The Give Agency: d'un projet de bénévolat est née une entreprise

Publié le 29/09/2017 à 16:31

The Give Agency: d'un projet de bénévolat est née une entreprise

Publié le 29/09/2017 à 16:31

Chaz Thorne, associé chez The Give Agency, interview Charlotte Cordier, coordonnatrice générale de Cyclonordsud

Voici comment l’initiative de bénévolat de trois consultants auprès des OBNL (The Give Agency) leur a permis d’identifier un besoin plus vaste pour donner naissance à une boîte de consultation (Barn Raisers Strategic).


Chaz Thorne est expert en stratégie. Mike Maloney se spécialise en communications et relations publiques. Brian Hickling oeuvre en publicité et développement des marques. Ils avaient envie de travailler ensemble, et de redonner au suivant en faisant appel à leurs compétences respectives. Ainsi est née The Give Agency, un véhicule de philanthropie de compétences pour les professionnels canadiens de la communication et de la publicité.


Quelques jours par année, The Give Agency lance un appel à cette communauté de professionnels pour participer bénévolement à un exercice de quelques heures permettant de générer des idées pour résoudre un ou des enjeux précis d’un OBNL.


Le principe: l’exercice doit être complété en une journée. Et il faut en tirer 5 idées exécutables pour l’OBNL.


The Give Agency a tenu des sessions à Halifax et Toronto. Cette semaine, les trois associés étaient à Montréal. J’ai assisté à l’exercice du 28 septembre au cours duquel les experts bénévoles sont venus en renfort à l’OBNL Cyclonordsud, qui collecte des vélos au Québec pour les redistribuer dans cinq pays du Sud. Cyclonordsud sollicite des idées pour accroître sa notoriété et ses revenus. Deux autres sessions se sont tenues à Montréal cette semaine. L’une à propos de Centraide et l’autre à propos de Pour 3 Points.


Les bénévoles qui ont travaillé sur le dossier de l'OBNL Cyclonordsud, l'équipe de cet OBNL et les cofondateurs de Give Agency


La journée (8h30/16h) est rythmée selon la méthode PAIR


-P pour présentation, l’OBNL se présente ainsi que ses enjeux généraux et les défis particuliers pour lesquels il sollicite de l’aide.


-A pour alignement, les participants sont divisés en équipes, correspondant aux parties prenantes liées au défi à relever. Il faut identifier les besoins de chacune pour voir comme les aligner avec ceux de l’OBNL.


Dans mon groupe, nous nous sommes attardés à la visibilité et à la notoriété. Les parties prenantes étaient les médias et les influenceurs. Qu’est-ce qui convainc un média, ou un influenceur de parler d’un OBNL?


Cela tient, entre autres, à incarner concrètement la mission. Ainsi, à la fin de cette journée, Cyclonordsud n’était plus un organisme qui donne des vélos, mais plutôt un OBNL qui favorise la mobilité économique et sociale en permettant à des femmes et des hommes de se déplacer plus facilement pour accomplir des tâches jusque-là épuisantes (aller au travail, au moulin, au puits, etc.) ou d’avoir accès rapidement à des services essentiels (par exemple: emmener son enfant en crise d’asthme à la clinique en vélo plutôt qu’à pied).


-I pour idéation, soit générer des idées, une trentaine par groupe.


-R pour réduction, soit retenir les cinq meilleures idées par groupe.


Les participants à cet exercice philanthropique sont très enthousiastes. Ils génèrent beaucoup d’idées! Pour canaliser leur énergie de façon constructive, les animateurs rappellent les 4 principes suivants.


Comment identifier les  idées qui méritent d'être conservées


Les idées qui méritent d’être conservées doivent :


-Permettre d’atteindre les résultats recherchés par l’OBNL. Des revenus? De la notoriété?


-«Coller» (stickiness) c’est-à-dire avoir un impact durable;


-Être réalisables compte tenu de l’environnement externe (exemple: la réglementation) et interne de l’entreprise;


-Être cohérentes avec l’ADN de l’OBNL.


Le défi: des idées qui comblent à la fois les besoins de l'entreprise et de ses parties prenantes


«Le principal défi de toute organisation consiste à reconnaître qu’il existe un fossé entre ce que l’organisation veut et ce dont ses parties prenantes ont besoin, souligne Mike Maloney. Puis, à combler ce fossé.»


Pour aider les experts bénévoles à identifier les besoins/attentes des parties prenantes de l’OBNL qu’ils accompagnent, les fondateurs de Give Agency s’appuient sur la typologie du professeur Clayton Christensen (que j’ai rencontré au World Business Forum). Ce spécialiste de l’innovation estime que l’on achète un produit ou un service pour combler trois besoins en même temps :


-Des besoins fonctionnels: ce que notre achat nous apporte d’un point de vue pratique;


-Des besoins émotifs: comment se sent-on suite à cet achat;


-Des besoins sociaux: en quoi notre achat a-t-il un impact sur la façon dont les autres nous voient.


Les dons peuvent être considérés comme un achat. Le donateur achète un sentiment de bien-être, un impact, un changement.


L’emploi aussi est un achat. En joignant une entreprise, l’employé achète la sécurité financière, la croissance professionnelle, l’actualisation de ses talents, de l’expérience, une image de succès, etc.


Toutes les parties prenantes d’une organisation, qu’elle soit un OBNL ou une entreprise à but lucratif, lui «achètent» quelque chose pour combler un ou des besoins.


Ceci explique pourquoi les entreprises à but lucratif qui ont eu vent de l’initiative The Give Agency auprès des OBNL ont approché les instigateurs pour leur proposer des contrats rémunérés. Voyant cette occasion d’affaires, les trois complices ont fondé Barn Raisers, qui emploie les mêmes méthodes que The Give Agency.


Il faut un village pour construire une grange


Le nom Barn Raisers est inspiré de l’image de la grange construite en quelques jours grâce à la collaboration de toute la communauté.


Il y a quelque chose de grisant et de gratifiant à passer rapidement en mode solution. Je l’ai vécu lors de la session du 28 septembre. Lors des projets de longue haleine, l’enthousiasme peut s’essouffler. Sans compter qu’avec le temps on peut s’éloigner de l’objectif initial. Ce qui explique l’engouement pour ce type d’exercice intensif. Je l’ai constaté parmi mon groupe, le niveau de créativité était au plafond!


La méthode The Give Agency et Barn Raisers s’inscrit dans la mouvance des hacketons, où l’on réunit pendant 48 heures des programmeurs/entrepreneurs/marketers/citoyens et autres pour imaginer en équipe des solutions (souvent technologiques) à des enjeux précis.


Le défi consiste à ce qu’on ne déshabille par Saint-Pierre pour habiller Saint-Paul. Comment ne pas perdre en qualité (profondeur et pertinence) ce que l’on gagne en quantité (nombre d’idées)?


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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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