L'Internet des objets s'invite dans le commerce interentreprises

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Octobre 2016

L'Internet des objets s'invite dans le commerce interentreprises

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Édition du 22 Octobre 2016

La tendance de l'Internet des objets dans le commerce interentreprises (B2B) semble irréversible. Pourtant, le Québec accuse un retard. Cela pourrait changer au cours des prochaines années, alors que les exigences à l'égard des fournisseurs risquent d'augmenter.


Walmart a été le premier acteur majeur, en 2003, à exiger de certains fournisseurs l'utilisation d'étiquettes intelligentes munies d'une puce passive RFID pour identifier des caisses et des palettes de produits. Les fournisseurs n'avaient pas très bien réagi à cette décision, qui les obligeait à investir dans une technologie dont ils n'étaient pas certains de bénéficier eux-mêmes.


«Les technologies n'étaient pas optimales à l'époque, et surtout les fournisseurs n'étaient pas prêts», explique Ygal Bendavid, professeur au Département de management et technologie de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM (ESG UQAM).


La situation a bien évolué depuis, et l'Internet des objets (IdO) se répand de plus en plus dans les entreprises. Auparavant, les investisseurs finançaient surtout des applications destinées au grand public, telles que les technologies portables. Toutefois, en 2015, selon le cabinet Convergence Catalyst, 75 % des deux milliards de dollars investis sont allés à des entreprises oeuvrant à l'émergence de solutions pour l'IdO industriel.


Toutefois, au Québec, son utilisation dans le B2B demeure relativement peu fréquente. La technologie reste souvent confinée à l'intérieur de l'entreprise, où elle sert à accroître l'efficacité de la chaîne logistique.


«Le principal problème, croit le professeur, c'est que les milliers de dispositifs et d'applications fonctionnent bien, mais qu'il n'y a pas nécessairement de standard ou de langage commun pour les partager à l'extérieur de l'entreprise. Cela complique la tâche des firmes qui souhaitent collaborer.»


Nouveaux modèles d'entreprise


Selon Harold Boeck, collègue d'Ygal Bendavid à l'ESG UQAM et spécialiste du marketing B2B et de l'IdO, les entreprises québécoises auraient intérêt à s'y mettre, parce que l'IdO dans le commerce interentreprises est une tendance qui se confirme. Selon Verizon, en 2020, les entreprises mondiales utiliseront 5,4 milliards d'objets connectés.


Cette technologie poussera au renouvellement des modèles d'entreprise, notamment du côté des «produits en tant que services». La possibilité de suivre ou d'exploiter à distance un produit poussera plusieurs à en vendre l'usage, plutôt que la propriété.


Certaines grandes entreprises se servent déjà de l'Internet des objets pour bonifier leur offre de service de maintenance. C'est le cas de General Electric (GE). L'entreprise américaine utilise des capteurs qui lui permettent de suivre en temps réel la performance de ses moteurs d'avion et de collecter des données. Grâce à cela, GE peut intervenir plus rapidement pour effectuer un entretien et prévenir des bris. Le moteur passe donc moins de temps en réparation.


Aux États-Unis, certains fournisseurs d'hôpitaux utilisent la technologie RFID dans des armoires intelligentes qui abritent des appareils coûteux, comme des stimulateurs cardiaques (pacemakers). Ils peuvent ainsi être informés dès qu'un stimulateur est utilisé et automatiser le réapprovisionnement.


Au Québec, la firme Logi-D travaille sur des projets de ce type, entre autres avec l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. En 2010, ce dernier annonçait avoir implanté un système automatisé des stocks utilisés à son bloc opératoire. Grâce à des puces RFID, l'hôpital pouvait désormais connaître en temps réel toute l'information sur ces stocks, leur réapprovisionnement, leur localisation et les données liées à la consommation. Des technologies semblables sont utilisées pour gérer les stocks et le réapprovisionnement d'autres fournitures, comme les médicaments.


L'utilisation de l'IdO en B2B pose un autre défi important. «Les décisions ne sont pas prises uniquement à l'interne, souligne Harold Boeck. Si elle veut utiliser l'IdO en B2B, une entreprise doit convaincre ses partenaires. C'est un gros défi. Cependant, à partir du moment où l'on a un fort effet de réseau dans un groupe de partenaires, ça devient très intéressant.»


Populaire dans l'événementiel


Pour Anthony Palermo, pdg et fondateur de RFID Academia et de Connect&Go, ce n'est pas l'ampleur des investissements qui ralentit l'adoption des technologies de l'IdO par les entreprises québécoises : «Nos cycles de vente dans le secteur industriel sont très longs, parce que les prises de décision sont lentes dans les entreprises, affirme-t-il.


«Il y a beaucoup de décideurs impliqués, du directeur de l'exploitation au pdg, en passant par le directeur financier, les TI, etc. Si chacun passe un ou deux mois à étudier le projet, ça peut prendre plus d'un an avant qu'une décision ne soit prise. Et là, il faut revoir le projet parce que les budgets, les besoins ou les technologies ont évolué !», explique Anthony Palermo.


Devant cet état de fait, l'entrepreneur a choisi une autre direction en fondant Connect&Go avec Dominic Gagnon. Cette PME est spécialisée dans l'événementiel. Elle fournit, par exemple, des bracelets de radio-identification permettant notamment le paiement, l'activation et la collecte de données.


Connect&Go connaît une ascension fulgurante et compte parmi ses clients les Osheaga, Juste pour rire, Coupe Rogers, C2, Buku Music et le Piknic Électronik de Dubaï. L'entreprise est rapidement passée de 3 à 47 employés.


«Nous prévoyons aussi une croissance du côté du B2B2C, avec des applications favorisant le déploiement de l'Internet des objets dans toute une chaîne logistique, y compris les magasins, afin d'y révolutionner l'expérience qu'en font les consommateurs», conclut Anthony Palermo.


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