Les frais de rachat des fonds communs, encore d'actualité

Publié le 13/04/2018 à 09:34

Les frais de rachat des fonds communs, encore d'actualité

Publié le 13/04/2018 à 09:34

Récemment, j’ai rencontré un investisseur qui possède un portefeuille de plus de 200 000 $ et qui est avec le même conseiller depuis plus de 10 ans. Quelle ne fut pas sa surprise d’apprendre que la vente de ses fonds communs de placement lui coûterait plus de 7000 $.


Comment se fait-il qu’encore aujourd’hui des conseillers puissent recommander des fonds avec des frais de rachat (frais d’acquisitions reportés ou frais de sortie) à de tels clients?


Voici quelques explications.


Le même fonds commun de placement est presque toujours offert sous différentes séries comportant différentes caractéristiques au niveau des frais et des commissions de suivis versés aux conseillers. De plus en plus, les fonds sont vendus sans frais à l’achat ni à la vente, mais il existe encore des séries avec des frais de rachat.


Ce que les investisseurs ne savent pas toujours, c’est que lorsqu’un fond est vendu avec frais de rachat, son équivalent est souvent disponible sans frais de rachat au même ratio de frais de gestion (et parfois même avec un ratio de frais de gestion inférieur). L’investisseur qui se retrouve avec un fond comportant des frais de rachat ne peut le vendre sans pénalité, alors que le conseiller empoche une grosse commission (jusqu’à 5% de la valeur de l’investissement) lors de l’achat du fond.


Le gestionnaire du fonds est heureux de payer une telle commission au conseiller, car il s’assure d’un revenu de gestion pendant plusieurs années (jusqu’à 7 ans). Le conseiller, au lieu de recevoir une commission de, par exemple 1% par année, recevra 5% lors de l’achat par le client et 0.5% par année par la suite. Même si le client quitte son conseiller, celui-ci aura reçu la majorité de la rémunération qu’il aurait reçue si le client était resté jusqu’à la fin des pénalités. Bref, le seul intervenant pénalisé est le l’investisseur et il ne le sait généralement pas!


Quel consommateur bien informé accepterait d’acheter un bien qu’il ne peut revendre sans pénalité si le même bien peut aussi être acheté sans cette condition?


Un conseiller tente souvent de justifier le choix d’un fonds avec frais de rachat en insistant sur le fait qu’il doit être payé justement pour le travail qu’il accomplit au début de la relation avec un client. Autrement, le temps consacré à un nouveau client ne serait pas rentable immédiatement. Or, le fait de choisir un conseiller est une décision qui se justifie sur plusieurs années, et si le conseiller fait bien son travail et agit véritablement dans l’intérêt du client, celui-ci n’aura que peu de raison d’aller ailleurs. Le conseiller recevra alors une rémunération année après année, tant que le l’investisseur restera son client. On parle alors d’alignement d’intérêt. Le client paye des frais tant qu’il est satisfait du service qu’il reçoit.


Un autre argument parfois utilisé est que les fonds avec frais de rachat fidélisent le client à sa politique de placement et lui prévient de vendre au pire moment, par exemple durant une correction sévère des marchés. Quelle aberration! Le risque d’un portefeuille se gère par une bonne diversification et un portefeuille adapté au profil de l’investisseur, pas en imposant des pénalités qui limitent les choix d’un client et le fidélise à un gestionnaire donné.


Devant la menace de changements réglementaires, l’industrie s’autodiscipline tranquillement. Plusieurs gestionnaires ont aboli les frais de rachat au cours des dernières années. Il n’en demeure pas moins que certains conseillers, pas la majorité, continue de vendre des fonds avec des frais de rachat, alors qu’une alternative identique existe sans frais de rachat et parfois à coût moindre.


Il y a clairement une lacune à combler entre la relation de certains client-conseiller.


Quoi faire?


Si vous possédez un portefeuille substantiel ou que vous êtes avec le même conseiller depuis plusieurs années et que celui-ci vous propose encore des fonds avec frais de rachat, il est peut-être temps de se poser des questions.


Je ne pensais pas à avoir à aborder ce sujet en 2018, mais force est de constater que certaines pratiques ont de la difficulté à être abandonnées.


Si vous souhaitez une alternative aux fonds communs de placement, sachez que les fonds négociés en bourse (FNB) ne comportent pas de frais de sorties. Attention toutefois aux fonds communs de placements qui investissent dans des FNB, c’est une tendance à la mode dans l’industrie pour proposer des FNB aux investisseurs. Ces fonds communs pourraient comporter des frais de rachat.


N’hésitez pas à m’écrire si vous souhaitez que j’aborde un sujet particulier dans ce blogue. Suivez-nous aussi facebook.

À propos de ce blogue

Ian Gascon est président de Placements Idema (www.idema.ca), un gestionnaire de portefeuille qui propose des solutions de placements personnalisées, à faible coût et utilisant des fonds négociés en bourse (FNB). «Les FNB démystifiés» est le premier blogue francophone dédié aux fonds négociés en bourse au Canada et Placements Idema est la première société au Canada à avoir lancé un service en ligne de gestion de portefeuille, maintenant mieux connu sous le terme «robot-conseiller».

Ian Gascon

Sur le même sujet

Doubler ou tripler sa mise grâce aux FNB

12/04/2018 | Stéphane Rolland

INVESTIR. Vous avez bon espoir que la Bourse continue son ascension et vous voulez jouer le tout pour le tout?

Cinq paris macroéconomiques pour un FNB

Édition du 07 Avril 2018 | Stéphane Rolland

Vous aimez faire des prévisions économiques sur la direction des marchés, l'or ou la volatilité? Il existe des ...

Blogues similaires

Le secret de la réussite en Bourse

Édition du 20 Juin 2015 | Bernard Mooney

BLOGUE. Il y a deux semaines, j'ai annoncé aux dirigeants de Les Affaires que cette chronique serait ma dernière. Il ...

Surprenant budget: Québec voit-il trop en rose?

27/03/2018 | François Pouliot

Pour la première fois, le cadre financier du Québec donne de l'espoir.

D'où vient cette obsession pour la courbe des taux?

BLOGUE. Ébranlés par les secousses de 2018, les investisseurs surveillent cet indicateur précurseur des récessions.