Trois entreprises québécoises déjà émigrées : Pour le meilleur et pour le pire

Publié le 09/01/2014 à 15:10

Trois entreprises québécoises déjà émigrées : Pour le meilleur et pour le pire

Publié le 09/01/2014 à 15:10

Par Matthieu Charest

Louis Garneau, de Louis Garneau Sports

«L'avenir est au Mexique, profitez-en!» - Louis Garneau, de Louis Garneau Sports


C'est à Québec, dans l'arrondissement Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, que devait s’amorcer l'aventure mexicaine de Louis Garneau Sports. Alors que M. Garneau, président et fondateur de l'entreprise, s'intéressait de plus en plus au Mexique pour y produire ses articles, sa fille, elle, fréquentait le Collège Jésus-Marie de Sillery.


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Lors d'une conversation avec l'une des religieuses de l'institution, il pose une question, banale en apparence, mais qui allait pourtant instiller de grands bouleversements.


- «Avez-vous un établissement d'enseignement au Mexique?» demande-t-il.


- «Oui, à Mérida, dans l'État du Yucatán», lui répond-elle.


«Une ancienne étudiante de l'établissement de Mérida, une certaine Mme Molina, a alors communiqué avec moi, explique Louis Garneau. Je ne sais pas trop comment elle a obtenu mon numéro! [rires] Sûrement par le biais des sœurs des collèges Jésus-Marie. Elle travaillait dans le développement économique pour le gouvernement. Elle m'a beaucoup aidé à m'installer là-bas.»


C'était en 2008. Depuis, l'entreprise de Québec compte à peu près 90 employés au Mexique, un nombre qui pourrait atteindre 125 dès cette année. Et les raisons qui expliquent le transfert d'une partie de la production de Louis Garneau Sports de la Chine vers le Yucatán sont nombreuses.


D'abord, les défauts de l'empire du Milieu: «Les délais sont longs, ce n’est pas convivial et la qualité, disons que ce n’est pas facile, affirme l’entrepreneur. Les salaires augmentent de 20% par année, la Chine va se sortir du marché elle-même!» Pour l'instant, «c'est un mal pour un bien», puisque l'entreprise y fait encore fabriquer les marchandises qui à gros volume de production.


Mais l'usine de Mérida conçoit à l'heure actuelle les volumes «intermédiaires», explique Louis Garneau, qui confie qu'après mûre réflexion, «les gros volumes de production y seront aussi déplacés.»


Les avantages d'un tel transfert sont importants: «le Mexique est membre de l'ALENA [absence de tarifs douaniers] et les coûts sont moins élevés en général. » De plus, l'entrepreneur jouit du bonus démographique : la main-d’œuvre est plus jeune qu'aux États-Unis ou au Canada, «où mes couturières ont en moyenne plus de 55 ans.»


Le célèbre équipementier sportif envisage même d'ajouter un centre de distribution pour l'Amérique du Sud à ses installations du Yucatán. «On est très contents d'avoir parti cette usine-là. Sur une échelle de 1 à 10, j'attribue un 9 à cette réalisation.»


Pour le dirigeant de l'entreprise éponyme, pas de doute, l'Amérique du Sud, c'est l'avenir des Nord-Américains.


 


Profil


Fondation: 1983


Siège social: Saint-Augustin-de-Desmaures (QC)


Produit (s): Vêtements et articles de sports (le cyclisme en particulier)


Nombre d'employés: 425


Chiffre d'affaires (2012): Confidentiel (entreprise détenue par des intérêts privés)


 


Les conseils de Louis Garneau


Pour s'implanter au Mexique, il faut:


1- «Connaître les lois. Par exemple, là-bas, les employés reçoivent une partie des profits. Avec une bonne équipe d'avocats et de comptables locaux, ce n'est pas compliqué d'apprendre ce qu'il faut savoir.»


2- «Il y a de la compétition pour recruter [des employés]. Tu ne peux pas offrir de mauvais salaires. Et tu ne peux pas congédier facilement, c'est parfois plus compliqué qu'au Québec.»


