La musique vous rend-elle plus productif?

Publié le 19/09/2018 à 06:06

La musique vous rend-elle plus productif?

Publié le 19/09/2018 à 06:06

En général, elle nous aide à travailler «vite et bien»... Photo: DR

J’ai une drôle de question pour vous, aujourd’hui : en général, travaillez-vous en écoutant de la musique ? Et dans l’affirmative, considérez-vous que cela vous aide-t-il dans votre travail, ou bien cela contribe-t-il à vous distraire de vos tâches?


J’imagine d’ici votre réponse : oui, cela vous arrive de mettre des écouteurs sur les oreilles, histoire de vous mettre dans votre bulle, dans une ambiance agréable puisque, dès lors, vous avez en fond sonore vos chansons préférées ; mais cela n’est pas si fréquent que ça, car il vous faut parfois le silence total pour vous concentrer au maximum, être attentif à ce que disent vos collègues, ou encore être en mesure de répondre au téléphone si jamais celui-ci se mettait à sonner. Et donc, vous n’avez pas trop d’idée sur l’impact réel de la musique sur votre productivité.


Est-ce que je me trompe ? Hum, je ne le pense… C’est que ce que je viens de décrire ressort en grande partie d’un sondage que vient de mener au Canada Accountemps, une division du cabinet-conseil en recrutement Robert Half. En voici les faits saillants :


> Une pratique courante. 71% des Canadiens sont formellement autorisés par leur employeur à écouter de la musique en travaillant. Quant aux autres, ils ne savent pas vraiment s’ils ont ce droit, à l’exception de 11% d’entre eux, pour qui c’est totalement interdit (surtout pour des raisons de sécurité).


> 3 sur 4. Au Canada, 77% des employés ayant le droit d’écouter de la musique au travail disent aimer travailler en musique. Sans surprise, les milléniaux – les 18-34 ans – sont les plus susceptibles d’écouter de la musique en travaillant (87%) ; suivent les X – les 35-54 ans –, à hauteur de 73%, et les baby-boomers – les 55 ans et plus –, à hauteur, eux, de seulement 57%.


> Surtout la pop. Quelle musique est la plus écoutée au Canada? Il semble que le style le plus populaire soit la pop, suivi respectivement du rock et de la musique classique.


> Un plus pour la productivité. 29% de ceux qui écoutent de la musique pensent que cela les rend «beaucoup plus» productifs, et 32%, «plus» productifs. À noter qu’à peu près le quart (28%) estiment que la musqiue n’a aucune incidence sur leur performance au travail. Et que seulement 3% considérent que la musique nuit à leur productivité.


«Pour nombre d’employés, écouter de la musique au travail est relaxant ainsi que bénéfique pour leur concentration et leur productivité, surtout lorsqu’ils évoluent dans un environnement de travail intense», note David King, président d'Accountemps au Canada.


Bien. Vous comme moi, nous travaillons donc souvent en musique. Mais, sommes-nous pour autant vraiment plus productifs que sans musique ? Nous en avons l’impression, c’est sûr, mais cela est-il bel et bien vérifié ?


Teresa Lesiuk enseigne la thérapie musicale à l’Université de Miami, aux Etats-Unis. En 2005, elle a voulu savoir si la musique avait un impact quelconque sur les employés, et elle a ainsi passé cinq semaines dans des start-ups technologiques canadiennes afin d’étudier une cinquantaine d’employés qui passaient le plus clair de leur temps rivés à l’écran de leur ordinateur, un casque sur les oreilles.


Résultat ? Lorsqu’on écoute la musique de son choix, cela nous met automatiquement de bonne humeur, et donc en position favorable pour donner notre 110%. Plus précisément, cela amène à travailler «vite et bien» : ceux qui écoutaient de la musique effectuaient leurs tâches plus rapidement que les autres, et ils avaient, ce faisant, de meilleures idées que les autres ; ni plus ni moins.


Parfait, n’est-ce pas ? Nous pouvons, donc, écouter toute la musique que nous souhaitons dans le cadre de notre quotidien au travail, pourvu, cela va de soi, que notre musique ne dérange pas les autres (ni nos tapotements du pied ni même nos sifflements incontrôlés). Hum… Minute, n’allons pas trop vite. C’est que certaines conditions doivent être réunies pour voir un effet bénéfique sur notre productivité !


Anneli Haake est une consultante suédoise en psychologie musicale. En 2011, ses travaux lui ont permis de mettre au jour cinq facteurs qui permettent de déterminer si une musique donnée est une source de concentration ou plutôt de distraction :


1. La structure musicale. Les chansons ayant une structure musicale relativement complexe, comme «Muffin Man» de Frank Zappa, sont, en général, plus distrayantes que les chansons à structure simple (ex. : à trois accords), comme «Bad Habits» de The Last Shadow Puppets.


2. Les paroles. Elles peuvent distraires si elles sont nécessitent un effort à être comprises.


3. Les habitudes d’écoute. Plus on a l’habitude d’écouter de la musique en travaillant, moins cela risque d’être distrayant.


4. La tâche entamée. Si la tâche entreprise est relativement complexe, écouter de la musique peut nuire à l’attention de notre cerveau.


5. Le contrôle sur la musique. Si jamais la musique écoutée est imposée par autrui, cela risque fort de nous distraire. En revanche, s’il s’agit de notre propre choix, cela peut nous aider à nous concentrer.


L’idéal, c’est par conséquent de vérifier, au moment où vous décidez de travailler en musique, si les cinq facteurs sont réunis. Si tel est bien le cas, tout va bien, vous pouvez y aller. Mais si jamais un ou plusieurs facteurs manquent, attention, il y a là un danger de voir votre performance diminuer plus qu’autre chose…


En passant, l’acteur américain Charlie Chaplin a dit dans Ma Vie : «L’action est musique».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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