De grâce, ne nous tirons pas dans le pied !

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Janvier 2016

De grâce, ne nous tirons pas dans le pied !

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Édition du 30 Janvier 2016

Par Les Affaires

[Photo : Shutterstock]

Dans sa tentative de contenir la croissance des coûts liés à la santé, le gouvernement du Québec a publié le règlement qui lui permettra de compenser les réductions de 400 millions de dollars des honoraires versés aux pharmaciens propriétaires en déplafonnant les ristournes que ces derniers reçoivent des fabricants de médicaments génériques. Si elle était attendue par les pharmaciens, cette mesure vient carrément mettre en péril les entreprises québécoises de fabrication de médicaments génériques qui ne peuvent rivaliser dans une enchère aux ristournes avec des concurrents asiatiques dont le coût de main-d'oeuvre ne représente qu'une faible portion de ce que gagnent les travailleurs occidentaux.


Si l'objectif poursuivi par le ministre de la Santé Gaétan Barrette reste légitime, les moyens proposés risquent bel et bien de faire disparaître une composante essentielle de notre système de santé : les fabricants québécois de médicaments génériques. Un récent rapport de Léger démontre l'apport économique vital de cette industrie qui compte plus de 40 entreprises employant quelque 5 325 personnes, soit plus de 30 % de la main-d'oeuvre de l'ensemble du secteur biopharmaceutique québécois. Beaucoup l'ignorent, mais les fabricants de médicaments génériques ont permis de maintenir la vigueur du secteur lors des périodes difficiles et de faire du Québec la plaque tournante de la fabrication de médicaments génériques au Canada.


Faucher une industrie en pleine croissance


Cette industrie fournit des emplois de qualité, avantageusement rémunérés, qui procurent plus de 200 millions de dollars de revenus fiscaux par année au gouvernement du Québec. Des 252 millions d'ordonnances délivrées au Québec en 2014, plus de 77 % ont concerné des médicaments génériques, dont une bonne partie a été fabriquée au Québec. Pourtant, les génériques ne représentent que 27,4 % des coûts des médicaments remboursés par le système public. Le ministre Barrette vise manifestement la mauvaise cible... et risque de se tirer dans le pied en mettant en danger la sécurité d'approvisionnement issue de la présence d'une industrie locale qui sert le marché québécois en priorité !


Mais pire encore, ces mesures auraient pour effet de faucher une industrie en pleine croissance, fortement exportatrice, reconnue pour son expertise d'envergure mondiale et sa contribution au rayonnement du Québec. Lors du lancement des consultations entourant la nouvelle stratégie, destinées à stimuler les exportations québécoises, le ministre Jacques Daoust avait déclaré qu'une entreprise devait d'abord être en bonne santé chez elle si elle voulait exporter. Le ministre n'a jamais cru si bien dire !


Qu'il s'agisse de déplafonner les allocations professionnelles versées aux pharmaciens ou de recourir à des appels d'offres pour la fourniture de médicaments, les fabricants québécois de médicaments génériques ne pourront tout simplement pas soutenir la concurrence émanant notamment de sociétés asiatiques disposant de coûts de main-d'oeuvre beaucoup moins élevés et qui n'ont pas nécessairement à satisfaire les mêmes normes de qualité que nos fabricants. Cela ouvre la porte à une situation de dumping de ces géants d'Asie. Si un tel scénario se produisait, la majorité des propriétaires d'entreprise interrogés par Léger songerait alors à quitter le Québec pour permettre à leur entreprise de survivre ou cesserait simplement d'y investir. Pire que tout, le Québec perdrait inexorablement une expertise de pointe qu'il a mis des décennies à constituer... en partenariat avec le gouvernement.


Si le Québec doit faire des choix budgétaires importants en matière de santé, Manufacturiers et Exportateurs du Québec doute que la disparition des fabricants québécois de médicaments génériques à court ou à moyen terme constitue la solution à privilégier. Le gouvernement doit doter nos entreprises manufacturières et exportatrices québécoises des outils qui favorisent leur réussite sur les marchés locaux et internationaux - et non les faucher en plein envol.


Éric Tétrault, président, Manufacturiers et Exportateurs du Québec


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