3- «Il y a beaucoup de préjugés [ici] sur la main-d’œuvre mexicaine. Mais si tu prêches par l'exemple, tu auras de bonnes relations de travail. On n'est pas au Moyen-Âge, on ne peut pas exploiter les gens!»


4- «Il y a une économie parallèle au Mexique. Mais c'est important de s'en tenir loin, de se conduire de façon honnête à 100%.»


 


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«Si c'était à refaire, nous n'irions pas au Mexique» - Marc Dutil, de Groupe Canam


Au début des années 1990, lors d'une foire commerciale dans le sud des États-Unis, le Mexique entre dans la mire du Groupe Canam. «Nous avons discuté avec deux frères mexicains, raconte Marc Dutil, président et chef de la direction de l'entreprise. Nous sommes devenus partenaires à 50% avec eux, dans une usine qui se trouvait dans la ville de Ciudad Juárez.»


Située au nord de l'État de Chihuahua, Ciudad Juárez détient deux avantages prépondérants. D'abord, elle fait partie d'une zone franche, où les produits destinés à l'exportation sont exemptés de tarifs douaniers. En outre, elle se trouve en face d'El Paso, au Texas (seul le Río Bravo les sépare).


Et quand Canam s'y est intéressé, c'était avant l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). L'idée de détenir une «maquiladora», une usine située dans cette zone franche, était donc particulièrement alléchante pour la firme québécoise. De plus, «on visait essentiellement le marché américain», explique Marc Dutil.


«Ce n’était pas facile, mais c'était profitable.» Pas facile, parce que l'environnement était pour le moins hostile. «Ça fait 20 ans, mais quand on stationnait l'auto devant l'usine, il fallait dévisser l'antenne pour éviter de se la faire voler», se souvient M. Dutil.


Rapidement, Canam se retrouve propriétaire des installations à 100%. «Il fallait y injecter des fonds, et nos partenaires ne pouvaient pas se le permettre, ajoute le président. Puis nous avons eu besoin de liquidités, et nous avons dû vendre.»


Entretemps, une occasion d'affaires se présente à Monterrey, dans l'État de Nuevo León, et Canam la saisit. Cette fois, la production est destinée au marché mexicain. Mais l'aventure tourne brusquement au cauchemar. «Celui qui opérait l'usine a disparu subitement en avril 2011, révèle Marc Dutil. Et nos partenaires sont partis sauvagement.»


S'en est suivi une saga judiciaire digne des films hollywoodiens. Elle n'est d'ailleurs pas encore terminée. Et bien qu'elle ne soit plus du tout présente au Mexique, l'entreprise y possède encore un terrain de 500 000 pieds carrés.


Pourtant, Marc Dutil, président et chef de la direction du Groupe Canam, refuse de n'y voir que du noir. «Ce n’était pas 15 ans de malheur. Les travailleurs mexicains sont bons, loyaux et fiers de leur travail. Je suis plus sévère envers les cadres par contre. Toutes devises confondues, les dirigeants d'usine au Mexique coûtent plus cher qu'ailleurs.»


Si ce fleuron québécois à des usines partout dans le monde, notamment au Vietnam, aux États-Unis, en Inde et en Roumanie, nul doute que c'est le Mexique qui lui a causé le plus d'ennuis.


 


Profil


Fondation: 1960


Siège social: Saint-Georges (bureaux administratifs à Boucherville) (QC)


Produit (s): Produits et solutions pour l'industrie de la construction (notamment des composantes métalliques)


Nombre d'employés: Environ 3 400


Chiffre d'affaires (2012): 905 M$


 


Les conseils de Marc Dutil


Pour s'implanter au Mexique, il faut:


1- «Trouver un très bon partenaire et effectuer des vérifications rigoureuses à son égard.»


2- «Envoyer une personne de confiance sur place pour être en contrôle des finances. La perle rare serait un Mexicain installé au Québec depuis longtemps. Un hybride, en quelque sorte.»


3- «Garder en tête qu'on n'est plus dans son tissu américain. L'accès au crédit et le démarchage, c'est très différent là-bas.»


