Ce voleur nommé Amazon

Publié le 31/01/2018 à 10:08

Ce voleur nommé Amazon

Publié le 31/01/2018 à 10:08

Deux tablettes Fire et la Kindle Oasis.

De tous les fabricants d'appareils à système Android, devinez qui a su le mieux éliminer l'empreinte de Google de son écosystème? Voilà qui illustre clairement la stratégie globale d'Amazon.


À un prix de détail démarrant à 60$ pour la Fire 7 et 100$ pour la Fire HD 8, Amazon a un positionnement clair, aux antipodes d'Apple et de son iPad: ses petites tablettes animées par une version lourdement caviardée d'Android sont du bas de gamme.


Du bas de gamme fonctionnel, cela dit. Les habitués des nombreux services d'Amazon s'y sentiront à l'aise dès les premiers pas, puisque chaque onglet de l'écran d'accueil propose un divertissement numérique bien défini: les livres de la boutique Kindle, les films et séries télé d'Amazon Video, les flux continus d'Amazon Music, et, oui, les applications triées plus ou moins sur le volet de la boutique d'application d'Amazon.


C'est probablement là le plus ironique de toute l'affaire: les tablettes Fire sont animées par le système Android popularisé par Google, mais son Play Store en est absent. Tout comme les services mobiles de Google. Incluant la recherche en ligne, puisqu'elle est animée par Bing, de Microsoft. On entre les paramètres de son compte Amazon pour activer l'appareil une première fois, et tout vise à nous garder emprisonnés dans l'environnement d'Amazon.


Amazon, qui ne s'enfarge manifestement pas dans les fleurs du tapis, a pour ainsi dire «volé» l'écosystème Android (rien d'illégal, puisque c'est un logiciel libre, à la base) pour en faire son propre environnement clos. Un peu de bidouillage permet d'y installer les services Google donnant accès au Play Store et à son univers infonuagique, mais on doute que l'utilisateur moyen se donne la peine d'en faire autant.


Évidemment, on peut y installer certaines applications concurrentes, dont Netflix et Spotify, mais en matière d'écosystème fermé, Amazon n'a manifestement rien à apprendre d'Apple, Google ou Microsoft.


Parlant de se faire voler…


C'est un vilain concours de circonstances davantage qu'une simple preuve de mauvaise foi, mais la façon dont la langue et le contenu francophone sont traités par Amazon à travers la vitrine de ses tablettes Fire devrait suffire à faire réagir une ministre du Patrimoine moindrement soucieuse de la culture nationale.


C'est franchement bâclé. Les services d'Amazon ne sont pas tous offerts au Canada de façon aussi complète qu'aux États-Unis. Le marché canadien est régulièrement négligé, oublié, voire maltraité par cette multinationale de Seattle. Personne ne l'oblige à vendre ses produits au Canada, remarquez. Mais une fois qu'elle s'y met, il faudrait la rabrouer pour sa négligence qui frise l'arrogance.


Comme on peut s'en douter, le marché francophone en fait la preuve la plus éloquente. L'adaptation de l'interface de ses services et de ses contenus est la plupart du temps inachevée. Les livres, les films, la musique, tout y est centré sur l'offre anglophone et américaine. En fait, même se brancher aux versions canadiennes de ses services (le site de vente en ligne, la boutique Kindle, Audible, etc.) est inutilement complexe.


Si Amazon était un nom obscur et marginal, comme toutes ces autres marques de tablettes et d'appareils électroniques bon marché qu'on trouve chez Wal-Mart et Dollarama, on n'en ferait pas grand cas.


Mais Amazon, c'est un rouleau compresseur qu'on connaît bien. De mieux en mieux, mais pas pour le mieux, justement. Car on voit bien que l'exception culturelle, pour ce géant américain, est un concept qui dépasse l'entendement. Quelqu'un en position d'autorité devrait leur en tenir rigueur.


Détournement de littérature


L'automne dernier, Amazon a aussi mis en marché la plus récente version de sa liseuse Kindle. Appelée Kindle Oasis, elle incarne le parangon de la lecture numérique. Son format est ultracompact, même avec la couverture magnétique feutrée qui lui donne des airs d'un élégant livre de poche.


Contrairement aux tablettes Fire, la Kindle Oasis n'a aucunement la prétention d'être abordable: son prix bondit de 390 à 490 dollars pour passer de l'édition WiFi à l'édition cellulaire, qui permet d'acheter ou de synchroniser des lectures avec d'autres produits Kindle enregistrés à son nom, incluant l'application éponyme pour téléphones et tablettes.


Ce n'est pas une aubaine, mais l'appareil est définitivement le plus agréable à manipuler de la gamme. Il est étanche, ce qui en fait le compagnon de plage dont rêvent plus d'un vacancier. Son autonomie promise est de plusieurs semaines, mais disons qu'elle dure plusieurs jours (ce qui n'est pas si mal).


Pour une première fois, on peut aussi jumeler un casque Bluetooth à cette Kindle, et ainsi, se faire lire des livres audio provenant de la boutique Audible, une autre propriété d'Amazon qui vient tout juste de lancer sa version canadienne-française. On n'a pas encore réussi à accéder directement à cette version régionalisée d'Audible à même la liseuse, mais on imagine que ça viendra un jour, via une mise à niveau logicielle. Une telle mise à jour devrait aussi autoriser la lecture de musique via la Kindle Oasis, pourquoi pas.


Le marché des liseuses monochromes n'est pas le plus effervescent du monde numérique. Les livres électroniques ne sont pas la révolution que craignaient les éditeurs il y a dix ans. En combinant cette Kindle à l'offre de littérature québécoise ou francophone des sites indépendants vendant des œuvres d'ici et d'ailleurs (ce qui se fait simplement en convertissant leur format à celui d'Amazon à partir d'un ordinateur personnel), on obtient la meilleure expérience de lecture numérique qui soit. La meilleure expérience de lecture tout court, si on aime voyager léger.


Une façon de détourner l'objectif de cette Kindle, qui est de mettre en valeur le contenu d'Amazon. C'est un peu le coup de l'arroseur arrosé, en fin de compte.


 


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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