15 femmes qui feront bouger le Québec

Publié le 15/10/2009 à 13:50

15 femmes qui feront bouger le Québec

Publié le 15/10/2009 à 13:50

Leur vision inspire leurs employés et clients; leurs actions permettent au Québec de se développer. Ces leaders ne font pas qu'infl uencer : elles changent le monde des affaires. C'est pourquoi, à l'occasion du Gala 2009 du Réseau des femmes d'affaires, qui a lieu à Montréal le 20 octobre, nous vous présentons notre sélection de 15 femmes qui feront bouger le Québec. Qu'elles proviennent des secteurs coopératif, des communications, de la recherche, de l'éducation, du capital de risque et qu'elles soient gestionnaires ou entrepreneures, ces dirigeantes ont toutes un point en commun : elles se sont imposées comme des modèles qui témoignent de la progression des femmes dans l'économie.


Une jeune communicatrice surdouée


À la lecture de son curriculum vitæ, on ne se surprend pas que Mélanie Joly, malgré son jeune âge, ait été promue associée directrice du bureau montréalais de Cohn & Wolfe, en septembre. Cette avocate de formation qui fait carrière dans les relations publiques a des idées et du talent à revendre. Sans compter qu'elle multiplie les engagements sociaux.


Après son baccalauréat en droit, Mélanie Joly a obtenu une maîtrise en droit européen et comparé à l'Université d'Oxford. De retour au pays, elle a exercé le droit en litige commercial, en plus de tâter du journalisme. Elle est entrée au service de Cohn & Wolfe en 2007. " Ça me permet de concilier mes intérêts pour les communications et les affaires. "


Elle n'avait pas prévu obtenir une telle promotion si jeune. Mais elle n'a pas hésité à sauter dans le train. " Les médias vivent des transformations profondes. Les entreprises cherchent de nouvelles façons de communiquer. C'est très stimulant. " Mélanie Joly ne manque pas d'idées, elle qui a cofondé Générations d'idées, un groupe de réfl exion formé de jeunes de 25 à 35 ans.


Passionnée d'art, elle a créé les Printemps du MAC, un regroupement de jeunes qui organise des activités de fi nancement pour le Musée d'art contemporain. " Ma fierté, c'est de contribuer à la pérennité du Musée en lui amenant une relève philanthropique. "


Elle fait également partie du Conseil supérieur de la langue française, un organisme qui conseille le gouvernement du Québec. Mélanie a été nommée après avoir écrit une lettre ouverte dans la foulée de la Commission sur les accommodements raisonnables. Elle y expliquait que les enfants de la loi 101 avaient un rapport à l'immigration bien différent de celui des générations précédentes.


Infatigable, elle est aussi membre du conseil d'administration de Relations publiques sans frontières. Pour sa première mission, l'organisme aidera Oxfam à mener une campagne de sensibilisation à la violence faite aux femmes en Afrique de l'Ouest. Enfi n, elle préside le conseil d'un organisme qui sera lancé prochainement et qui fera le pont entre le monde de l'art et celui des affaires.


La femme forte du Québec Inc.


C'est un véritable baptême du feu qu'a connu Monique Leroux, à son arrivée à la tête du Mouvement Desjardins, au printemps 2008. Malgré la tempête qui secouait le monde financier, la nouvelle capitaine ne s'est pas laissé démonter.


Elle a commandé des ana lyses pour mieux comprendre les événements, consulté l'équipage, colmaté les fuites. Jamais elle n'a cédé à la panique puisqu'il fallait " que la fl otte de Desjardins garde le cap ". Maintenant que la mer est moins agitée, elle repense l'organisation de sa flotte pour la rendre plus efficace encore.


Pour répondre aux défi s du monde financier d'aujourd'hui, la présidente et chef de la direction veut offrir des services mieux intégrés. Le moyen ? Simplifi er la structure en regroupant les activités en quatre secteurs (entreprises, particuliers, gestion du patrimoine et assurance vie, assurances générales). Bref, Monique Leroux souhaite " un Mouvement proche de ses caisses et des caisses proches de leurs membres ".


