Le mois dernier, j’ai participé à une rencontre réunissant le président et 70 vice-présidents et directeurs généraux d’une grande entreprise canadienne pour discuter vision d’avenir et leadership. Les hommes portaient un complet sans cravate et les femmes un tailleur, uniformément déclinés du gris anthracite au noir. Ils formaient un groupe très together, mobilisé pour faire croître l’entreprise et dépasser les concurrents.
Le premier jour, j’ai agi à titre d’observateur ; j’ai écouté attentivement les gestionnaires se présenter à tour de rôle avec assurance, humour et enthousiasme. Mais, au bout d’un moment, j’ai senti une certaine tristesse m’envahir. Certes, tous semblaient animés par un esprit d’équipe, et pourtant la solitude, voire l’isolement, était palpable. En effet, ils semblaient vraiment seuls avec leurs doutes, leurs peurs, leurs insatisfactions, mais aussi leurs rêves… Mon constat ? Tous unissaient leurs efforts pour atteindre les objectifs de l’organisation, mais chaque personne gardait pour soi les émotions qu’elle vivait en cours de route. Bref, ils étaient seuls, ensemble.
Je leur ai donc fait part de mon impression… et un long silence a suivi. En fait, il a fallu près d’une heure avant que quelqu’un n’ait le courage de briser la glace et de confier son sentiment d’isolement. Puis un autre a osé dire combien les ruptures, comme la réaffectation des équipes et le départ de collègues, l’affectait. Enfin, une participante a avoué sa peur de ne pas être à la hauteur, dévoilant du même coup sa vulnérabilité. Et quelqu’un a déploré le fait « qu’on ne parle jamais de ces choses-là ».








