Tatouage: effacer les erreurs du passé, c'est combien?

Publié le 20/11/2017 à 09:27

Tatouage: effacer les erreurs du passé, c'est combien?

Publié le 20/11/2017 à 09:27

Par Nafi Alibert

Un Canadien sur 10 finit par regretter le chat, la libellule ou le motif maori qu’il s’est fait un jour fait tatouer sur la peau. Des regrets qui finissent par couter cher puisqu’enlever un tatouage peut valoir jusqu’à 10 fois son prix initial.


À 16 ans, Patricia profite d’une virée à Montréal pour se faire tatouer un diable de Tasmanie qui mange un ballon de soccer sur le pied. 20 ans plus tard, elle décide de se faire enlever « ce truc » de la taille d’une pièce de 2 $. Elle choisit la clinique montréalaise de détatouage au laser NUYU « pour leur professionnalisme » où elle bénéficie d’une promotion : 300 $ pour 5 sessions de traitement. « C’est une aubaine, j’avais déjà fait 3 séances gratuites de détatouage grâce à mon ancien emploi, mais si j’avais dû tout débourser de ma poche, cela m’aurait couté 8 fois le prix du tatouage », estime-t-elle.


Faire peau neuve


Daniel Barolet, dermatologue et professeur à l’Université McGill, reçoit depuis 25 ans des patients comme Patricia qui souhaitent effacer ces erreurs du passé qui leur collent à la peau. Grand spécialiste du laser, il ne jure que par cette technique pour enlever les tatouages. « En termes d’efficacité et d’effets secondaires, il n’y a pas d’équivalent », affirme celui qui utilise pas moins de 30 lasers dans sa pratique, dont 4 pour le détatouage.


Le principe? Une source d’énergie lumineuse est libérée par le laser en une fraction de seconde. La première génération de laser, encore largement utilisé fonctionne en nanoseconde, donc un milliardième de secondes. Cette énergie va fragmenter l’encre en particules suffisamment fines pour que le système immunitaire et lymphatique puisse les éliminer « naturellement ».


« Ça fait bien plus mal qu’un tatouage, en particulier les ampoules et les rougeurs qui apparaissent après. C’est normal, mais la peau reste très sensible », partage Patricia qui, comme les autres patients doit attendre au moins 6 semaines entre chaque traitement.


« Si on ne le faisait qu’en un seul traitement, ça pourrait blesser la peau et laisser des cicatrices, confirme le Dr Barolet. Ça peut prendre entre 5 et 20 traitements dépendamment de la complexité du tatouage. »


Pas sur la même longueur d’onde


La complexité des tatouages dépend de deux facteurs principaux qui feront grandement osciller le prix de l’opération :


1. L’emplacement du tatouage :


« Un tatouage sur l’épaule est plus facile à effacer qu’un motif sur le doigt », indique Andrée Mathieu Serra, dermatologue qui traite depuis une douzaine d’années des patients pour détatouage.


Épaules, torse, omoplates… Plus le tatouage est proche de la région thoracique, moins il nécessitera de traitement pour s’effacer.


2. Les couleurs :


Pour les encres noires, « c’est du carbone, c’est la couleur la plus facile à fragmenter », explique le Dr Barolet. Les encres rouges sont aussi relativement simples à fragmenter. « Les encres jaunes, vertes et mauves sont par contre très complexes à traiter, c’est là qu’il faudra avoir des lasers spécifiques pour traiter la kyrielle de couleurs des tatouages », soutient-il.


À la clinique du Dr Barolet, le coût des traitements est calculé en fonction de la taille et du type de tatouage. Comptez 5 $/cm2 pour un tatouage fait de lignes simples, et 10 $/cm2 pour un tatouage plein. Et les prix grimpent vite, pour un tatouage de la taille d’une carte de crédit, on parle de 200 à 450 $ par séance.


Grâce aux nouveaux lasers PicoSure, qui sont 1000 fois plus rapides que les lasers de première génération, il est désormais possible de réduire de moitié le nombre de séances de traitement requises. Mais le prix n’est pas le même.


À la clinique de la Dre Serra, on facture 125 $ la séance au Nanolaser pour un tatouage de la taille d’une carte professionnelle contre 250 $ pour un traitement au laser PicoSure.


« Ce type de laser permet de traiter les tatouages cosmétiques, car il y a moins de risque que le pigment ne s’oxyde au lieu de s’éclaircir », explique la Dre Serra.


Si le détatouage au laser est une technique efficace, elle n’est pas sans risque. Pourtant, la pratique n’étant pas réglementée au Québec, tout le monde peut prodiguer ces soins, parfois en utilisant des techniques de barbares. « Il n’y a pas deux semaines qui passent sans que je reçoive des patients brûlés à l’acide glycolique ou avec d’affreuses cicatrices », déplore la Dre Serra.


C’est la raison pour laquelle le Collège des médecins du Québec (CMQ) plaide pour que tout acte de détatouage soit effectué sous supervision médicale ou par des esthéticiennes qui ont reçu une formation préalable. « Si on vous promet mers et monde en vantant des techniques miracles sans danger, alors méfiez-vous », termine le Dr Charles Bernard, président-directeur général du CMQ.


 

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