Elle fait référence aux fondateurs, Alphonse et Dorimène Desjardins, qui ont répondu à un besoin en inventant un modèle. " Ils ont remis en cause le statu quo. C'est ce que nous faisons aujourd'hui. Le Mouvement Desjardins a toujours su évoluer et s'adapter. " Avec un actif de 160 milliards de dollars et 42 000 employés, Desjardins est la plus grande coopérative financière au Canada.


Cette réorganisation entraîne le départ de certains hauts gestionnaires et l'arrivée de nouveaux. Par exemple, Monique Leroux a recruté Christiane Bergevin, une grosse pointure de SNC-Lavalin, pour lui confi er le poste de vice-présidente exécutive, Partenariats stratégiques. Elle a aussi promu à un poste de vice-présidente Marie-Claude Boisvert, qui oeuvrait en capital de risque chez Desjardins depuis 15 ans.


Désormais, la haute direction est composée à 30 % de femmes. " Je veux une équipe diversifi ée et complémentaire à tous les égards : femmes, hommes, professions, âge, gens de Montréal, des régions, etc. ", dit Monique Leroux qui espère que son élection incitera les entreprises à nommer des femmes à des postes clés.


Par ailleurs, la pdg entend augmenter la présence de Desjardins dans le marché canadien. L'Ontario, qui compte déjà pour 2 % des revenus, est particulièrement dans sa mire. Mais le Québec recèle encore du potentiel. Il y a de la place pour grandir, insiste-t-elle, confiante.


Elle envisage aussi se rapprocher des grands groupes financiers coopératifs mondiaux. " Nous avons déjà des partenariats stratégiques. Mais peut-on aller plus loin ? Au moins, pensons-y. C'est en s'ouvrant à de nouvelles idées que jaillit l'innovation. " L'immobilisme, très peu pour Monique Leroux. " Comme le dit si bien notre nom, nous sommes en mouvement. "


Elle fait parler les gènes


Catalina Lopez-Correa, une Colombienne d'origine, a oeuvré dans de prestigieux laboratoires en Grande-Bretagne, en Islande et aux États-Unis, mais elle rêvait de vivre à Montréal. Recrutée il y a un an par Génome Québec, elle est vice-présidente, affaires scientifiques. Belle prise pour le Québec !


Cette chercheuse suit le Canada à distance depuis longtemps, un pays qu'elle juge progressiste. "La proximité des grands espaces m'attirait beaucoup. Aux États-Unis, je ressentais un décalage entre mes valeurs et celles de ce pays." En 2007, elle visite Montréal et tombe sous le charme.


Catalina Lopez-Correa, qui est médecin, a une maîtrise en génétique humaine de l'Université Paris VII - Institut Pasteur et un doctorat en biosciences médicales de l'Université catholique de Louvain, en Belgique. Avant son arrivée au Québec, elle était scientifique principale de la pharmaceutique Eli Lilly, aux États-Unis.


Ses recherches ont porté sur les liens entre les mutations génétiques et les maladies. Les variations génétiques expliquent pourquoi certaines personnes sont plus susceptibles de souffrir de maladies. Elles déterminent également la réponse aux médicaments.


Le plus gros projet de Génome Québec, CARTaGENE, vise à constituer une banque d'échantillons biologiques et une banque de données sur la santé de la population québécoise. Quelque 20 000 Québécois ont été conviés à participer à cette étude.


La génomique est un enjeu crucial, selon la scientifique. "Les impacts sociaux et économiques seront majeurs dans plusieurs secteurs."


À titre de vice-présidente de Génome Québec, Catalina Lopez-Correa définit les programmes, participe aux décisions sur les projets à prioriser, discute tous les jours avec des chercheurs. Le bonheur... et à Montréal, en plus !


