Les petites minières ont survécu aux turbulences financières

Publié le 08/01/2019 à 13:48

Les petites minières ont survécu aux turbulences financières

Publié le 08/01/2019 à 13:48

Camion sur une exploitation minière sous des nuages menaçants.

(Photo: 123rf.com)

BLOGUE INVITÉ. Après plusieurs années de turbulence financière, les petites sociétés minières canadiennes et plus spécifiquement le Top 100 de la Bourse de croissance TSX se portent relativement bien et vivent une période plus calme.


C’est ce que nous porte à croire l’analyse de PwC des 100 premières petites sociétés minières inscrites à cette Bourse pour la période de 12 mois terminée le 30 juin 2018, parue le 10 décembre 2018.


Les prix des produits de base sont plutôt stables. Les bilans des sociétés affichent une solidité croissante. Les dépenses augmentent modérément. Les financements par actions et par emprunts sont en hausse.


Et les coffres sont à leur sommet en sept ans avec des liquidités qui ont progressé de plus de 20 % au cours de la période d’analyse.


Bien que modérée lorsqu’on la compare à l’ensemble des sociétés inscrites à la Bourse de croissance TSX, la valeur marchande globale du secteur a progressé pour une troisième année consécutive. Même si le secteur n’a pas connu de valorisations aussi fortes depuis son apogée de 2011, les gains n’ont pas progressé aussi rapidement que les valorisations dans d’autres secteurs, comme ceux du cannabis et des entreprises de technologies financières en démarrage (par exemple, la cryptomonnaie).


L’augmentation des liquidités crée des possibilités


L’un des signes positifs de la situation du Top 100 est sans contredit l’augmentation constante des liquidités de ces petites sociétés minières.


Il y a à peine trois ans, un groupe comparable faisait face à des problèmes de liquidité, car ralentissement de l’industrie avait entraîné l’affaiblissement des marchés d’actions et des titres de créance.


Aujourd’hui, le secteur bénéficie d’une assise financière plus solide. Les sociétés en développement et en production sont mieux placées pour faire face aux incertitudes à venir.


Malgré ce contexte, les investisseurs se font rares. Ils recherchent les modèles d’affaires qui engendrent rapidement des rendements ou qui valorisent une production comportant un risque opérationnel limité.


Ils favorisent également les minières qui produisent les métaux utilisés dans la fabrication de véhicules électriques ou qui investissent dans ce domaine.


De nouveaux modèles d’affaires en développement


Le marché favorise également un petit groupe de minières considérées comme novatrices quant à leur modèle d’affaires.


Par exemple, la première société du Top 100, Cobalt 27 Capital, n’extrait aucun métal. Elle achète et entrepose plutôt des réserves de cobalt, après avoir négocié des redevances avec des sociétés minières qui lui donnent accès au produit à un prix prédéterminé.


Le modèle offre aux investisseurs un placement prometteur dans une ressource en demande tout en limitant leur exposition aux risques opérationnels.


Depuis deux ans, Cobalt 27 Capital a obtenu le plus important financement par actions du groupe du Top 100, en recueillant 300 millions de dollars pour financer l’achat de 32,6 % de la production de cobalt de la mine de Vale, au Labrador.


Innover avec audace pour créer de la valeur ajoutée


Les petites sociétés minières commencent à adopter les technologies numériques avec un enthousiasme
qui n’existait pas avant le ralentissement du secteur, il y a quelques années. Beaucoup investissent dans l’automatisation, l’intelligence artificielle, la modélisation 3D et la numérisation des données.


Elles considèrent ces outils comme des moyens d’accroître l’efficience, de contrôler leurs coûts à long terme, de mieux naviguer malgré la volatilité des prix des produits de base et de se distinguer sur le marché auprès des investisseurs.


Les exemples abondent, mais nous pouvons en retenir deux.


Maya Or et Argent a investi dans la numérisation des données historiques du gisement polymétallique de Boumadine, au Maroc, pour évaluer le potentiel d’une ancienne mine.


Ressources Falco se tourne vers les programmes d’intelligence artificielle d’Albert Mining pour l’aider à trouver de nouvelles cibles pour l’or, le cuivre, le zinc et l’argent sur les terres de son camp minier de Rouyn-Noranda, au Québec.


C’est fantastique de voir le secteur se concentrer sur l’innovation et adopter les technologies numériques.


On reproche depuis longtemps au secteur minier dans son ensemble d’accuser du retard dans ce domaine, mais le rapport de cette année nous trace un portrait différent.


Il faut toutefois que les petites sociétés minières soient en mesure de bien publiciser leurs investissements dans la technologie pour attirer l’attention des investisseurs, qui ont de nombreuses autres occasions d’investir, ainsi que de la nouvelle génération de main-d’œuvre.


Fait notoire: on assiste à la fin de la domination de l’or avec les cinq premières petites sociétés minières du Top 100, au profit des joueurs qui produisent du lithium et du cobalt. La tendance devrait se poursuivre tant que les deux métaux constitueront des composantes de base dans la fabrication de batteries de voitures électriques.


Le rôle du gouvernement


Dans le cas du gouvernement, leurs récentes mises à jour économiques laissent entrevoir l’instauration de nouvelles mesures ainsi que la poursuite des mesures fiscales favorisant l’investissement pour les entreprises, y compris les minières, notamment au fédéral.


Ottawa manifeste son intention de continuer à appuyer l’exploration minière au stade précoce, en accordant un crédit d’impôt de 15 % pour aider les petites entreprises d’exploration minière à obtenir des capitaux pour financer leurs activités d’exploration à l’extérieur des sites miniers existants.


De 2010 à 2016, cette mesure aura permis à l’ensemble des sociétés minières canadiennes d’obtenir plus de 500 millions de dollars en capitaux propres par année, en moyenne. Le crédit d’impôt devait venir à échéance le 31 mars 2019, mais le gouvernement propose de le prolonger de 5 ans additionnels, soit jusqu’au 31 mars 2024.


Toujours au fédéral, l’incitatif à l’investissement accéléré s’appliquera généralement aussi aux frais d’aménagement au Canada. Ces frais ne sont pas assujettis à la règle de la demi-année et, par conséquent, seront admissibles pour une déduction bonifiée correspondant à une fois et demie la déduction normale qui serait déductible, par ailleurs, pour la première année.


Du côté de Québec, on annonce une augmentation de 100 % du taux d’amortissement et une nouvelle déduction additionnelle de 30 % pour les investissements améliorant la productivité.


On prolonge la date limite d’adhésion aux programmes de rabais d’électricité jusqu’au 31 décembre 2019 et on promet la mise en place d’un programme pour les grandes entreprises desservies par les réseaux autonomes d’Hydro-Québec.


Un autre secteur où les gouvernements pourraient soutenir l’industrie en 2019 est celui des technologies. En effet, les progrès technologiques sont en mesure de fournir des solutions à toute une gamme de défis auxquels l'industrie minière est actuellement confrontée.


Somme toute, l’année 2019 s’annonce relativement excitante pour l’industrie minière. Nous en suivrons, pour vous, l’évolution tout au cours de l’année avec enthousiasme et passion!

À propos de ce blogue

Le regard de deux spécialistes du secteur minier au Québec auprès de l’industrie, des gouvernements et du grand public.

Maxime Guilbault et Nochane Rousseau

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