Drummondville, de l'agonie à la prospérité

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Mars 2017

Drummondville, de l'agonie à la prospérité

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Mars 2017

Par René Vézina

À Drummondville, l’entrepreneuriat local a beaucoup contribué à la relance économique.

Cette ville a longtemps été dépendante de grandes industries traditionnelles, qui ont tour à tour fermé leurs portes dans les années 1980. Toutefois, les PME locales ont pris la relève. Elles ont su trouver les bons créneaux pour se développer, à tel point que la ville est aujourd'hui devenue une véritable dynamo de l'économie québécoise.


Drummonville est maintenant la locomotive économique du Centre-du-Québec, avec mention honorable à Victoriaville et à Bécancour. Le fait que la ville puisse ainsi s'afficher montre qu'il ne faut jamais désespérer. Drummonville a mangé son pain noir avant de se refaire une santé.


En 1982, L'Actualité titrait à la une d'un de ses numéros : «Drummondville, une ville à l'agonie». En même temps, le défunt magazine humoristique Croc faisait de Drummondville sa tête de Turc en multipliant les allusions sarcastiques à son soi-disant côté Québec (très) profond.


À l'époque, les perspectives étaient sombres. Les multinationales qui avaient alimenté son économie partaient les unes après les autres.


Ses résidents ont serré les dents. L'entrepreneuriat local a pris la relève, aidé par des dirigeants municipaux qui ont regardé droit devant. «Croc a fait faillite, mais Drummondville s'est redressée», dit Martin Dupont, sans être revanchard. Et comment ! Le directeur général de la Société de développement économique de Drummondville (SDED), en place depuis 1988, est de ceux qui sont montés au front pour la relance. «Il y a 30 ans, Drummondville comptait 236 entreprises manufacturières, dit-il. Malgré les fermetures en série, on en compte maintenant 620.»


Pour les inciter à s'installer et à grandir, Drummondville a multiplié les parcs industriels. Au Québec, il n'existe pas de ville de sa taille qui en compte autant : déjà 11, et bientôt 12. Les entrepreneurs locaux y côtoient des sociétés internationales. Par exemple, la française Soprema, arrivée dès 1978, y a maintenant trois usines, qui emploient 400 personnes sur les 500 qu'elle compte au Canada. Son président, Pierre-Étienne Bindschedler, est tellement entiché de la ville qu'il est en train de s'y faire construire une des plus imposantes maisons des environs...


Et la cohésion sociale du milieu est probablement unique au Québec. Fin janvier, 450 personnes s'étaient massées au Centrexpo pour entendre le maire Alexandre Cusson leur parler lors d'un souper devenu un événement annuel. Le Centrexpo ? C'est le centre de congrès et d'expositions le plus impressionnant entre Montréal et Québec. Il a ouvert ses portes en 2014, et les événements s'y multiplient. On vise les salons et le tourisme d'affaires. La juxtaposition d'un tout nouvel hôtel de 140 chambres et de 58 suites, le Times, vient compléter l'offre.


De quoi réjouir M. Cusson, qui a pris il y a trois ans la relève d'une grande personnalité du monde municipal québécois, Francine Ruest-Jutras, mairesse de la ville de 1987 à 2013. Il est à son tour en train d'imprimer sa marque. Issu du monde de l'éducation, il a contribué à l'implantation à Drummondville d'un établissement universitaire de l'UQTR qui compte déjà 800 étudiants à temps plein, chiffre qui devrait plus que doubler quand un complexe en construction sera terminé. On y forme déjà des infirmières, des informaticiens, des administrateurs et des travailleurs sociaux. La prochaine vague sera stratégique : elle produira notamment des ingénieurs en génie mécanique dont les entreprises locales ont absolument besoin.


«La région du Centre-du-Québec était une des seules qui n'avait pas de campus universitaire, dit M. Cusson. Nos jeunes allaient étudier à Montréal et beaucoup ne revenaient plus. Nous pouvons dorénavant leur offrir de véritables options.»


Qui plus est, Québec n'a pas mis un sou dans le béton. Drummondville a tout payé et loue aujourd'hui les installations à l'UQTR, qui en deviendra propriétaire dans 20 ans. La façon dont le financement du projet s'est déroulé montre l'état d'esprit proactif de Drummondville.


Les autorités de la ville ont fait appel aux chefs d'entreprises. Gilles Soucy, fondateur de l'entreprise du même nom, a signé un chèque d'un million de dollars. Comme le raconte Martin Dupont, il savait que d'autres allaient se sentir obligés de suivre... En même temps, les dirigeants de Soprema allongeaient eux aussi un million. «En 35 minutes, dit-il, nous avions recueilli 8 M$.»


Drummondville est l'une des seules villes hors de Montréal à compter sur un commissaire à l'emploi et à l'immigration. À Drummondville, qui affiche le taux de chômage le plus bas du Québec, l'un ne va pas sans l'autre. Et on continue à tout faire pour attirer de nouvelles entreprises, qui auront besoin de travailleurs.


Une ville et sa région


Série 2 de 9


Les Affaires prend la route afin de vous faire découvrir neuf municipalités qui se démarquent par leur vitalité économique.

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