Transmettre l'esprit d'entreprendre... plutôt que l'entreprise

Publié le 21/05/2011 à 00:00, mis à jour le 31/05/2011 à 09:40

Transmettre l'esprit d'entreprendre... plutôt que l'entreprise

Publié le 21/05/2011 à 00:00, mis à jour le 31/05/2011 à 09:40

David, Marie-France et Placide Poulin, et Bruno Raby. Le paternel a vendu Maax, mais l'esprit d'entreprise est resté dans la famille. [Photo : Yan Doublet]

" Une seule ombre m'habite, celle de peut-être avoir mal aiguillé l'orientation de la relève chez Maax ", écrit Placide Poulin à l'avant-dernière page du fascinant livre Le périple d'un gagnant.


Dans cet ouvrage, l'auteur raconte avec émotion la fulgurante ascension de ce fleuron de l'économie beauceronne, et ce, jusqu'au dernier acte, soit la vente de la totalité des actions à un fonds de capital d'investissement américain, Tricap Partners.


En étant à ses côtés pendant plus de 20 ans, ses trois enfants, Marie-France, David et Catherine, ont contribué au succès de l'entreprise, spécialisée dans la fabrication de produits de salle de bains. Placide Poulin ne regrette toutefois pas de l'avoir vendue. " L'économie était à son maximum et j'avais réalisé mon rêve. Ma fierté, c'est d'avoir transmis à mes enfants l'esprit d'entrepreneuriat. C'est ma plus grande satisfaction. Ils réalisent aujourd'hui leur propre rêve entrepreneurial. "


La croissance d'abord


Pour l'entrepreneur beauceron, la priorité n'était pas la relève. " C'était la croissance. Je voulais atteindre un chiffre d'affaires d'un milliard. Si la relève avait été un objectif, elle aurait été planifiée tôt et nos décisions d'affaires auraient été prises en conséquence. "


Le fondateur de Maax confie que, dans ce cas, la progression de l'entreprise aurait été plus lente et qu'il aurait mis l'accent sur ses enfants pour prendre la relève. " Chose certaine, ils auraient assuré la continuité si on avait été une société privée. Mais ce n'était pas le cas : on n'avait que 14 % des parts ", dit l'homme de 73 ans.


En 2001, lorsqu'il a annoncé sa retraite, précipitée par les problèmes de santé de son épouse Pierrette, tout le monde s'attendait à ce que Marie-France et David reprennent le flambeau. Or, les membres du conseil d'administration ont plutôt opté pour une période de transition de quelques années et ont nommé un nouveau pdg.


" Même si Marie-France se sentait prête à assurer la relève, je n'étais pas certain qu'elle aurait pu le faire à ce moment-là. Elle avait 38 ans et trois jeunes enfants à élever. À la tête d'une entreprise de la taille de Maax, elle aurait été absente de la maison encore plus souvent. " Il aurait aimé que son fils, David, qui avait 35 ans à l'époque et était responsable d'une très jeune famille, ait quelques années d'expérience de plus.


Deux ans plus tard, plusieurs facteurs ont amené le fondateur de Maax à vouloir se départir de son entreprise. La hausse du dollar canadien ainsi que l'arrivée des produits asiatiques laissaient présager des jours plus sombres. La santé précaire de son épouse l'inquiétait aussi. De plus, le processus de transition se révélait difficile en raison d'une philosophie de gestion différente de la sienne. Placide Poulin, habitué d'avoir les deux mains sur le volant, aurait préféré ne pas voir son patrimoine familial filer entre des mains étrangères, mais il a dû s'y résoudre.


Ses enfants l'ont appuyé dans sa décision. Au moment de la vente en 2004, Maax avait un chiffre d'affaires de 640 millions de dollars, 23 usines et 3 800 employés.


" Ma soeur Marie-France et moi étions très attachés à l'entreprise. Il a fallu cette période de transition pour nous en détacher un peu. Cela dit, le processus de vente a toujours été présent dans l'entreprise. On a toujours vendu des actions pour grandir. C'était l'objectif ", souligne David Poulin. Aujourd'hui âgé de 45 ans, il constate avec le recul que la transition de la gestion vers un des enfants de la famille " n'aurait pas été un cadeau ", en raison de leur manque de préparation et de l'importance de l'entreprise.


Un deuil de deux ans


Quoi qu'il en soit, le réveil a été brutal pour le jeune homme. Les Poulin ne faisaient pas partie de la nouvelle équipe à la suite du processus de mise en vente. " À 38 ans, je venais d'une entreprise de plus d'un demi-milliard de chiffres d'affaires. J'avais de belles responsabilités et le sang entrepreneurial coulait dans mes veines. Du jour au lendemain, plus rien. En plus, on avait une clause de non-concurrence de cinq ans. "


Une période de deuil de deux ans a été nécessaire avant que la fibre entrepreneuriale ne se ranime. Petit à petit, un autre rêve a pris forme. Animés par leurs valeurs d'innovation, de créativité, de service à la clientèle et de communication, David, Marie-France et Bruno Raby, leur beau-frère, lancent Kalia, une entreprise spécialisée dans la robinetterie de cuisine et de salle de bains. La clause de non-concurrence étant échue, Kalia vogue maintenant dans le sillon de Maax en offrant des portes de douche et des baignoires.


Pourtant, tourner la page n'a pas été facile. En 2008, quand Maax était dans l'eau chaude, les enfants Poulin ont fait une tentative de rachat, preuve que le cordon n'était pas entièrement coupé. " On était encore amoureux de cette entreprise. Mais cela n'a pas fonctionné. Aujourd'hui, on est passé à autre chose ", dit le président de l'entreprise d'une quinzaine d'employés, dont le chiffre d'affaires se situe entre 3 et 6 millions de dollars.


Placide Poulin regarde ce qu'il a semé, et il en éprouve de la fierté. Il profite de la vie, tout en étant un ambassadeur auprès de la communauté des affaires. À titre d'entrepreneur-entraîneur à l'École d'Entrepreneurship de la Beauce, il inspire la nouvelle génération. Toujours actif dans le domaine des affaires, il est président du Groupe Camada, une société de capitaux privés spécialisée dans l'investissement et l'acquisition d'entreprises de taille moyenne. Et ses trois enfants sont toujours à ses côtés.

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