Le film L’or du golfe s’attaque à l’industrie naissante du pétrole au Québec


Édition du 09 Mai 2015

Le film L’or du golfe s’attaque à l’industrie naissante du pétrole au Québec


Édition du 09 Mai 2015

Par Suzanne Dansereau

L’exploitation du pétrole au Québec comporte des risques. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Un documentaire en salle au Québec ces jours-ci, qui sera ensuite diffusé à Radio-Canada, soutient que non.


Narré par le très populaire chansonnier gaspésien Kevin Parent, L’or du golfe examine trois projets pétroliers : l’exploration de la structure géologique Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent, entre Québec et Terre-Neuve ; le pétrole de schiste sur l’île d’Anticosti et l’exploitation conventionnelle en Gaspésie.


Le film conclut que les bénéfices de ces projets sont surévalués – irréalistes dans le cas d’Anticosti –, tandis que les coûts sont sous-évalués.


« Le gouvernement ne calcule pas combien cela va lui coûter pour les désagréments causés à la population », fait valoir le réalisateur du film, Ian Jaquier, lors d’un entretien avec Les Affaires.


Experts à l’appui, L’or du golfe affirme qu’un déversement de pétrole dans le golfe du Saint-Laurent ne pourrait pas être bien nettoyé et serait désastreux pour l’industrie de la pêche.


Quant au projet d’Anticosti, qualifié de « pétrole extrême », il risque de détruire l’écosystème de ce joyau naturel peuplé de 200 habitants et de 200 000 chevreuils, en requérant quantité d’eau transportée par camions et des milliers de travailleurs de l’extérieur qui afflueraient sur cette île en déficit d’infrastructures.


Sans compter que le gouvernement est en conflit d’intérêts dans le projet d’Anticosti, où il est à la fois promoteur et juge, dénonce le film.


Les projets Old Harry et d’Anticosti n’ont pas encore eu le feu vert de Québec, et on est loin de la coupe aux lèvres.


Mais ceux de Junex et de Pétrolia en Gaspésie sont en test de production et prévoient une exploitation commerciale en 2016 – une première dans l’histoire du Québec, où l’exploration n’a jamais abouti.


Pour ces projets, la population est divisée, espérant des emplois – qui, selon le documentaire, seront accordés à une main-d’œuvre de l’extérieur puisque les travailleurs locaux ne sont pas formés –, mais craignant en même temps une contamination de l’eau potable. Tout cela pour un projet, comme celui de Pétrolia, qui ne livrera que l’équivalent de 20 jours d’utilisation de pétrole au Québec, au profit d’une entreprise dont l’objectif premier est d’être vendue à une grande pétrolière, pour le bénéfice non pas de la population, mais des investisseurs.


Le président de Pétrolia, Alexandre Gagnon, ne veut pas s’inscrire en faux contre « le rêve légitime d’être un jour moins dépendant du pétrole ». Mais il estime que le film ignore la réalité et la science. « Il y a eu 11 000 puits forés au Canada l’an dernier, sans aucune contamination. Au Québec, nos normes sont les plus strictes en ce qui a trait aux distances séparatrices entre un forage et les prises d’eau ; et pour ce qui est de notre projet à Anticosti, une étude récente démontre qu’il n’y a pas de relation entre la présence de méthane dans l’eau et la fracturation hydraulique. En outre, si nous procédons à Anticosti, nous envisagerons le recours à de l’eau salée. »


M. Gagnon fait aussi valoir que la production de pétrole au Québec « réduirait nos importations [...] créerait des occasions d’affaires pour les fournisseurs d’ici et générerait des redevances. Si on avait suivi le raisonnement du film, on n’aurait jamais eu de barrages à la Baie-James », plaide-t-il.


Pour l’instant, l’industrie peut citer des sondages selon lesquels les deux tiers de la population québécoise l’appuient. Mais, comme l’explique l’expert en relations publiques François Ducharme, président de l’agence Tact Intelligence-conseil, « il y a une dichotomie entre l’opinion publique et la couverture médiatique qui est très négative contre le pétrole. Et les politiciens suivent les revues de presse ».


La diffusion de L’or du golfe fait suite à la publication, au début d’avril, du manifeste pour un Élan global. Ce dernier a été signé par 200 personnalités publiques exigeant l’arrêt de l’exploration et de l’exploitation pétrolières au Québec de même que l’interdiction de transporter des hydrocarbures dans la province à des fins d’exportation. Il y a aussi eu cette manifestation de 20 000 personnes à l’Assemblée nationale en faveur de la lutte contre les changements climatiques.


« Les médias donnent plus de place à ces manifestations, surtout lorsqu’elles sont cautionnées par des artistes, qu’à l’industrie », estime M. Ducharme. Dans le passé, des films comme Trou story et L’erreur boréale, de l’artiste Richard Desjardins, ou le documentaire américain Gasland sur les gaz de schiste ont frappé l’imaginaire et créé de fortes pressions sur les industries concernées. Entre autres, rappelle-t-il, Gasland a contribué à l’imposition du moratoire sur les gaz de schiste dans la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent.


Chez les Manufacturiers et exportateurs du Québec, le président, Éric Tétrault, tente de monter une coalition parapluie pour contrecarrer les craintes à l’égard de l’industrie. « Traditionnellement, l’industrie préfère se taire et laisser passer la tempête. Je ne suis pas sûr que cela soit une bonne idée cette fois-ci », dit-il.


 


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