L'hôtelière visionnaire


Christiane Germain ne manque pas de flair. Elle a d'abord lancé le concept des hôtels-boutiques au Québec. Puis, elle s'est attaquée au marché des hôtels milieu de gamme. Les établissements Alt se distinguent des hôtels impersonnels par leur design et leur atmosphère. La coprésidente du Groupe Germain souhaite en voir pousser d'autres un peu partout au pays.


La bannière Alt a gagné un prix d'innovation du Worldwide Hospitality Awards en 2008. Ces hôtels trois étoiles se différencient par le design et par l'intégration de principes éconergétiques.


Fille d'un restaurateur, Christiane Germain s'est associée avec ses frères Jean-Yves et Richard pour ouvrir un premier hôtel, en 1988, à Québec, sa ville natale. Le Groupe Germain compte trois hôtels-boutiques haut de gamme (Québec, Montréal et Toronto) et deux Alt (Québec et Brossard). Deux autres hôtels-boutiques sont en construction à Calgary et à Toronto. Le premier ouvrira en janvier prochain et le second, à l'été 2010.


La famille Germain avait prévu construire une vingtaine d'hôtels Alt d'ici cinq ans, mais la crise économique oblige le groupe à appuyer sur le frein. "La crise ne nous arrête pas, mais elle arrête les autres. L'accès aux capitaux est très difficile.


" Résultat ? L'objectif a fondu. "Avec dix nouveaux Alt d'ici cinq ans, nous serions très contents", dit-elle. Le prochain à voir le jour pourrait être celui de l'aéroport Pearson, à Toronto, en 2011. Le projet de la famille Germain a remporté l'appel d'offres.


La relève familiale est au rendez-vous. La fille de Christiane Germain, Marie-Pier, est très active dans l'entreprise familiale. Son cousin, Hugo, fils de Jean-Yves, dirige quant à lui le développement des hôtels Alt. Le nom Germain continuera encore longtemps de faire partie du paysage hôtelier.


La gardienne de la collection sélective


Maryse Vermette constate que les entreprises agissent de plus en plus de manière responsables. La pdg d'Éco Entreprises Québec est bien placée pour le dire, elle qui a consacré une bonne partie de sa carrière à mousser la collecte sélective.


Urbaniste de formation, Mme Vermette a travaillé une vingtaine d'années dans le monde municipal, notamment comme directrice générale de la MRC Lajemmerais. Elle a aussi représenté le monde municipal au conseil d'administration de Collecte sélective Québec. Elle estimait alors que les entreprises devaient financer une partie de la collecte sélective.


Aujourd'hui, elle dirige Éco Entreprises Québec, un organisme qui recueille et redistribue les contributions, obligatoires depuis 2005, que versent les entreprises produisant des contenants et des emballages.


En quatre ans, Éco Entreprise a versé environ 120 millions de dollars recueillis auprès de 3 000 entreprises.


Maryse Vermette représente désormais les entreprises : Éco Entreprises négocie avec les municipalités les montants qu'elles doivent verser. Mais son point de vue n'a pas changé.


Mme Vermette ajoute même qu'elles sont prêtes à payer plus que les 50 % des coûts nets actuels.


Pas question que l'organisme qu'elle dirige se limite à un rôle de percepteur. "Nous voulons être des agents de changement", dit-elle. Par exemple, elle traite de suremballage et d'emballages verts avec les entreprises (son colloque des 19 et 20 octobre porte sur le sujet) et de meilleures pratiques pour optimiser la collecte sélective avec les municipalités.


"L'efficacité de la collecte est très variable selon les régions, constate Maryse Vermette. Les municipalités, tout comme les entreprises, peuvent faire mieux."


La doyenne ouverte sur le monde


Ginette Legault n'a pas froid aux yeux. En 2005, elle a participé au rallye Aïcha des Gazelles, au Maroc. Aujourd'hui, la doyenne de l'École des sciences de la gestion (ESG) de l'UQAM veut augmenter le rayonnement international de son institution.


