Se refaire une réputation sur le Web, c'est combien?

Publié le 15/01/2018 à 09:36

Se refaire une réputation sur le Web, c'est combien?

Publié le 15/01/2018 à 09:36

Par Nafi Alibert

Pris dans la toile à cause d’une erreur passée, certains internautes n’hésitent plus à débourser des sommes rondelettes pour redorer leur image en ligne.


Maxence et Eugénie sont les cofondateurs de My Little Big Web. Basés à Montréal, ils transforment depuis trois ans de vilains crapauds à l’allure peu fréquentable sur internet en princes charmants à l’e-réputation irréprochable.


« Les gens viennent nous voir dans un état où on les ramasse un peu à la cuillère », reconnait Maxence Pezzetta, dont les clients font partie de ces rares internautes (17 %) qui subissent des répercussions négatives à cause d’un contenu affiché en ligne par eux-mêmes ou une autre personne au Canada.


« La majorité n’arrive plus à trouver d’emploi à cause de ce qui sort sur Google quand on tape leur nom », explique Maxence, en faisant référence à des scandales allant d’images érotiques à des affaires de corruption, en passant par l’affiliation à certains partis politiques auxquels on ne souhaite plus être associé.


Chez BlackCat SEO, autre entreprise de gestion d’e-réputation installée à Montréal depuis moins de 5 ans, les seuls clients qui payent pour ces services sont des entreprises.


Dans les deux cas, « ils nous engagent pour qu’on nettoie ces informations qui les suivent », résume Antonin Pasquereau, le président de BlackCat SEO. 


Illusionnistes 2.0


Sans révéler leurs « secrets professionnels », Maxence et Antonin ont accepté de raconter en quoi consiste leur métier de « nettoyeurs du net ».


Alors, comment font-ils disparaître ces informations compromettantes qui entachent une réputation en ligne?


« Il n’y a pas 36 solutions, il faut contacter la personne qui l’y a mise et la convaincre de retirer ses propos. C’est la formule la plus efficace », répond Maxence en parlant par exemple d’un blogueur qui critique une entreprise dans un article.


Coût moyen de ce forfait nettoyage en douceur : 2500 $.


Noyer le poisson


Mais s’il refuse? « Où est-ce que tu vas pour cacher un cadavre?, lance alors Maxence. Sur la deuxième page de Google, parce que personne n’y va jamais », continue-t-il en faisant « une bonne blague de geek » qui illustre parfaitement la situation.


Les deux entreprises travaillent avec des plumes qui créent des contenus positifs sur leurs clients (profils sociaux, blogues, articles et communiqués de presse élogieux). Elles font ensuite ce qu’elles savent faire le mieux : faire en sorte qu’ils reviennent le plus de fois sur les 10 résultats de la première page du moteur de recherche Google.


« Tant qu’il n’y a rien de nouveau pour alimenter l’index de Google, les articles néfastes vont ressortir. Mon travail va consister à trouver les sites, le domaine d’autorité à recouvrir et à faire mieux que cela pour reléguer ces résultats en 2e voire en 3e page », explique « tout simplement » Antonin.


Le domaine d’autorité, c’est la note de confiance attribuée par Google à un nom de domaine. La meilleure note est 100 (Google, YouTube ou Facebook). Un nouveau nom de domaine a une autorité de 1.


Afin d’augmenter plus rapidement cette note, les compagnies comme BlackCat SEO ou My Little Big Web ont plus d’un tour dans leurs sacs. Un d’eux consiste à intégrer stratégiquement des liens retours sur des sites bien côtés auxquels ils ont accès. Ces hyperliens pointeront vers le contenu flatteur. Plus il y en aura, plus la note du nouveau contenu montera en haut des résultats de recherche.


« Un particulier n’est ni en mesure de faire ni même de comprendre à quoi cela correspond concrètement », justifie Antonin qui, tout comme Maxence, a rappelé que la gestion de réputation était un des volets les plus techniques du référencement naturel.


Combien coute ce tour de passe-passe? 1000 à 5000 $, si les profils à recouvrir sont gratuits et que les sites n’ont pas une grande autorité (note jusqu’à 30 à 35). Ce sont les tarifs que Black Cat SEO propose pour « noyer » les mauvais commentaires envers des entreprises sur des sites comme Glassdoor.


« Mais si on doit recouvrir des informations parues dans des médias d’actualité comme Les Affaires ou Le Journal de Montréal, cela peut grimper à 10 000 $ par article », admet Antonin.


Même son de cloche chez My Little Big Web, « c’est super dur pour ce genre de site. Non, se ravise-t-il, en fait c’est long », dit Maxence, « donc ça va couter plus cher, mais aucun site n’est indétrônable », se targue celui qui affirme avoir détrôné des articles de grands médias québécois d’une autorité supérieure à 80.


« Il ne faut surtout rien inventer, sinon on salit le web. Et nous nous sommes des optimiseurs », tient à conclure Maxence, dont l’entreprise refuse 2/3 des demandes dans ce domaine, car elles ne cadrent pas avec le code éthique et les valeurs que Maxence et Eugénie se sont fixés dans leur pratique.


 


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