Un moment «Boucle d'or» pour les travailleurs québécois

Offert par Les Affaires


Édition du 15 Septembre 2018

Un moment «Boucle d'or» pour les travailleurs québécois

Offert par Les Affaires


Édition du 15 Septembre 2018

Par Laura O'Laughlin

[Photo : 123RF]

Alors que le taux de chômage oscille autour de 5,5 % depuis le début de l'année et que les coffres de l'État québécois affichent un excédent budgétaire, on pourrait penser que les praticiens des sciences les plus sombres - les sciences économiques - finiraient par faire sauter les bouchons de bouteilles de champagne poussiéreuses. Et pourtant...


Certes, pour les travailleurs, le marché du travail n'est certainement pas trop froid. Le chômage se situe à des niveaux historiquement bas. Il s'établit même à seulement 2,6 % dans la région de Chaudière-Appalaches !


À l'heure actuelle, des boulangeries, des restaurants MacDonald's et des carrières doivent fermer ou ralentir leurs activités en raison du manque de main-d'oeuvre.


Quant à l'excédent budgétaire, pour les partis en lice en vue de remporter des sièges à l'Assemblée nationale, il est potentiellement «juste comme il faut». Avoir un débat sur ce qu'il faut faire avec une économie provinciale saine, c'est moins intéressant que de discuter de grands projets visionnaires. Le surplus budgétaire devrait-il être dépensé pour le transport, l'environnement, l'éducation ou la santé ? Pour tous les quatre ?


L'inflation, un risque bien réel


Pourtant, vous ne verrez pas beaucoup d'économistes célébrer. Un faible taux de chômage peut indiquer une économie en plein emploi. Mais une économie de plein emploi ne signifie pas nécessairement que tout le monde a un emploi ni que le taux de chômage cible devrait être nul. En fait, si le chômage diminue trop, l'inflation augmentera à mesure que les employeurs se feront concurrence pour embaucher des travailleurs. Cela peut mener à une augmentation des salaires trop rapide.


Taux de chômage et inflation sont liés. On a même donné un nom au taux de chômage qui permet de garder un taux d'inflation constant: c'est le taux de chômage «Boucle d'or», ou NAIRU, pour non-accelerating inflation rate of unemployment). En deça du NAIRU, il existe une pression pour que le taux d'inflation augmente. Au contraire, lorsque le taux de chômage est supérieur au NAIRU, il y a une pression pour que le taux d'inflation diminue.


Nous commençons déjà à voir des signes d'augmentation des salaires, particulièrement au Québec. Par rapport à l'année dernière, la province est, avec le Manitoba, en tête de toutes les autres au pays en ce qui concerne la croissance des salaires, affichant une variation de 4 % de la rémunération hebdomadaire moyenne.



Comme la hausse de 4 % de la rémunération hebdomadaire moyenne dépasse l'inflation actuelle (environ 3 %), notre économie pourrait être en train de commencer à dépasser ses limites de capacité.


Pour éviter les pressions inflationnistes - la nécessité de dépenser plus pour obtenir les mêmes biens, qui déprécie davantage les bénéfices réalisés par les entreprises -, le débat actuel devrait porter sur la manière d'accroître la capacité de l'économie québécoise à encourager davantage de travailleurs à entrer sur le marché du travail et à encourager les entreprises à investir dans des technologies innovantes, lesquelles peuvent suppléer au manque de main-d'oeuvre spécialisée.


Les solutions existent


Malheureusement, depuis le déclenchement de la campagne électorale, il y a eu très peu de discussions sur les meilleures façons de préserver la croissance du Québec dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre. Peut-être est-ce parce que les solutions les plus évidentes sont contraires à quelques-unes des plateformes de partis : accroître l'intégration des immigrants au marché du travail québécois et encourager les investissements dans l'automatisation et autres outils de productivité.


Comme vous pouvez sans doute le constater, les économistes comme moi célèbrent rarement les moments «Boucle d'or» dans les finances publiques.


Actuellement, la pérennité de la croissance économique du Québec est réellement menacée. Nous devons tirer parti de l'immigration et des investissements technologiques pour préserver la croissance, ce qui nous permet d'investir dans de grands projets de société tels que le Réseau express métropolitain (REM), l'électrification des transports, les résidences des aînés ou des lunchs gratuits à l'école, etc. Par contre, prétendre que nous n'avons pas besoin d'immigrants ou d'automatisation pour des raisons de commodité politique peut priver notre province d'une occasion de croissance en or.


EXPERTE INVITÉE
Laura O’Laughlin
est économiste principale au cabinet de consultation Groupe d’analyse. Elle est aussi fondatrice de l’Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui s’intéresse à l’équité entre les générations.


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