Miser sur notre expertise en mobilité durable

Publié le 06/10/2012 à 00:00, mis à jour le 09/10/2012 à 09:29

Miser sur notre expertise en mobilité durable

Publié le 06/10/2012 à 00:00, mis à jour le 09/10/2012 à 09:29

Les ingénieurs québécois sont prêts à relever les défis de l'optimisation des transports et de la réduction de la dépendance au pétrole, affirme Etienne Couture, président du Réseau des ingénieurs du Québec. Entrevue.


LES AFFAIRES - Il y a deux ans, le Réseau des ingénieurs du Québec s'est prononcé en faveur d'une stratégie québécoise sur la mobilité durable. Qu'est-ce que cela recouvre au juste ?


ETIENNE COUTURE - La mobilité concerne le transport des individus et des marchandises. Or, les moyens de transport comme les voitures et les camions sont très polluants. L'objectif de la mobilité durable est donc de répondre aux besoins de transport d'une société, tout en diminuant l'impact environnemental des déplacements.


L.A. - En quoi cet enjeu interpelle-t-il les ingénieurs ?


E.C. - Notre mission première consiste à trouver des solutions aux problèmes. Ainsi, la pollution causée par le transport est un des grands problèmes de notre société. Pour que les ingénieurs puissent trouver des pistes de solution, le gouvernement doit démontrer un intérêt à l'égard de la mobilité durable. Par exemple, si aucune mesure pour augmenter l'usage des biocarburants n'est mise en place, les budgets de recherche et de développement alloués à ce domaine resteront très faibles.


L.A. - Quelles devraient être les priorités en matière de mobilité durable, selon vous ?


E.C. - Tout d'abord, il faut encourager l'implantation des véhicules électriques sur nos routes, puis diminuer notre dépendance au pétrole et développer la gestion intelligente des transports. Ces enjeux comportent de nombreux défis d'ingénierie. Du côté des véhicules électriques, notamment, la principale difficulté réside dans le stockage de l'énergie. Pour ne pas nuire à la performance des véhicules, les batteries doivent être les plus petites et légères possible, mais en même temps, elles doivent être capables d'emmagasiner beaucoup d'énergie, ce qui n'est pas le cas actuellement. C'est un véritable casse-tête que de nombreux ingénieurs d'ici et d'ailleurs tentent de résoudre.


L.A. - Lorsqu'on pense aux voitures propulsées à l'électricité, on songe évidemment aux ingénieurs électriciens. Mais est-ce que la mobilité durable fait appel à d'autres branches du génie ?


E.C. - Toutes les branches du génie sont sollicitées. C'est vrai que, pour convertir une locomotive à l'électricité, le savoir-faire des ingénieurs électrique est essentiel. Cependant, la transformation des équipements ne peut se faire sans les connaissances des ingénieurs mécanique. Et si on utilise des matériaux, comme le lithium, pour fabriquer une batterie, ça implique également des ingénieurs miniers. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres pour illustrer que, de la conception d'un produit à son déploiement, on touche à différents aspects du génie.


L.A. - Même si les politiques de mobilité durable tardent à être adoptées, les ingénieurs ont-ils déjà réalisé des projets en ce sens ?


E.C. - Tout à fait ! Dans le domaine des produits de mobilité, les ingénieurs québécois sont à l'avant-garde. On n'a qu'à penser au succès que connaît Bombardier Transport à l'étranger. Sur le plan de la mobilité durable aussi, ils font preuve d'innovation. Par exemple, il y a près de 20 ans, l'ingénieur Pierre Couture et son équipe ont réussi à convertir une voiture ordinaire en véhicule propulsé à l'électricité en installant de petits moteurs électriques dans chacune des roues. C'était un projet révolutionnaire, mais malheureusement, il a été mis de côté, parce qu'il ne concordait pas avec les orientations du gouvernement. Plus récemment, les ingénieurs québécois ont beaucoup participé à la conception des vélos Bixi. De nombreuses villes ont adopté ce système, ce qui a permis au talent des ingénieurs québécois de rayonner à l'échelle de la planète. Nous souhaitons que l'expertise de nos membres en matière de mobilité durable continue d'être reconnue mondialement.


L.A. - Pourquoi souhaitez-vous que le savoir-faire des ingénieurs québécois dans le domaine de la mobilité durable soit reconnu à l'étranger ? Qu'est-ce que vos membres ont à y gagner ?


E.C. - À partir du moment où notre expertise est reconnue sur la scène mondiale, elle devient exportable. Cela permet aux ingénieurs de demeurer concurrentiels. La société bénéficie elle aussi de ce rayonnement, puisque cela attire les investisseurs étrangers et crée des emplois. La mobilité durable, c'est un enjeu incontournable. Il est donc important de bien se positionner si on veut profiter des retombées éventuelles.


L.A. - Selon vous, les jeunes qui sortent des écoles de génie sont-ils adéquatement formés pour faire face à cet enjeu ?


E.C. - J'estime que oui. La formation en génie évolue constamment afin de s'adapter aux nouvelles réalités. Et, comme dans la population en général, les jeunes ingénieurs sont encore plus sensibilisés aux défis environnementaux que les plus âgés. Les technologies vertes, ils en mangent ! Il n'y a qu'à regarder les recherches menées dans les laboratoires universitaires pour s'en convaincre.


- 20%


Objectif de réduction des émissions de GES du gouvernement du Québec en 2020 par rapport à celui de 1990.


En supposant que 75 % du kilométrage total des véhicules légers de la province soit effectué en mode électrique, il faudrait rendre disponible environ 6% de l'électricité consommée au Québec présentement. | Source : RIQ

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