Cette intention crée des remous. La décision d'offrir six cours en anglais a soulevé la controverse. Plusieurs y ont vu une rupture avec le mandat initial de l'UQAM, qui était de renforcer la différence québécoise en Amérique du Nord - voire le début de la défrancisation de cette université. Mais Ginette Legault persiste et signe. "Nous voulons que nos étudiants aillent étudier à l'étranger quelques mois. Pour cela, il faut multiplier les accords de réciprocité avec des universités de partout. Pas seulement avec des institutions francophones."


À court terme, l'ESG a l'intention d'attirer deux fois plus d'étudiants étrangers et de doubler la mobilité internationale de ses étudiants québécois. "La concurrence entre les écoles de gestion est très forte", dit Ginette Legault.


Nommée doyenne de l'ESG le 1er mai 2008, Ginette Legault est l'une des 11 femmes à la tête d'une des 52 facultés de gestion au Canada. Elle était auparavant vice-rectrice aux ressources humaines de l'UQAM.


Ginette Legault veut que les diplômés de l'ESG manifestent davantage leur fierté envers leur alma mater et contribuent à son rayonnement. Le 24 septembre, elle lançait le Cercle des leaders, qui regroupe une trentaine de dirigeants du monde des affaires et de la politique, dont Raymond Bachand, ministre des Finances, et Jean-Marc Eustache, pdg de Transat. "J'aimerais que ces personnes servent de modèles pour nos étudiants et qu'elles viennent dans nos salles de cours. C'est ainsi qu'on formera les leaders de demain !"


Capitaine du Port de Montréal


Dans le fauteuil de pdg de l'Administration portuaire de Montréal (APM) qu'elle occupe depuis l'été dernier, Sylvie Vachon se sent comme un poisson dans l'eau. Il faut dire qu'elle y travaille depuis 20 ans.


"Nos activités sont si diversifiées que j'ai l'impression de gérer plusieurs entreprises, dit-elle. Il y a un terminal céréalier, une gare maritime pour les bateaux de croisière, un réseau ferroviaire, des terminaux à conteneurs, des installations à Montréal-Est, à Contrecoeur... Ce n'est jamais routinier."


Embauchée en tant que chef des ressources humaines, Sylvie Vachon a gravi les échelons. Reconnue pour son style de gestion participatif, elle est la première femme à diriger le Port de Montréal.


Au cours des prochaines années, Mme Vachon pilotera un plan d'expansion qui entraînera des investissements de 2,2 milliards de dollars. Ce plan prévoit la construction d'un terminal dans le secteur Hochelaga-Viau ainsi qu'un autre à Montréal-Est ou à Contrecoeur.


L'objectif ? Faire passer, d'ici 2020, le volume de marchandises manutentionnées de 26 à 47 millions de tonnes. La crise économique a retardé la seconde phase du projet.


Mme Vachon caresse le rêve de faire reconnaître Montréal comme une ville portuaire, en premier lieu par les citoyens. "Certaines personnes croient encore que le port est fermé l'hiver. Pourtant, c'est un important moteur économique : il génère des retombées de 1,5 milliard de dollars par année." Sylvie Vachon a organisé en 2008 une visite des installations en train, en bateau ou en autobus qui a attiré 100 000 personnes. Un groupe virtuel, "Les amis du port de Montréal", a aussi été créé. Enfin, une exposition gratuite dans le corridor du Centre des sciences de Montréal présente les opérations de chargement et de déchargement des cargos. "Le port mérite d'être connu."


Elle aide les femmes immigrantes à mieux s'intégrer


Nahid Aboumansour sait ce que c'est que d'arriver dans un pays étranger et d'avoir l'impression que l'avenir est bouché. Architecte de formation, cette Libanaise d'origine, qui a immigré en 1990, n'a jamais pu exercer sa profession au Québec. Mais avec l'entreprise d'insertion Petites-Mains, elle aide des femmes immigrantes à réussir leur intégration.


