L'épopée Ponzi

Publié le 22/12/2008 à 00:00

L'épopée Ponzi

Publié le 22/12/2008 à 00:00

Par Léonie Laflamme Savoie
En effet, la fraude menée par Bernard Madoff était basée sur le modèle de la « Chaîne de Ponzi » où l'on verse des retours importants aux investisseurs se trouvant à la fin de la chaîne en provenance des investissements faits au début de celle-ci. C'est lorsque les fonds entrants s'assèchent que les problèmes commencent puisque le doute s'installe et, comme dans le cas Madoff, que les investisseurs demandent unanimement leurs fonds.



Mais qui est ce Charles Ponzi? Né Carlo Ponzi en Italie en 1882, Charles Ponzi immigre aux États-Unis en 1903 avec 2,50$ en poche après avoir joué l'ensemble de ses économies aux jeux de hasard durant le voyage. Il s'acquittera de divers petits boulots avant de devenir plongeur dans un restaurant où il sera éventuellement promut au poste de serveur. Il sera congédié de ce même travail pour avoir volontairement omis de donner la bonne monnaie aux clients en plus d'avoir commis des vols.



Après cette mésaventure, Ponzi se dirige vers Montréal où il fait son entrée dans la finance en travaillant à la Banco Zarossi, une banque se spécialisant dans les services aux immigrants italiens. Elle est dirigée par un autre immigrant italien, "Louis" Luigi Zarossi, qui s'est approprié le marché en offrant des intérêts de 6%, soit le double des taux en vigueur à l'époque.



Ponzi se rendit rapidement compte que la banque était en difficultés, non seulement en raison de mauvais prêts hypothécaires, mais également parce que Luigi Zarossi finançait le paiement de ses intérêts de 6% via les nouveaux dépôts. La banque fit rapidement faillite et Zarossi s'enfuit vers le Mexique avec une bonne partie des dépôts.



Ponzi passa ensuite trois ans dans un pénitencier québécois pour avoir falsifié la signature d'un ancien client sur un chèque qui s'était lui-même adressé. Après sa libération en 1911, il retourna aux États-Unis où il aida à faire passer des immigrants illégaux au pays avant d'être de nouveau arrêté et condamné à deux ans de prison.



C'est quelques années plus tard que Ponzi eut sa première réelle idée de combine financière, il monta un système qui lui permettait d'échanger des mandats postes achetés à bas prix en Italie contre des timbres américains dont la valeur était beaucoup plus élevée. Le processus était simple, il envoyait de l'argent en Italie afin d'acheter des mandats qui lui étaient envoyés aux États-Unis où il les échangeait pour des timbres qu'il vendait ensuite.



Le profit s'élevait à près de 400% et le processus n'était pas illégal en tant que tel. Il fonda d'ailleurs sa propre compagnie afin de promouvoir son idée, la Securities Exchange Company et ses activités s'étendirent rapidement à plusieurs états américains. Malgré la légalité de son action, il commença à distribuer d'impressionnantes commissions à ses agents et ses activités devinrent coûteuses.



Éventuellement, des médias de l'époque, le Boston Post en tête, commencèrent à poser des questions. Après une analyste rapide, des journalistes se rendirent compte que, bien que Ponzi offre des rendements faramineux, il n'investissait pas lui-même dans sa propre compagnie.



En effet, pour couvrir l'ensemble des investissements faits par la compagnie, près de 160 000 mandats auraient dû être en circulation alors qu'en réalité il n'en avait que 27 000 sur le marché. La marge de profit en pourcentage liée à l'achat et à la vente des mandats était colossale, mais les fonds nécessaires au rachat de chacun des items excédaient largement ces profits.



La lumière fut rapidement faite sur toute cette affaire et Ponzi, ruiné, retourna pour cinq ans en prison après avoir été reconnu coupable de fraude postale. Il fut relâché après 3 ans et demi avant d'être condamné de nouveau à neuf ans de prison. Il s'enfuit au Texas avant d'être incarcéré et fut rapidement rattrapé et renvoyé derrière les barreaux.



À sa libération, en 1934, il fut déporté en Italie. Il mourut en 1948 au Brésil où il travaillait comme agent pour Ala Littoria, une compagnie aérienne brésilienne. Sa phrase la plus célèbre?



« I went looking for trouble, and I found it. »

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