Pierre Lassonde : bien plus qu'un donateur

Offert par Les Affaires


Édition du 08 Décembre 2018

Pierre Lassonde : bien plus qu'un donateur

Offert par Les Affaires


Édition du 08 Décembre 2018

Par René Vézina

[Photo : Jeff Kirk]

Pierre Lassonde a fait fortune dans le secteur de l'or. Et ce sont désormais les lingots de philanthropie qu'il a distribués au Québec qui lui valent d'être nommé cette année «haut dirigeant socialement engagé» par Les Affaires.


Quiconque arpente la Grande Allée à l'est des Plaines d'Abraham, à Québec, ne peut manquer d'être saisi par un remarquable édifice en verre qui tranche sans les insulter avec les vénérables bâtiments en pierre qui l'entourent.


Comme si le pavillon Pierre Lassonde, plus récente addition au Musée national des beaux-arts du Québec (MBNAQ), avait insufflé une dose de jeunesse et d'exubérance à ce quartier historique. Cette fois, en respectant le budget d'origine, ce dont tout ingénieur qui se respecte - il en est - ne peut qu'être fier.


D'autant que le président du conseil de Franco-Nevada sait compter... et faire valoir son influence. «Lorsque l'idée est née, j'ai dit qu'il allait coûter 100 millions de dollars, que j'en mettrais le dixième, et que solliciterais tout autour pour que le Québec n'en paie finalement que le tiers», dit-il.


Donner, aussi, du temps et de ses talents


Donc, 10 M$ de Pierre Lassonde, puis 34 M$ du fédéral, 30 M$ du secteur privé - il sait être influent. Facture finale : 104 M$, presque pile sur les prévisions. Alors qu'on s'affolait, en haut lieu, qu'il ait exigé un appel d'offres international pour le choix des architectes...


«Évidemment, il a fallu composer avec leurs ardeurs», dit-il. Du granit hors de prix venu d'Italie ? Remplacé par du granit du Labrador. Des tuiles dorées pour les ascenseurs ? Remplacées elles aussi par des matériaux en aluminium oxydé, au dixième du prix, mais aussi resplendissants. «L'extravagance a été mise de côté», dit-il.


Et le résultat n'en est pas moins remarquable. Évidemment, ça aide quand un ingénieur scrute les devis.


Line Ouellet, aujourd'hui présidente du Conseil du patrimoine culturel du Québec, était la directrice des expositions du Musée au moment de l'arrivée de Pierre Lassonde. «Il collectionnait des oeuvres de peintres québécois, dit-elle. Le Musée sert de référence dans le domaine. Notre mission l'a séduit. Et il s'est engagé à fond en donnant non seulement de son argent, mais aussi de son temps et de ses talents.»


Mme Ouellet note en outre qu'il a mis tout son réseau au service de la cause, ce qui a permis de recueillir près du tiers des coûts de construction dans le milieu privé «pour une institution publique, alors que souvent, les philanthropes vont verser des fonds pour qu'on érige un musée privé qui portera leur nom. Le MBNAQ, lui, appartient à toute la société québécoise. Elle souligne également le caractère exemplaire de son geste, qui pourrait bien inspirer d'autres donateurs, espère-t-elle, «d'autant que l'art, c'est l'âme du Québec.»


Justement. Les arts représentent un des trois volets auxquels s'intéresse la Fondation qui porte son nom ; s'y retrouvent également l'éducation et le retour à la collectivité. Lui-même passionné d'art, on ne s'étonnera donc pas que ce secteur regroupe trois de ses plus importantes interventions : à Québec, à Montréal, et à Saint-Hyacinthe.


Homme d'affaires et amateur d'arts visuels


Saint-Hyacinthe, c'est là où il est né. Son père, entrepreneur, possédait une manufacture de clous. Pas n'importe lesquels. Des clous spécialement conçus pour résister au milieu très acide des porcheries, son premier marché. «On n'était pas pauvre, mais tout ce qu'il gagnait, il le remettait dans l'entreprise», dit-il.


Sa mère gérait la famille, mais elle s'intéressait en même temps aux arts, au point d'acheter des toiles de peintres québécois peu connus à l'époque, et forcément peu chers : René Richard, Françoise Sullivan et autres, dont les oeuvres ornaient les murs de la maison.


C'est dans cet environnement que Pierre Lassonde a grandi. Pas étonnant qu'il soit devenu à la fois homme d'affaires et amateur d'arts visuels. C'est dans ses gènes. Et la mémoire de sa mère demeure grâce au Centre des arts Juliette-Lassonde, qu'il a largement contribué à ériger, et qui se retrouve au coeur de l'activité culturelle de Saint-Hyacinthe. «Robert Charlebois m'a déjà dit qu'il adorait s'y produire, du fait de la qualité de l'acoustique», dit-il fièrement. L'initiative s'inscrit dans le deuxième axe de la fondation, le retour à la collectivité.


Le troisième axe de la Fondation, l'éducation, s'incarne au Québec par l'École Polytechnique, à Montréal, qui a profité de sa générosité. Le plus récent pavillon, nommé en son honneur et celui de sa première épouse, Claudette McKay-Lassonde, en est témoin. Oui, c'est son alma mater. Mais combien de diplômés, francophones, même riches, ont versé comme lui 8 M$ en reconnaissance à l'institution qui les a formés ? Et qui ont désespérément besoin de nouveaux espaces, comme Polytechnique ? Il y en a. Mais ils ne sont pas encore nombreux.


Pierre Lassonde le déplore. «Je connais bien des gens, au Québec, qui valent entre 100 M$ et 500 M$, et qui vont se contenter de signer un chèque de 10 000 $ ou de 20 000 $ lorsqu'ils sont sollicités pour une cause importante», dit-il, en saluant l'exemple de Seymour Shulich, son partenaire en affaires, qui a versé 25 M$ à l'Université York, à Toronto.


Il raconte cette histoire avec un brin d'ironie. «Il a d'abord proposé cette somme à l'Université de Toronto, mais elle comptait déjà sur un important philanthrope, lequel a insisté pour ne pas être éclipsé et qui a versé la même somme. M. Shulich s'est alors tourné vers l'Université Western, à London. Même scénario. Vous réalisez ? Ses 25 millions se sont finalement transformés en 75 millions pour le haut savoir au pays !»


S'engager avec le principe des trois T


Mais on dit et redit que le Québec traîne de la patte et que les gens d'affaires demeurent moins engagés en philanthropie. «C'est essentiellement une question d'éducation», dit-il, en louant au passage le travail des Desmarais, Coutu, Chagnon et autres qui se démarquent.


Sans vouloir les glorifier et en faire un concours, il parle des communautés juives, et protestantes au sens large, pour qui ce retour à la communauté est enseigné dès l'enfance. Il cite John Rockfeller, le premier milliardaire du XXe siècle, «qui a redonné toute sa vie 10 % de tout ce qu'il gagnait, au point de bâtir en bonne partie l'Université de Chicago».


«Ici, poursuit-il, c'est l'Église qui faisait le travail. Mais quand on l'a littéralement mise à la porte au temps de la Révolution tranquille, personne ne l'a remplacée. Tout est aujourd'hui à refaire.»


Sans être protestant ni juif, il a puisé dans ses poches et a convaincu bien d'autres de faire pareil. Et comme pour appuyer ce que disait plutôt Mme Ouellet, il ajoute : «Quand il m'arrive de parler en public, dit-il, je parle de l'engagement avec le principe des trois T : en philanthropie, on peut donner du temps, faire profiter les organismes qui en ont besoin de ses talents, mais il ne faut pas oublier d'en sortir de son trésor...»


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