Peu après son arrivée, Nahid Aboumansour devient bénévole au comptoir alimentaire de la religieuse Denise Arsenault, dans Côte-des-Neiges. Aujourd'hui décédée, "soeur Denise disait que le meilleur moyen d'aider les familles immigrantes était de les rendre autonomes". Les deux femmes ont donc fondé Petites-Mains en 1995.


Dès le départ, l'organisme cible les femmes en leur proposant une formation en couture industrielle. "Elles sont plus isolées, dit Mme Aboumansour. Plusieurs n'ont jamais travaillé." Malgré les difficultés de l'industrie textile, le taux de placement se maintient autour de 85 %. L'organisme a su diversifier son offre de formations au fil des années.


Avec Nahid Aboumansour à sa tête, Petites-Mains ne cesse de grandir. Il y a deux ans, l'organisme a acheté un bâtiment de 30 000 pieds carrés dans le quartier Villeray, puis a ouvert un café-resto. Petites-Mains a aussi créé le projet "À la découverte de nouveaux métiers", parrainé par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, qui offre un parcours d'insertion sur mesure à des arrivantes prestataires de l'aide sociale.


La conseillère à l'éthique


Brenda Plant est en paix avec elle-même. Plus jeune, elle voulait changer le monde. Aujourd'hui, elle s'affaire à bâtir un monde durable. Les sites qu'elle a fondés, ethiquette.ca et ethipedia.net, aident les entreprises et les particuliers à faire des choix plus responsables.


Destiné aux consommateurs, ethiquette.ca recense des produits et des services respectueux de l'environnement et éthiques socialement. Ethipedia.net s'adresse aux entreprises. Il s'agit d'une banque de données de pratiques durables mises de l'avant par différentes organisations.


Brenda Plant a aussi créé Cataléthique, un réseau de professionnels intéressés par le développement durable. De plus, elle est vice-présidente du conseil d'administration de Capital équitable, un fonds d'investissement voué au commerce équitable, et membre du comité consultatif du DESS en gestion et développement durable de HEC Montréal.


À la suite d'un baccalauréat en humanités à l'Université McGill et d'un séjour d'aide humanitaire en Équateur, Brenda Plant a voulu lutter contre les injustices. Elle a donc fait un deuxième baccalauréat, en organisation communautaire, et déniché un emploi dans un organisme de défense des personnes démunies. Une rencontre avec Paul Martin, alors ministre des Finances du Canada, l'a ensuite incitée à étudier en gestion à HEC Montréal. "Je ne maîtrisais pas assez le langage financier."


Comme elle venait de toucher un héritage, son mémoire de maîtrise a porté sur le placement responsable. "Je ne voulais pas faire fructifier mon pécule au détriment de l'environnement ou des personnes", dit Mme Plant, qui est maintenant conseillère en développement durable.


"Quels sont les fonds éthiques ? Où trouver des produits qui ne soient pas fabriqués dans des ateliers de misère ?" Ces questions ont conduit Brenda Plant et son associé, Tom Liacas, à lancer ethiquette.ca en 2005, puis ethipedia.net en 2009. Ce dernier site sera prochainement publié en espagnol. "Les idées inspirantes viennent de partout", dit la consultante qui collabore avec une école de gestion mexicaine pour concrétiser ce projet.


L'ingénieure engagée


Dominique Anglade n'a que 35 ans, mais elle a déjà reçu plus de 25 honneurs et récompenses, notamment pour son engagement auprès d'une vingtaine d'organismes, comités, conseils d'administration et événements. Ingénieure et titulaire d'un MBA, elle a notamment présidé la Jeune Chambre de commerce de Montréal. De retour d'un séjour de trois ans à Vancouver au cours duquel elle a donné naissance à deux enfants, elle planifie de lancer un projet d'aide internationale. Qu'est-ce qui la fait courir ?


