Décrochage scolaire : après le surplace, il faut se mobiliser

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Mai 2018

Décrochage scolaire : après le surplace, il faut se mobiliser

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Mai 2018

Par Mia Homsy

Dans le réseau public francophone, c’est un garçon sur deux qui obtient son diplôme en cinq ans. [Photo : 123RF]

Le taux de diplomation au secondaire en cinq ans dans le réseau public, au Québec, fait du surplace depuis près d'une décennie. Compte tenu d'un écart de 15 à 20 points de pourcentage qui nous sépare de l'Ontario, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, il est urgent de revoir nos façons de faire et de se mobiliser autour de l'enjeu, prioritaire entre tous, qu'est la lutte au décrochage scolaire.


Alors que plusieurs industries font face à d'importantes pénuries de main-d'oeuvre et cherchent désespérément des travailleurs, le fait d'assurer une formation minimale à un maximum de jeunes Québécois est plus important que jamais.


La situation des garçons du réseau public francophone et celle des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation et d'apprentissage (EHDAA) sont particulièrement préoccupantes. Plus de 20 % des élèves du secondaire sont maintenant diagnostiqués EHDAA et leur taux de diplomation est de 31 %. Dans le réseau public francophone, c'est un garçon sur deux qui obtient son diplôme en cinq ans. L'écart de diplomation entre les garçons et les filles, d'environ 15 points de pourcentage, est trois fois plus élevé au Québec que dans la plupart des autres provinces canadiennes.


Plusieurs tentent d'expliquer les retards de diplomation du Québec par un manque de financement de l'éducation. Pourtant, alors que les efforts de financement sont semblables au Québec et en Ontario depuis dix ans, le taux de diplomation a bondi en Ontario mais il stagne au Québec. L'argument du sous-financement ne peut donc pas, à lui seul, expliquer la faiblesse persistante du taux de diplomation au Québec. Si les causes précises de cet échec sont difficiles à cerner et méritent une analyse plus approfondie, une étude de l'Institut du Québec permet au moins de tirer une conclusion claire : le financement ne semble pas être la cause principale de cette stagnation.


Que faire, face à ce constat ?


Bien sûr, il faut poursuivre et même augmenter les efforts de financement du système scolaire québécois. Cela dit, sans changer les façons de faire, ces investissements risquent d'avoir très peu d'impact sur le taux de diplomation.


Il faut donc accompagner le financement de quelques changements fondamentaux dans notre pratique :


> Améliorer l'accès aux données pour mieux cerner les enjeux et mesurer les résultats ;


> Procéder à une évaluation systématique et rigoureuse des programmes d'envergure avant de poursuivre leur déploiement ;


> Appuyer les décisions sur les résultats probants de la recherche et les pratiques avérées ;


> Étudier et prendre en considération les meilleures pratiques locales et étrangères, en commençant par celles qui touchent l'enseignant, principal levier de la réussite de l'élève.


Le milieu des affaires peut contribuer davantage


Le milieu des affaires devrait s'impliquer davantage, proposer des moyens nouveaux et dynamiques de motiver les jeunes et de leur faire connaître les nombreuses carrières et les différents parcours potentiels. C'est possible, puisque Fusion jeunesse, un organisme de bienfaisance québécois qui contribue à la persévérance scolaire, a réussi à implanter des projets d'apprentissage expérientiel dans plus de 250 écoles pour créer des liens entre les milieux scolaires et la communauté.


Si l'éducation n'est pas valorisée et ne devient pas une priorité de société, la marche vers la réussite sera encore trop longue et trop ardue.



EXPERTE INVITÉE
Mia Homsy
est directrice générale de l’Institut du Québec (IdQ) depuis sa fondation en février 2014.


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