 08:32

Mooney: Les privatisations, l'ultime transaction d'initiés

Publié le 12/02/2013 à 23:34, mis à jour le 13/02/2013 à 08:32

Le dirigeant, Michael Dell, veut privatiser Dell.

BLOGUE. Un lecteur m’a contacté pour se plaindre du phénomène de privatisations de sociétés ouvertes. Et il soulève des points vraiment importants, pour ne pas dire cruciaux.


Il réagissait à mon texte au sujet du projet de privatisation de Dell, mené par son président et fondateur Michael Dell. Or, il n’y a pas qu’aux États-Unis que des sociétés veulent quitter le monde de la Bourse. La société Hanfeng Evergreen, inscrite à Toronto, a annoncé une entente en vertu de laquelle son président Xinduo Yu achètera toutes les actions en circulation à 2,25$ chacune. M. Yu possède déjà 20,4% de Hanfeng, active en Chine dans les engrais.


Le titre de Hanfeng a atteint un sommet à plus de 12$ à la fin de 2008, alors que tout ce qui était relié aux ressources naturelles était à la mode.


Voici ce que le lecteur mentionnait :


«J'aimerais lire votre opinion sur le phénomène de fermeture du capital pratiquée à l'occasion par certains investisseurs. Avec le cas de Dell qui se prépare, ce sera la deuxième fois que je me fais faire le coup, le premier étant celui de Spectra Premium. Sans être illégale, cette pratique me semble au moins douteuse au plan de l'éthique. J'ai compris que le principe de base du lancement d'une entreprise publique était, pour les investisseurs initiaux, de solliciter des capitaux additionnels pour permettre à l'entreprise de se développer, et ce par l'émission d'actions. Ce faisant, les actionnaires acceptent de partager le risque avec les investisseurs principaux, avec la perspective de faire un gain, mais en acceptant éventuellement une perte. Dans les deux cas qui m'intéressent, j'ai acheté des actions dont le cours a baissé substantiellement; je les ai conservées en espérant une remontée éventuelle. Or, au moment où une embellie se pointe à l'horizon, quelqu'un quelque part décide que je n'ai plus le droit de jouer et que, si des gains se pointent, il préfère se les garder pour lui-même. Cette façon de faire me semble difficilement compatible avec les principes à la base de la création des entreprises publiques et du marché boursier...»


Et il a signé «Chat échaudé»...


Je ne peux que donner raison à ce lecteur, car il y a quelque chose de honteux dans le fait de racheter des actionnaires minoritaires à bas prix, après une mauvaise séquence, pour profiter d’un éventuel redressement. Évidemment, il faut croire à ce revirement. Et si vous n’y croyez pas, comme moi, vous n’êtes pas actionnaire.


Les acheteurs prétendront tous que le prix offert est équitable, le plus souvent en appuyant leur affirmation par le fait qu’il représente une prime «intéressante» par rapport au cours moyen des 30 jours précédant l’annonce. Dans le cas de Hanfeng par exemple, cette prime est évaluée à 47%. Pour l’acheteur en 2008, évidemment, cette prime est une grosse blague!


La question pertinente est de savoir pourquoi un dirigeant, qui connaît mieux la société que n’importe quel autre actionnaire minoritaire, est prêt à offrir une prime «si intéressante»? Pourquoi par exemple Michael Dell est-il prêt à parier des milliards de dollars en privatisant sa société? Dans le cas de M. Yu, on parle de plusieurs dizaines de millions de dollars, mais la question demeure la même.


Dans tous les cas, il n’y a qu’une réponse et une seule: parce qu’il croit sincèrement qu’il va faire des milliards avec son placement.


Il y a des risques et il peut se tromper. Par contre, il faut admettre que si une personne est bien placée pour savoir, c’est bien la direction.


Dans ce sens, ces privatisations sont d’immenses transactions d’initiés. À la différence que les investisseurs qui partagent cet optimisme se voient fermer la porte au nez.


C’est évidemment légal, mais d’un mauvais goût extrême, frôlant la malhonnêteté.


Trop de dirigeants (et de conseils d’administration) oublient qu’ils sont les gardiens des intérêts de tous les actionnaires, en commençant par les minoritaires.


Pour les investisseurs que nous sommes, il n’y a pas de formule magique pour se protéger contre de tels abus de pouvoir. La seule protection est de choisir des dirigeants honnêtes et intègres, pas seulement compétents.


Plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens.


Bernard Mooney


 

À propos de ce blogue

Chroniqueur au Journal Les Affaires, Bernard Mooney traite de la Bourse sous toutes ses facettes en s’adressant particulièrement aux investisseurs à long terme. Il est connu pour une vision misant sur le gros bon sens.

Bernard Mooney
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