"Deux aspects jouent un rôle crucial dans l'avenir d'une personne : son pays de naissance et ses parents, explique la jeune femme d'origine haïtienne, née au Canada. Dans les deux cas, j'ai eu de la chance. C'est mon devoir de redonner à la société."


Cette ingénieure est un bourreau de travail. Consultante chez McKinsey depuis cinq ans, elle a auparavant occupé des postes de cadre chez Procter & Gamble et chez Nortel. Elle avait à peine 24 ans lorsque Procter & Gamble l'a promue à la tête du service de logistique, où elle dirigeait une centaine d'employés. Chez Nortel, où elle a été recrutée avant la débâcle, elle a été chef principal en gestion de la chaîne d'approvisionnement.


Tout récemment, en congé de maternité à Vancouver, elle en a profité pour étudier l'allemand (elle parle maintenant cinq langues). Comme ses leçons et ses bébés ne l'occupaient pas assez, elle a offert gratuitement ses services aux Jeux olympiques 2010. Elle a conçu le programme d'accueil et d'encadrement des 25 000 bénévoles.


Rentrée au bercail depuis peu, Dominique Anglade prévoit fonder un organisme d'aide internationale spécialisé dans le microfinancement. "C'est un moyen très efficace de combattre la pauvreté." Non, Mme Anglade n'a pas fini de courir.


Mécène et femme d'affaires


Outre Phyllis Lambert, les femmes mécènes sont rarissimes au Québec... ou alors elles se font discrètes. C'est le cas de Phoebe Greenberg, qui a fait cadeau aux Montréalais de DHC/ART, un magnifique espace d'art contemporain sur quatre étages dans le Vieux-Montréal. Accessible gratuitement au public, il est financé par des dons privés provenant principalement de Mme Greenberg.


Au tournant de la quarantaine, l'artiste et femme d'affaires a voulu poser un geste significatif. Comme elle est amoureuse de l'art, le choix s'est imposé : elle a créé en 2007 DHC/ART Fondation pour l'art contemporain. "L'art a un impact important dans la société. J'ai voulu que le public montréalais puisse voir les oeuvres d'artistes comme Sophie Calle, Marc Quinn et Michal Rovner." Sa fondation, qui dispose d'un budget annuel de 1,5 million de dollars, propose aussi un programme éducatif destiné aux jeunes.


Native d'Ottawa, Phoebe Greenberg vient d'une famille reconnue pour sa philanthropie. Elle a vécu à Paris, où elle a étudié le théâtre, puis s'est installée à Montréal en 1990. Elle y a fondé les Créations Diving Horse, une troupe spécialisée dans le théâtre de l'absurde. Elle est également la fondatrice et directrice du Centre PHI, une entreprise privée qui emploie une trentaine d'artistes et de créateurs et qui se définit comme un laboratoire de recherche culturelle. Par l'intermédiaire de PHI, Phoebe Greenberg a produit le court métrage Next Floor, de Denis Villeneuve, qui a reçu plusieurs honneurs, notamment un Génie et un Jutra.


La mécène et femme d'affaires prépare un autre projet pour sa ville d'adoption, à but lucratif cette fois. Elle veut ouvrir un restaurant ainsi qu'un espace de diffusion de musique et une salle de projection dans deux immeubles historiques jumelés du Vieux-Montréal qui abritaient autrefois une usine de cristal. Les bureaux de PHI y seraient également logés. Les travaux de restauration sont amorcés, et ce lieu culturel devrait ouvrir à l'automne 2010.


Celle qui bouscule les grands acteurs des cosméceutiques


Venue à l'entrepreneuriat sur le tard, Nicole Sénécal, présidente de SoSen, a réussi à imposer sa marque Jouviance dans un marché dominé par des multinationales. Et elle prépare maintenant son entrée en France, patrie des marques de petits pots les plus prestigieuses.


