Le huard à la rescousse de Plombco

Publié le 06/10/2012 à 00:11, mis à jour le 04/10/2012 à 16:10

Le huard à la rescousse de Plombco

Publié le 06/10/2012 à 00:11, mis à jour le 04/10/2012 à 16:10

Par François Normand

Il faut devenir plus efficaces le plus vite possible avant l'arrivée de nouveaux concurrents aux États-Unis, selon Martin Lussier. PHOTO : GILLES DELISLE

Loin d'affaiblir Plombco, la force du taux de change canado-américain a plutôt rendu le manufacturier de masses d'équilibrage (des pièces pour réduire la vibration dans les roues) encore plus fort. La PME a profité de l'envolée du huard pour investir, accroître sa productivité, embaucher du personnel qualifié, et a en plus augmenté ses ventes de 20 % aux États-Unis depuis 2009.


Plombco a une usine à Salaberry-de-Valleyfield et une autre à Huntingdon, en Montérégie. Ses produits sont installés dans les roues des véhicules ; puisque les pneus ne sont jamais complètement ronds, il faut répartir le poids à l'intérieur des roues pour éviter les vibrations. Ses clients sont des concessionnaires, des garages et des constructeurs automobiles.


Comme tous les exportateurs, la PME a d'abord souffert de l'appréciation du dollar canadien. Une fois la conversion de change effectuée, ses revenus en dollars canadiens fondaient comme neige au soleil. Mais en même temps, l'appréciation du taux de change lui procurait un plus grand pouvoir d'achat sur les équipements achetés aux États-Unis.


C'était un incitatif puissant pour investir dans la machinerie, accroître la productivité et limiter ainsi la baisse de compétitivité sur le marché américain. Ce n'est toutefois pas le principal facteur qui a poussé Plombco à investir massivement pour robotiser davantage sa chaîne de production (10 millions de dollars ces 12 derniers mois seulement, sur un chiffre d'affaires de près de 40 M$).


Affronter des concurrents asiatiques


La clé, c'est l'arrivée imminente de nouveaux concurrents chinois ou asiatiques aux États-Unis, son principal marché d'exportation, où elle réalise 70 % de ses revenus. « Tous nos investissements s'inscrivent dans une course afin de devenir plus efficaces, le plus vite possible, en prévision de l'arrivée de nouveaux concurrents », confie Martin Lussier, vice-président au développement des affaires.


Et cette menace est réelle. Ces derniers temps, des manufacturiers asiatiques de masses d'équilibrage ont contacté des distributeurs américains qui vendent les produits de Plombco aux États-Unis. Ces entreprises asiatiques ne vendront pas demain matin leurs produits sur le marché américain. Cela dit, les Américains les regardent de toute évidence avec intérêt, selon Martin Lussier.


« Il y a quelques années, les manufacturiers asiatiques de masses n'étaient pas de gros acteurs en Asie. Mais ils s'améliorent. Leurs techniques de fabrication sont plus sophistiquées, et ils ont de meilleurs réseaux de distribution. » Actuellement, Plombco se mesure essentiellement à une concurrence nord-américaine aux États-Unis.


Malgré tout, Martin Lussier ne pense pas que ces nouveaux concurrents puissent vendre de manière optimale leurs produits aux États-Unis avant quelques années. Ce qui laisse encore du temps à l'entreprise pour fourbir ses armes. « Nous espérons alors être suffisamment efficaces pour être capables de produire des masses de très haute qualité à faible coût. Nous serions alors difficiles à déloger du marché. »


Les choix judicieux de Plombco


Fayez Fouad Boctor, professeur au département d'opérations et de systèmes de décision à l'Université Laval, souligne que le prix est le nerf de la guerre dans le marché du poids de balancement, car les produits concernés n'ont pas nécessairement un haut niveau de contenu technologique. Ce qui constitue à ses yeux un avantage pour Plombco sur d'éventuels concurrents asiatiques.


« Les concurrents chinois, et même indiens, peuvent offrir des prix faibles, mais probablement pas au même niveau de qualité et surtout pas dans les mêmes délais que les fabricants qui sont plus proches de l'acheteur, écrit-il dans un courriel. Les délais sont importants à la fois pour les usines d'assemblage d'automobiles et pour les installateurs de pneus. »


Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité à HEC Montréal, salue pour sa part la vision stratégique à long terme de la PME de Salaberry-de-Valleyfield. « C'est carrément une frappe préventive, dit-il. Elle envoie un message à ces nouveaux concurrents potentiels : elle ne se laissera pas facilement écarter du marché américain ! »


Selon lui, le cas de Plombco montre que la force du taux de change peut inciter des entreprises à investir dans les équipements et la technologie, mais que n'est pas suffisant : c'est la concurrence qui fait toute une différence.


« Le Québec et l'ensemble du Canada affichent un retard de productivité par rapport à la moyenne des pays développés, dit-il. Et l'une des raisons de ce retard, c'est le manque de concurrence sur le marché canadien. »


Par ailleurs, contrairement à ce que l'on pourrait croire, les investissements importants de Plombco pour robotiser davantage sa chaîne de production ne se sont pas traduits par des pertes d'emplois. Bien au contraire. Ces 12 derniers mois, la PME a même dû embaucher une cinquantaine de travailleurs pour soutenir la cadence de production. « Nous avons embauché notre 199e employé ce matin, le 28 septembre ! », dit Martin Lussier. En contrepartie, l'entreprise doit investir davantage pour bien former ses employés qui doivent utiliser des équipements de plus en plus complexes. Bref, c'est bien beau d'avoir les meilleures technologies, mais encore faut-il pouvoir les utiliser efficacement.


LE DÉFI


ÊTRE PLUS COMPÉTITIVE SUR LE MARCHÉ AMÉRICAIN EN PRÉVISION DE L'ARRIVÉE DE CONCURRENTS ASIATIQUES.


LA SOLUTION


PLOMBCO S'EST APPUYÉE SUR LA FORCE DU HUARD POUR ACHETER DES ÉQUIPEMENTS.


CV/PROFIL


Activité : Manufacturier de masses d'équilibrage de roues


Fondation : 1985


Siège social : Salaberry-de-Valleyfied


Effectif : 199 personnes


Chiffre d'affaires : Près de 40 millions de dollars


Marchés : États-Unis, Europe, Asie, Océanie, Afrique


LE SECRET : INVESTIR


Les investissements que Plombco a faits depuis trois ans sont essentiels pour déployer sa stratégie commerciale. Ils lui permettent de fabriquer des produits plus complexes, dotés de meilleures fonctionnalités, et ce, sans augmenter les coûts de production de l'entreprise. De plus, la PME continuera de les vendre au plus bas prix possible : elle ne vendra pas plus cher parce que ses produits ont plus de valeur ajoutée, comme le font de nombreuses entreprises.

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