Conseil cherche administrateur numérique

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Octobre 2018

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Édition du 13 Octobre 2018

Plusieurs industries considèrent que les technologies ne s’appliquent pas à elles et ne recrutent donc pas ces experts sur leur CA. [Photo : Getty Images]

Alors que les entreprises adaptent leur stratégie d'affaires pour répondre aux besoins diversifiés des temps modernes, les administrateurs doivent suivre leurs pas. Quel est le nouveau visage des conseils d'administration ?


La technologie n'a pas fini d'infiltrer les marchés. Si les industries commencent à peine à suivre sa cadence accélérée, les conseils d'administration (CA) restent encore loin derrière. Comment et pourquoi la rattraper ?


En se penchant sur la question, Estelle Métayer, administratrice de sociétés et gourou des données intelligentes, a observé trois vagues qui bouleversent les entreprises : l'arrivée rapide d'une série de technologies complexes, comme l'intelligence artificielle, la robotique, la chaîne de blocs (blockchain) ; les nouveaux modèles d'affaires ; et l'inquiétude des régulateurs par rapport aux problèmes de fraudes, de protections des données et de cybersécurité.


«Ces changements impactent les CA, car, d'une part, arrivent sur leur table des investissements colossaux en technologie qui demandent des compétences pour les évaluer. Ils doivent d'autre part rester à l'affût pour pouvoir guider l'organisme et éviter les angles morts», observe la présidente de la firme Competia, qui analyse les données des entreprises.


Amrop, un cabinet de recrutement de cadres et de dirigeants de conseils, a dressé, en 2016, un portrait des compétences numériques des CA, en analysant le profil de 3 342 membres de 300 conseils, répartis dans les 20 entreprises d'Europe et des États-Unis les plus cotées en matière de chiffre d'affaires. Résultat : seulement 5 % des administrateurs d'entreprises non technologiques possèdent ces compétences, contre 43 %, technologiques.


La difficulté, constatent les intervenants de l'article, c'est que plusieurs industries considèrent que les technologies ne s'appliquent pas à eux, et ne recrutent donc pas ces experts sur leur CA.


«C'est le plus gros mythe, parce que le monde d'aujourd'hui est entièrement numérique. Même pour un fabricant de fenêtres, dont toutes les relations avec les fournisseurs, par exemple, reposent sur une infrastructure numérique», note Clemens Mayr, président de l'Institut des administrateurs de sociétés (IAS) - Québec.


Spécialistes des nouveaux modèles d'affaires


Bien qu'il existe tout un écosystème de spécialistes technologiques, peu ont de l'expérience en gouvernance. Les CA, qui se renouvellent souvent au compte-gouttes, sont composés depuis une dizaine d'années des mêmes dirigeants d'entreprises et experts notamment en finance, droit et ressources humaines.


«Ils n'ont traditionnellement jamais eu à se poser de questions technologiques, parce qu'ils n'y ont pas forcément été exposés durant leur carrière. Et les CA ont du mal à faire entrer assez rapidement les compétences numériques», explique Mme Métayer, qui donne la formation The Digital Director, sur la cybersécurité et les réseaux sociaux en gouvernance, offerte aux 13 000 membres de l'IAS Canada.


Outre ces experts, il existe également des spécialistes de nouveaux modèles d'affaires capables de transformer un modèle traditionnel pour créer davantage de valeur, voire métamorphoser une industrie entière. On n'a qu'à penser aux taxis. «Auparavant, on entrait et sortait d'un taxi, on payait comptant sans jamais plus se revoir. Avec des joueurs comme Uber, on peut maintenant connaître les besoins du client et suivre tous ses déplacements, et le passager peut noter le chauffeur. C'est toute une industrie du partage possible grâce à des outils technologiques», illustre Mme Métayer.


Contrer les cyberattaques


La présence d'expertises numériques autour de la table est d'autant plus importante pour comprendre les risques liés à la cybersécurité. Selon Lyne Bouchard, la directrice de l'Observatoire en gouvernance des technologies de l'information de l'Université Laval, confier cette responsabilité au directeur TI n'est pas suffisant.


«Une fuite des renseignements personnels dans Internet ou un système informatique qui cesse de fonctionner à perpétuité, ce sont des crises qui doivent aussi être gérées par les conseils», souligne la membre du CA de la SAQ, dont les cartes de fidélité Inspire de plus de 900 clients ont fait l'objet de fraudes l'an dernier.


Lorsque la SAQ a monté son programme de fidélité, les discussions autour de la table du conseil devaient aller au-delà de l'investissement, qui s'est élevé à 7,7 millions de dollars entre 2013 et 2017. Car, en plus de récompenser les clients, la carte Inspire permet à la société d'accumuler des données sur leurs habitudes de consommation. Encore faut-il que les membres du conseil comprennent tout le jargon technologique. «C'est une réflexion sur les infrastructures de sécurité, le type de renseignements que l'on veut rendre accessibles et la confidentialité des données des utilisateurs. Et elle doit se faire sur la base d'une expertise technologique», précise Mme Bouchard, l'une des deux membres du CA ayant des compétences numériques. Elle espère que la médiatisation des catastrophes liées à la cybersécurité, comme le piratage des comptes Yahoo, convaincra les gouvernances de la pertinence d'une expertise numérique.


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