Pourtant, SoSen est presque le fruit du hasard. Après avoir fait carrière en communication dans le secteur pharmaceutique, Nicole Sénécal se lance dans la consultation. Un jour de 2003, elle rencontre le dermatologue québécois Guy Sylvestre, qui lui parle de sa frustration face à l'inefficacité des produits anti-âge. "Il trouvait qu'ils ne renfermaient pas assez d'ingrédients actifs", dit-elle.


Nicole Sénécal et son conjoint et associé, Roger Southin, décident de fabriquer une crème qui remplirait vraiment ses promesses. Le Dr Sylvestre, qui se spécialise dans le rajeunissement cutané, concocte une formulation à base de peptides, de céramide 2 et d'acides gras oméga-3 et 6. "Au début, notre crème devait être vendue dans les cabinets des dermatologues", dit Mme Sénécal.


Mais l'entreprise est inondée d'appels de consommatrices qui cherchent Jouviance complexe magistral en magasin. C'est que l'animatrice Dominique Bertrand en a parlé à la radio. Puis, coup de fil de la chaîne Jean Coutu qui veut vendre la crème.


Depuis, l'entreprise de 14 employés croît d'environ 90 % par année. Ses produits sont offerts dans plus de 1 000 pharmacies sous différentes enseignes dans tout le pays. Elle ne fait pas de publicité, alors que les marques concurrentes dépensent des fortunes.


"Nous n'avons presque pas de budget pour cela, car nos coûts de production sont très élevés, explique Nicole Sénécal. Certains ingrédients actifs coûtent des dizaines de milliers de dollars le kilogramme. Nos produits en contiennent une forte concentration alors que les quantités sont infinitésimales dans les autres marques."


Selon elle, cette différence lui permet de tirer son épingle du jeu sans faire de publicité : les consommatrices constatent l'efficacité de Jouviance et la recommandent.


Vieillissement de la population oblige, le filon est prometteur. Nicole Sénécal veut conquérir le marché français, puis européen, avant de s'attaquer, plus tard, au marché américain. Le bouche-à-oreille fonctionnera-t-il encore une fois ?


L'investisseure qui aide les entreprises technos à marquer des buts


Janie Béïque aime compter des buts. Elle joue au hockey deux fois par semaine depuis 20 ans. Mais elle ne compte pas que des buts sur la glace. Au travail, la vice-présidente principale, nouvelle économie, du Fonds de solidarité FTQ effectue des passes aux entreprises pour les aider à croître.


Et des victoires, il y en a ! Comme cet investissement dans ViroChem Pharma pour lequel le Fonds a remporté le prix Transaction de l'année 2009 dans la catégorie "capital de risque", décerné par l'Association canadienne du capital de risque et d'investissement. Les 12 millions de dollars investis par le Fonds dans cette entreprise qui cherche des traitements contre le VIH ont donné un rendement de 71 %.


Avocate de formation, Janie Béïque est responsable des investissements du Fonds dans les entreprises technologiques, des télécommunications et des sciences de la vie. Elle coordonne la sélection des entreprises financées ainsi que le soutien dont elles bénéficient pour favoriser leur croissance. Le portefeuille géré par Janie Béïque comprend 86 entreprises totalisant un actif de 1 milliard de dollars.


"Le secteur de la nouvelle économie est le plus difficile à financer et le plus risqué aussi", souligne-t-elle. En effet, plusieurs entreprises, encore à l'étape de la recherche ou du développement, n'ont pas commencé à générer des revenus. On comprend les investisseurs d'être frileux. Mais quand Janie Béïque et son équipe croient assez au potentiel d'une entreprise pour y investir, elles l'aident à dénicher d'autres partenaires financiers, s'il y a lieu.


Le travail est passionnant, car le secteur bouge beaucoup. "L'innovation est au coeur de ces entreprises, dit la gestionnaire, qui est aussi coprésidente de Réseau Capital, un regroupement de professionnels du capital d'investissement. C'est très motivant de soutenir des entreprises qui découvrent un traitement pour une maladie ou qui réalisent une avancée technologique."


