Hydro-Québec: à deux pieds dans le futur, les yeux rivés sur le passé

Publié le 29/11/2017 à 14:10

Hydro-Québec: à deux pieds dans le futur, les yeux rivés sur le passé

Publié le 29/11/2017 à 14:10

Le conteneur Esstalion, projet conjoint entre Hydro-Québec et Sony.

Parlez d'innovation avec les gens de la société d'État et ils vous racontent l'histoire d'une ligne à haute tension datant des années 60. C'est un peu ça le problème…


Le 21e étage de la tour d'Hydro-Québec, sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal, a des airs d'un autre siècle. Les murs en bois, les bureaux fermés, l'antichambre où une adjointe administrative vous accueille en vous offrant de l'eau ou du café… on est loin des bureaux partagés et de la hiérarchie plate des WeWork et autres Shopify, mettons.


En 2017, à l'ère de l'électrification mondialisée des transports, du minage informatique énergivore comme un pays d'Afrique qui supporte la croissance stratosphérique (et apparemment sans fin) du Bitcoin et de l'intelligence artificielle, qui repose des serveurs devant ronronner sans craindre une panne de courant, ça laisse transpirer la grandeur, la richesse et la fierté d'une époque où les choses étaient plus simples.


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La direction d'Hydro-Québec ne reste pas les bras croisés pour autant. Sa présence dans des grandes conférences internationales sur les mégadonnées ou sur l'infonuagique commence d'ailleurs à être remarquée. Dans un congrès des Amazon, Microsoft et autres technos, "les gens se demandaient pas mal c'est qui ça, Hydro-Québec", raconte, un peu à la blague, David Murray, président de la division Distribution du producteur hydroélectrique.


À moyen terme, M. Murray a un mandat clair : accroître ses ventes annuelles de 5 à 10 pourcent. C'est bien peu, mais en même temps, c'est beaucoup, pour une entreprise dont le principal marché est, par définition, mature au point d'être presque saturé.


Où s'en va la R-D chez Hydro-Québec?


La question qui me turlupinait, en rencontrant M. Murray, était simple : comment l'innovation peut-elle devenir un levier de croissance pour Hydro-Québec, plutôt qu'une menace? Le secteur énergétique est un de ces domaines qui risque de connaître de grandes transformations au fil des prochaines années, et le Québec ne cracherait sûrement pas sur des revenus additionnels provenant de sa principale société d'État.


La réponse est compliquée. Éric Martel, le PDG déniché chez Bombardier, est davantage reconnu pour sa gestion serrée que pour sa prise de risques, un trait de caractère qui semble trouver écho dans les récentes mesures de rationalisation du côté de l'Institut en recherche électrique du Québec (IREQ), le bras R-D d'Hydro-Québec.


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À l'IREQ, on parle davantage d'une transition cyclique que d'un essoufflement. Mais on ne compte plus qu'une fraction des projets de recherche qui s'y trouvaient il y a quelques mois à peine. Et de ces projets, aucun n'a le rayonnement de projets passés. Au moment de notre passage, un vieux groupe électrique de TM4 avait été placé à l'entrée, en prévision de la visite d'une délégation chinoise.


En faisant le tour des installations du grand site de Varennes, on voit des transformateurs électriques de prochaine génération, un bras robotisé articulé capable de remettre à neuf une turbine de barrage hydroélectrique avec très peu d'intervention humaine, et un centre de test de composants pour les grosses batteries pouvant alimenter des véhicules électriques.


Tous des projets louables. Mais on est loin de la ligne à haute tension de 735 kilovolts qui a placé le Québec à l'avant-plan du secteur énergétique en 1965.


Les chercheurs croisés à l'IREQ en sont bien conscients. On sent qu'ils n'attendent que le feu vert d'en haut pour se lancer dans l'étude de nouveaux projets innovants digne du siècle à venir, plutôt que du siècle passé. Voici quelques exemples.


Des génératrices prêtes pour les catastrophes naturelles à venir


Par exemple, entre deux des bâtiments du site de l'IREQ se trouve un conteneur sur le côté duquel deux grandes buses de ventilation permettent d'en refroidir le contenu. Qu'est-ce qui se trouve dans ce conteneur? 576 batteries et tout le matériel nécessaire pour transformer ce gros cube d'acier en une génératrice entièrement électrique. De quoi alimenter 23 maisons. Le projet, une collaboration avec Sony débutée en 2014, permettrait notamment de remplacer ces petites centrales au diesel qui alimentent certaines communautés du nord du Québec.


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Les catastrophes naturelles des derniers mois, un peu partout sur la planète, ont mis en lumière un besoin évident de solutions énergétiques d'urgence de la trempe de ces conteneurs électriques. Il ne leur manquerait que quelques capteurs solaires pour les rendre un peu plus attrayants visuellement…


Vers des quartiers entièrement autonomes


Des microréseaux résidentiels où les propriétaires s'échangent l'énergie produite par des capteurs solaires ou éoliens installés sur leur terrain, grâce à une application mobile reposant sur la technologie de chaîne de blocs tirés du Bitcoin? Ça se peut.


C'est évidemment très émergent à l'heure actuelle, et Hydro-Québec observe de près le phénomène. Ces gens qui rêvent de se débrancher du réseau en produisant eux-mêmes leur électricité auront tout de même besoin d'une infrastructure pour le faire. Ça prend donc un réseau électrique centralisé.


Ces technologies pourraient menacer un distributeur privé. Une société d'État, elle, pourrait trouver son compte dans une ou l'autres de ces technologies. Imaginez pouvoir réduire la consommation de pointe de l'ensemble du réseau en recourant à l'énergie produite par tous ces gens ayant installé des bardeaux solaires sur le toit de leur résidence…


La voiture électrique qui recharge


Hydro-Québec a bâti une maison-modèle à Shawinigan où elle teste quelques gadgets connectés et quelques technologies plus ou moins inédites. Une de celles-là : un véhicule électrique capable de redonner de la charge de sa pile à la maison, pour l'alimenter. Pratique en cas de panne, ou mieux, utile si vous possédez un chalet loin de toute infrastructure électrique.


En poussant pour une adoption rapide de bornes résidentielles pouvant non seulement charger la voiture, mais au besoin, charger la maison, le Québec développerait une expertise qui feraient sans doute l'envie d'autres régions dans le monde. Une telle borne se trouve d'ailleurs dans les labos de l'IREQ, à Varennes.


En souhaitant qu'elle en sorte un jour…


 


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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