 


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«Le gouvernement mexicain peut se montrer très encombrant» - Brandon Foley, Sanimax


Confrontée à la concurrence des entreprises des États du sud des États-Unis, avantagées par leur situation géographique par rapport au Mexique, Sanimax décide, en 2006, qu'il est grand temps de s'implanter dans ce pays. Sani Mexico vient de naître.


L'entreprise ouvre un entrepôt et un centre de distribution à León, dans l'État de Guanajuato (surnommé «GTO»). Le choix de l'emplacement n'a rien d'innocent. C'est que Flexi, l'un des plus importants fabricants de chaussures en cuir du Mexique, se trouve à proximité. Pour Sanimax, qui se spécialise entre autres dans le recyclage et la transformation du cuir, c'est un client naturel.


Et si l'on en croit Brandon Foley, vice-président, approvisionnement É.-U., cuir, énergie et marchés émergents, chez Sanimax, le jeu en vaut la chandelle.


«Dès les premières années de Sani Mexico, la croissance s'est située dans les deux chiffres. Ça a ralenti un peu depuis, mais c'est imputable à un ralentissement dans notre marché, pas au Mexique.» En 2012, le chiffre d'affaires des activités mexicaines atteignait environ 20 M$.


La présence de la mexicaine Flexi n'est pas la seule motivation derrière l'implantation de Sanimax au Mexique, tant s'en faut.


D'abord, le Mexique est le cinquième exportateur de véhicules dans le monde, selon les données de ProMéxico, un organisme gouvernemental de promotion économique. Et dans les autos, il y a bien souvent des sièges... en cuir. Après les chaussures, voilà un énorme marché potentiel pour Sanimax.


Puis, il y a la proximité géographique. «Dans notre industrie, les marges de profit sont minces, explique le vice-président. Envoyer des produits en Asie, ça coûte nécessairement plus cher de fret.» D'ailleurs, si l'entreprise a déjà exporté ses produits en Thaïlande, pour le fabricant de chaussures Ecco, elle a cessé depuis.


«C'était insensé du point de vue des marges de profit, affirme M. Foley. Des dirigeants d'Ecco m'ont même confié qu'ils allaient transférer leurs activités au Mexique un jour ou l'autre. Ce pays est devenu un centre de production important, ce n'est plus juste l'Asie dorénavant.»


Mais tout n'est pas rose pour autant. Il y aurait bel et bien des irritants à conduire des affaires au Mexique. Trois exemples viennent en tête de liste pour Brandon Foley : «les délais et les interférences du gouvernement, la difficulté d'accéder au crédit et la solvabilité de nos clients.»


Si l'aventure mexicaine de Sanimax est plus rose que noire, une chose est sûre, le portrait est nettement plus nuancé que dans les cas de Canam et de Louis Garneau Sports.


 


Profil


Fondation: 2005 (à la suite d’une fusion), mais l'histoire remonte jusqu'à 1881, année de fondation de la société Green Bay Soap Company au Wisconsin (États-Unis)


Sièges sociaux: Montréal (QC), Guelph (ON) et Green Bay (WI)


Produit (s): Équarrissage (récupération de sous-produits pour les transformer), services d'entretien spécialisés (notamment pour l'industrie de la restauration), carburants biologiques (ex. biodiesel), etc.


Nombre d'employés: 900


Chiffre d'affaires (2012): 850 M $ (approximation, puisqu'il s'agit d'une entreprise détenue par des intérêts privés)


 


Les conseils de Brandon Foley


Pour s'implanter au Mexique, il faut:


1- «Se rappeler que les différences culturelles sont énormes. La clef du succès en affaires là-bas, c'est de tisser des liens personnels avec tes homologues. Il faut absolument une bonne relation interpersonnelle.»


2- «Toujours effectuer de bonnes vérifications sur ses partenaires. Se montrer très diligent à cet égard.»


3- «C'est très important d'engager une bonne firme de consultants, comme AON ou Manpower, pour être guidé dans le b.a.-ba du monde des affaires mexicain. Il y a beaucoup de nuances qu'il faut comprendre avant de s'y engager.»


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