Consulter la communauté en s'inspirant de Socrate

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Octobre 2017

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Édition du 28 Octobre 2017

Un comité formé par tirage au sort permet d’entendre un échantillon de voix plus représentatif du profil démographique de sa population.

Vous lancez un projet et vous voulez consulter les parties prenantes. Mais comment vous y prendre ? Un peu partout dans le monde, des gouvernements et des organismes commencent à tester une nouvelle méthode qui pourrait vous être utile : le tirage au sort.


C'est le cas, par exemple, de la Division de la planification de la Ville de Toronto. Il s'agit de l'organe responsable de tout ce qui touche la croissance et le développement de la ville : projets de transports, conservation d'un quartier patrimonial, plans d'aménagement locaux. Il y a quelques années, la Division a constaté que les participants aux consultations publiques liées aux initiatives de planification urbaine ne reflétaient pas assez bien la diversité de la ville. La participation des Torontois de 55 ans et plus, par exemple, était de trois fois supérieure à celle des 18-34 ans. La Division a donc décidé de changer la situation. Pour y arriver, elle a mis sur pied un processus de loterie civique.


Comment ça fonctionne ? Avec l'aide de MASS LBP, une firme spécialisée en conception et en organisation de processus délibératifs, la Division a envoyé de façon aléatoire 12 000 invitations en septembre 2015 dans le but de trouver des participants potentiels. Plus de 500 personnes se sont portées volontaires. La Division a ensuite choisi 28 participants au hasard pour former un comité, en s'assurant que la sélection reflétait le profil démographique torontois. Elle devait ainsi garantir la parité des genres, reproduire le profil d'âge de la ville, assurer une représentation des quatre Community Council Districts, inclure au moins un membre des communautés autochtones et avoir un nombre équilibré de membres des minorités visibles.


En octobre 2015, la première de quatre sessions d'orientation débutait. Le comité devait ensuite se réunir six fois par année durant deux ans. Il devrait donc avoir terminé ses travaux le mois prochain, dit Daniel Fusca, responsable de l'engagement des parties prenantes à la Ville de Toronto. Il sera conférencier le 29 novembre à l'événement Acceptabilité sociale, organisé par le Groupe Les Affaires. « Nous avons demandé au comité de se prononcer sur plusieurs questions importantes pour la ville : planification du centre-ville, bâtiments patrimoniaux, stratégie d'acquisition de parcs », précise-t-il.


Le comité devait ainsi fournir des points de vue à la Ville pour l'aider à prendre ses décisions. Les perspectives et les priorités du comité sont notamment rapportées dans des rapports transmis au conseil municipal.


L'avantage d'un tel comité, formé par tirage au sort, est double. Il permet d'abord à la Ville de s'assurer d'entendre un échantillon de voix plus représentatif du profil démographique de sa population. Ensuite, il permet de récolter l'opinion de gens qui n'auraient pas tendance à participer aux consultations publiques liées aux initiatives de planification urbaine. « Les gens qui participent normalement aux consultations sont ceux qui ont quelque chose à perdre, dit Daniel Fusca. Ils ne sont pas contents, et ça mène à un environnement combatif. »


Les membres du comité, eux, ont selon lui plutôt l'intention sincère de faire de leur ville un endroit meilleur. « Ils ne sont pas là pour protéger la valeur de leur maison », dit-il. Les discussions sont donc plus constructives et positives. Et l'initiative fait des curieux : Daniel Fusca dit avoir été contacté par des gens d'ailleurs en Ontario, mais aussi d'Australie et d'Helsinki, qui voulaient en savoir plus.


Grèce antique 2.0


En Allemagne, des comités semblables - nommés jurys citoyens - sont mis sur pied par tirage au sort depuis plusieurs années pour faire entendre la voix de la population, notamment sur des questions d'aménagement du territoire.


Là-bas, les comités n'ont cependant pas un rôle uniquement consultatif, souligne Anne Latendresse, professeure à l'UQAM, spécialisée en participation à la gestion et à la planification urbaines, et en démocratie locale et participative. « Ils ont souvent des budgets et peuvent habituellement définir les orientations et les objectifs d'un projet, s'occuper de rédiger les appels d'offres et même parfois faire le suivi et l'évaluation du projet une fois qu'il est terminé », dit-elle.


L'expérience s'inspire de l'Athènes des philosophes, où certains postes gouvernementaux étaient remplis en tirant au sort parmi la population. La formule contemporaine est un peu plus inclusive, puisque les femmes et les esclaves étaient, dans l'Antiquité, exclus du processus. « À ma connaissance, dans la province, on n'a pas encore exploité le tirage au sort pour obtenir l'avis des citoyens sur les questions de planification urbaine, dit Mme Latendresse. Cependant, ça suscite de l'intérêt dans la population. Ça permet d'avoir une plus grande diversité de points de vue. »

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