Gare aux profiteurs

Offert par Les affaires plus


Édition de Novembre 2017

Gare aux profiteurs

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Édition de Novembre 2017

Par Kathy Noël

Jalousie, attentes, rejet... Un gain d'argent soudain peut susciter la convoitise et le mécontentement dans son entourage. Comment les gagnants de gros lot ou les héritiers de sommes importantes peuvent-ils gérer cette situation ?


Robert n'oubliera jamais la fête des Pères du 18 juin 2017, date à laquelle il est devenu millionnaire grâce au Lotto Max. Alors prestataire de l'aide sociale, il avait à peine encaissé son chèque que ses compagnons d'infortune lui demandaient déjà de l'argent... ce qu'il a fermement refusé.


«Je vais aider quand les gens sont vraiment dans le besoin, mais il faut que ce soit réaliste», dit l'homme de 61 ans, qui refuse de dévoiler son nom de famille pour ne pas attirer l'attention sur son nouveau statut de millionnaire.


«Si la personne a toujours été dans cette situation, dit-il, je vais la revirer de bord. Quand c'était moi qui étais dépourvu, j'allais dans les comptoirs alimentaires et je m'organisais, alors je demande aux autres de faire la même chose !» explique celui qui garde la tête froide malgré son compte en banque bien garni. «Un million, de nos jours, c'est pas tant que ça», dit-il.


Tous les gagnants de gros lots n'ont pas la même sagesse, mais les histoires de faillite ne sont pas si nombreuses. Selon une étude de l'Université de Berkeley menée en 2009 auprès de 34 987 personnes ayant remporté un maximum de 150 000 dollars américains à la loterie, 1 934 ont tout perdu dans les cinq ans après avoir touché leur gain, soit un peu plus de 5 %.


Au Québec, depuis la saga de la famille Lavigueur, rendue célèbre dans les années 1980 pour avoir dilapidé un gros lot de 7,6 millions de dollars, Loto-Québec a raffiné son service d'encadrement des gagnants de 25 000 dollars et plus.


«On leur explique qu'eux n'ont pas changé mais que l'environnement autour d'eux va changer. Vous avez une nouvelle vie et on va vous regarder différemment», dit Richard Trudel, directeur des services à la clientèle et des tirages chez Loto-Québec.


Depuis septembre, la société d'État utilise un outil de réalité virtuelle qui plonge les gagnants dans différentes situations auxquelles ils pourraient être confrontés. «On leur fait vivre la pression qu'ils pourraient subir au travail ou dans leur vie personnelle ; ce n'est pas juste négatif mais ça leur donne une idée des réactions qu'ils verront autour d'eux», explique Richard Trudel.


Du beau-frère qui vous donne ses «bons tuyaux» pour investir votre argent, au collègue qui veut vous vendre son chalet, en passant par la belle-sœur qui aimerait se lancer en affaires ou la maman qui rêve de son condo en Floride, les scénarios sont basés sur des faits vécus par d'anciens gagnants.


Financée par Loto-Québec, l'initiative a d'abord été proposée par la Fondation Jasmin Roy, qui lutte contre l'intimidation. Devant le nombre important de lots remportés au Québec en 2016 et en 2017, Loto-Québec sentait le besoin de bonifier son service d'encadrement. «Avec l'énervement, les gens ne retiennent pas toujours ce qu'on leur dit», remarque Richard Trudel.


Le premier conseil donné aux gagnants est de prendre le temps de réfléchir à ce qu'ils feront de leur fortune. «On leur dit de placer ça dans un dépôt à terme et de partir dans le Sud en vacances s'il le faut pour prendre du recul», dit Ariane Godbout, chef des services aux consommateurs et responsable du centre de paiement de lots dans la région de Québec.


Ensuite, les recommandations de la société d'État sont simples : changez de numéro de téléphone et d'adresse électronique, éloignez-vous des réseaux sociaux ou, du moins, soyez prudent avant d'y afficher votre nouveau bateau ou votre domaine au bord de l'eau.


Enfin, on suggère de consulter un conseiller en services financiers pour bien gérer sa fortune et, au besoin, de voir un psychologue pour apprendre à résister sans culpabilité aux demandes qui afflueront de toutes parts.


Robert n'a pas eu besoin de ce dernier conseil, mais il s'est empressé d'aller voir une conseillère en placement. «C'est la meilleure chose à faire», dit-il. Ensuite, plutôt que de donner de l'argent à ses enfants, il a contribué pour eux à des projets bien précis.


«J'ai payé l'hypothèque de mon plus vieux et j'ai aidé mon plus jeune à régler des dettes qui faisaient des frictions dans son couple», dit Robert, avouant timidement qu'il s'est offert un camion et qu'il a emmené ses amis en voyage de pêche.


Il rêve d'un chalet quatre saisons, mais pour le moment, il demeure dans le même petit appartement. «Quand t'avais rien avant de gagner, tu peux facilement partir en peur, alors je prends mon temps.»


 


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