Le goût d'entreprendre a triplé depuis 10 ans

Publié le 06/11/2018 à 00:01

Le goût d'entreprendre a triplé depuis 10 ans

Publié le 06/11/2018 à 00:01

Par François Normand

Source: 123rf

Malgré un certain ralentissement récent, l’entrepreneuriat a fait un «progrès majeur» au Québec depuis 10 ans, avec des intentions et des démarches pour créer des entreprises qui ont triplé.


Voilà du moins la principale conclusion du sondage annuel bilan de l’Indice entrepreneurial québécois (2009-2018), dévoilé ce mardi matin par la Fondation de l’entrepreneurship.


La Fondation réalise ce sondage annuel avec l’Institut d’entrepreneuriat Banque Nationale-HEC Montréal, et ce, avec l’appui de la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Banque Nationale et de iA Groupe financier.


«La culture entrepreneuriale s’est renforcée», souligne à Les Affaires Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation à la Fondation.


Ainsi, depuis 2009, les intentions de se lancer en affaire et les démarches pour concrétiser ce projet ont été multipliées par trois, passant respectivement de 7% à 19,5% et de 2,8% à 9%, comme le montre ce graphique mesurant quatre indicateurs de la chaîne entrepreneuriale.



Deux indicateurs se détériorent


En revanche, deux indicateurs se sont détériorés depuis 10 ans: le nombre de propriétaires d’entreprises, qui a légèrement décliné de 7,2% à 6,3%, et le nombre de fermetures, qui a pour sa part doublé à 12,5%.


Le taux des propriétaires mesure la population adulte qui réside au Québec et qui est propriétaire d’au moins une entreprise d’au moins une entreprise active.


Le taux de fermeture mesure les personnes qui ont fermé une entreprise au moins une fois dans vie.


Comment expliquer la détérioration de ces deux indicateurs?


Selon la Fondation, le recul du taux de propriétaire pourrait s’expliquer par la situation «particulièrement favorable» de l’emploi au Québec (5,3%) et la concentration d’entreprises entre les mains d’entrepreneurs uniques.


Quant au taux de fermeture, la variation de l’indicateur pourrait être attribuable au vieillissement de la population et à l’augmentation du poids des gens de 65 ans et plus dans le total de la population, un groupe présentant «naturellement» des taux de fermeture plus élevés, selon la Fondation.


Les femmes progressent, les hommes reculent


Par ailleurs l’Indice entrepreneurial québécois (2009-2018) montre que les Québécois veulent de plus en plus se lancer en affaire. À un point tel que l’écart des taux d’intention entre les hommes et les femmes en en constante régression depuis 2014.


Il y a quatre ans, l’écart était de 10,4 points de pourcentage, comparativement à seulement 4,8% en 2018.


Cela dit, l’écart entre hommes et femmes rétrécit aussi parce que les Québécois semblent avoir moins le goût d’entreprendre ces dernières années.


Deux statistiques tirées du bilan en témoignent :


-en 2016, un record de 25,9% d’hommes au Québec avait l’intention de se lancer en affaires. Or, cette année, ce taux a chuté à 21,9%.


-en 2015, un record de 12,7% des Québécois était à l’étape des démarches pour créer leur entreprise. Cette année, ce taux a glissé à 10,4%.


Deux facteurs pourraient expliquer cette situation, estime Rina Marchand.


D’une part, le dynamisme de l’économie québécoise pourrait faire en sorte que des hommes préfèrent se trouver des emplois salariés payants plutôt que se lancer en affaire.


D’autre part, comme il y a une certaine corrélation entre le niveau d’études et le l’intention d’entreprendre, le fait que les hommes aillent moins à l’université que les femmes pourraient expliquer pourquoi les Québécois sont moins enclins à se lancer en affaires, surtout chez les jeunes.


Les immigrants ont de la misère à concrétiser leur projet


Enfin, les taux d’intention de se lancer en affaires du côté des immigrants est toujours -et de loin- plus fort que les gens nés au Québec, selon l’Indice entrepreneurial québécois (2009-2018).


Ainsi, cette année 39,8% de la population immigrante souhaite créer une entreprise par rapport à 16,1% pour la population native. En 2015, c’était respectivement 32,3% et 18,6%.


Par contre, la part des immigrants dans les propriétaires d’entreprises ne se démarque pas vraiment par rapport aux natifs.


Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation, selon Mihai Ibanescu, chercheur à l’Institut d’entrepreneuriat Banque Nationale-HEC Montréal, qui a mené l'étude faisant le bilan de 10 ans d'entrepreneuriat au Québec.


Par exemple, le modèle d’affaires de certains immigrants n’est pas toujours adapté aux marchés québécois et canadien. Ils n’ont pas non plus le même réseau d’affaires que les Québécois qui sont nés ici.


Le financement des projets est aussi «plus difficile».


 

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