Une menace réelle pour les régions

Publié le 18/09/2014 à 10:04

Une menace réelle pour les régions

Publié le 18/09/2014 à 10:04

Photo: Dollar Photo Club

Un pour Tous, et Tous pour Un! Si Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan étaient des entrepreneurs québécois, comment envisageraient-ils l'avenir de leur entreprise dans le contexte d'aujourd'hui? Pourraient-ils nous inspirer?


Dans sa dernière grande étude économique (2014), Desjardins nous apprend que 70% des entrepreneurs québécois déclarent NE PAS vouloir générer de la croissance. A mon avis, ceci est très inquiétant et représente une menace directe à l'économie du Québec.


La santé économique des régions du Québec dépend surtout des PME, qu'elles soient industrielles ou commerciales. Il y a actuellement 85 000 entreprises qui embauchent de 5 à 100 personnes. Il s'agit du plus important segment de l'économie québécoise en matière d'emplois. Si ces PME ne parviennent pas à alimenter de la croissance, elles perdront des parts de marché et risquent fort de devenir de moins en moins compétitives mettant ainsi en péril leurs propres existences et rendant précaires des milliers d'emplois à travers toutes les régions du Québec.


Dans le contexte actuel de la globalisation des marchés, d'une compétitivité accrue dans toutes les sphères d'activités et de l'explosion incessante des nouvelles technologies, pouvons-nous collectivement tolérer un pareil risque? Je ne le crois pas.


De plus, il faut se rappeler que derrière toutes ces menaces se cachent autant d'occasions d'affaires. Il serait dommage de ne pas en profiter. Lorsqu'un marché se transforme ou qu'une industrie connait une évolution rapide, cela crée toujours de l'espace pour les entreprises capables de s'adapter et d'innover. La question est donc de savoir si nous voulons en profiter. Voulons-nous agir ou subir? Il faut choisir son camp.


Des entrepreneurs surchargés


Mais pourquoi les propriétaires de PME déclarent ne pas vouloir générer de croissance? L'une des premières choses que vous apprenez lorsque vous vous lancez en affaires, c'est que sans croissance, votre entreprise régressera, ne sera plus compétitive et vous devrez fermer boutique un jour ou l'autre.


A mon avis, la réponse réside dans le fait que ces hommes et ces femmes qui exploitent une PME en ont plein les bras, qu'ils sont surchargés et qu'ils n'ont tout simplement plus le temps et l'énergie de lancer de nouveaux projets. Ils préfèrent donc se concentrer à essayer de protéger leurs acquis. Si vous décidez d'ouvrir une porte à l'innovation au sein de votre entreprise, vous devrez effectivement y consacrer du temps, des efforts et de l'argent. Puisque tout repose essentiellement sur leurs seules épaules et qu'ils sont à bout de souffle, la majorité d'entre eux se résignent à essayer de survivre plutôt qu'à vouloir croître.


Depuis plus de 20 ans, j'ai eu le bonheur de sillonner toutes les régions du Québec et d'y rencontrer tous les acteurs économiques influents ainsi qu'un grand nombre de gens d'affaires. Au gré des discussions passées, j'ai été le témoin privilégié de leurs succès. Beaucoup m'ont partagé la recette de la réussite et la plupart m'ont livré leurs inquiétudes du moment en affichant toutefois beaucoup d'assurance quant à l'avenir. Mais, depuis quelques années, le constat qu'ils présentent est toujours le même: il est de plus en plus difficile d'être en affaires parce que les marchés évoluent à une vitesse effrayante et que les outils pour accompagner les entrepreneurs manquent terriblement. Un fait nouveau et inquiétant est donc apparu: les entrepreneurs sont moins confiants.


Nous vivons dans une économie du savoir. Dans ce contexte, je crois beaucoup au partage d'idées et aux discussions entre gens bien avisés pour raffermir un plan d'affaires ou pour trouver des solutions. Plus que jamais, il ne sert à rien de réinventer la roue. Nous n'avons tout simplement pas de temps à perdre à créer ce qui existe déjà. Il faut plutôt partager notre savoir à notre communauté d'intérêt. Et le Québec est pour tous les entrepreneurs québécois une très bonne communauté d'intérêt. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les Beaucerons étaient plus entrepreneurs que le reste des Québécois? Et, est-ce vrai? Il y a des raisons historiques, voire géographiques, au fait que la fibre entrepreneuriale des Beaucerons existe vraiment. Mais, de nos jours, je crois qu'ils le sont seulement parce qu'ils y croient. Il est donc normal lorsque vous êtes un Beauceron de faire germer en vous des idées d'entrepreneur, c'est normal puisque c'est censé être votre nature. Qu'adviendrait-il si tous les Québécois croyaient qu'ils sont plus entreprenants que le reste du monde? Ils entreprendraient davantage bien sûr! Les Beaucerons partagent leurs idées et leurs succès, c'est pourquoi ils entreprennent davantage. Ils se donnent confiance.


En quelque sorte, c'est le nombre qui supplante l'individualité. Jadis, lorsqu'on avait une idée on la gardait secrète de peur de se la faire voler. Aujourd'hui, c'est tout le contraire. Si vous avez une idée, partagez-la avec le plus grand nombre de personnes possible. Elle sera bonifiée, elle deviendra meilleure, plus grande, plus forte et plus simple. Pour protéger vos intérêts, vous devez mettre l'emphase sur les moyens que vous utiliserez pour lancer et concrétiser votre projet plutôt que sur la protection de vos idées. Cette nouvelle façon de faire découle directement de l'influence des réseaux sociaux sur nos comportements. Ceux-ci affectent la culture des entreprises et changent donc en profondeur les jeux de la compétition. La programmation en "open source" en est un très bel exemple. Des gens des quatre coins du globe qui travaillent ensemble virtuellement et qui créent en peu de temps et avec très peu d'investissement des logiciels performants, c'est impossible à battre! Et surtout, c'est très inspirant! Chacun profite de l'apport des autres.


Pour retrouver la confiance, les entrepreneurs québécois doivent donc se parler et, surtout, partager.


Une tournée du Québec


À propos de ce blogue

Vice-président de la division des journaux régionaux de TC Media pendant près de 10 ans, Serge Lemieux a sillonné toutes les régions du Québec et y a dirigé des dizaines d'unités d'affaires. Il a acquis une solide connaissance des enjeux des régions et rencontré au fil des ans des milliers d'entrepreneurs québécois. Fondateur des Rendez-Vous ESSOR, un mouvement national qui vise à mobiliser les PME à lancer des projets de croissance, Serge Lemieux incarne l'esprit entrepreneurial québécois et comprend les défis auxquels sont confrontés les PME d' aujourd'hui.

Serge Lemieux