Au cours de la dernière année, Janie Béïque a participé à la mise sur pied du Fonds Teralys Capital. Lancé le printemps dernier, il finance des fonds de capital de risque privés dans les secteurs des sciences de la vie, des technologies de l'information et des technologies propres.


Il s'agit d'une initiative du Fonds de solidarité FTQ, qui y a investi 250 millions de dollars, de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du gouvernement du Québec.


Gaspésienne, à la vie, à la mort


Pas besoin d'aller loin en Gaspésie pour trouver Claudine Roy. Elle est étroitement associée au développement économique et touristique de sa région natale. Présidente des fêtes du 475e anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier au Canada, fondatrice de la Traversée de la Gaspésie en ski de fond et propriétaire du bistro-bar-boîte à chansons Brise-Bise, à Gaspé, l'énergique femme d'affaires est de tous les projets.


Elle était de celui qui a orchestré la venue du Sedna à Gaspé cet été. Et elle est de l'équipe qui prépare l'implantation d'une école d'été en cinéma, télévision et médias interactifs, en collaboration avec l'Institut national de l'image et du son. Tout ce qu'elle touche réussit.


Avec sa Traversée, Claudine Roy voulait faire connaître la Gaspésie en hiver. Pari gagné : l'événement, à sa 8e édition, affiche complet.


Elle rêve maintenant d'ouvrir une résidence pour créateurs à Gaspé. Pour y arriver, elle rénove deux anciens presbytères situés sur un promontoire dominant la baie de Gaspé. Ils sont adjacents à la petite église, restaurée et transformée en salle de spectacle il y a deux ans. "Le gouvernement décerne des bourses aux créateurs pour qu'ils s'installent quelques mois à Paris, pourquoi pas à Gaspé ?" demande Claudine Roy. Quelque 800 000 $ en fonds privés ont déjà été investis dans ce projet.


Après tout, "vivre près de la mer allonge le regard et agrandit l'intérieur", disait le grand-père pêcheur de morue de Claudine Roy. Comment croire que, jeune, cette diplômée en éducation physique avait cru pouvoir se passer de la Gaspésie pour s'établir en Outaouais ? Une expédition de vélo-camping dans le Parc Forillon l'avait convaincue de ne pas partir.


La gourou des médias sociaux


"Mon blogue est mon seul outil de marketing. Je n'ai plus besoin de chercher des clients. Ce sont eux qui m'appellent." Pas de fausse modestie pour Michelle Blanc. Après tout, elle est l'experte du marketing et des stratégies Internet au Québec, et une influente blogueuse.


Vidons tout de suite la question de son changement de sexe. Pourquoi en a-t-elle autant parlé dans son blogue ? "Comment faire autrement ? Ça ne passe pas inaperçu ! Et puis, j'ai fait ma marque dans les médias sociaux sous le prénom de Michel. Il fallait bien que je dise aux clients pourquoi ils avaient désormais affaire à Michelle."


Selon elle, "les entreprises québécoises sont endormies" en matière de Net transactionnel. À preuve : de 40 à 60 % des dépenses en ligne des Québécois vont à l'étranger. Nos entreprises ont d'autant plus de difficulté à apprivoiser la bête qu'elles craignent d'être critiquées publiquement. Or, une bonne partie du magasinage se fait maintenant sur Internet. "C'est du bouche-à-oreille à puissance mille", indique Michelle Blanc. Les entreprises ont intérêt à suivre la conversation et à y prendre part.


Elle donne l'exemple d'un client, Dessins Drummond, dont le président tient un blogue. Les clients peuvent lui adresser des questions auxquelles il répond. Un jour, il reçoit un mot d'une dame se plaignant que le très grand lit à deux places qu'elle a acheté ne passait pas dans les escaliers de sa maison. Le dirigeant a fait modifier les plans de ses maisons, améliorant ainsi son produit.


"Les entreprises paient des fortunes en groupes de discussion alors qu'elles peuvent obtenir gratuitement le même résultat sur le Web."

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