SMart: la coop qui fédère les pigistes veut s'installer au Québec

Publié le 15/10/2018 à 07:00

SMart: la coop qui fédère les pigistes veut s'installer au Québec

Publié le 15/10/2018 à 07:00

Stéphanie Guico, promotrice du projet SMart au Québec

Le Québec compte 331 410 travailleurs autonomes. J’ai appartenu à ce groupe pendant 13 ans. Pour tenir le coup financièrement pendant mes deux congés de maternité (de cinq mois chacun), j’ai travaillé d’arrache-pied jusqu’à la veille de mes accouchements. Depuis 2006, les travailleuses et travailleurs autonomes ont accès au Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), à condition d’avoir cessé leurs activités pendant le congé ou de les avoir réduites d’au moins 40%. Pour le reste, rien n’a changé pour les pigistes. On a beau les avoir rebaptisé des «solopreneurs», derrière le glam du mot la précarité demeure entière. Leurs protections sociales sont inexistantes. Et, dans mon secteur, les éditeurs paient le même tarif par feuillet (un feuillet contient 250 mots) qu’il y a 12 ans.


En Europe, depuis 1998, les travailleurs autonomes peuvent compter sur le soutien de la coopérative SMart. La devise de cette organisation est :«Vous créez, nous gérons.» Plus de 35 000 travailleurs de 44 villes de 9 pays utilisent les services de SMart.


Le Québec étudie la possibilité d’implanter un groupe SMart. La promotrice du projet se nomme Stéphanie Guico. Elle a participé au développement de nombreuses coopératives et elle siège au CA de Coopératives et mutuelle Canada.


Je profite de la semaine de la coopération qui débute pour vous présenter ce projet.



Transformer la précarité en revenu régulier


La coop SMart offre deux avantages importants à ses membres. D’abord, un Fonds de garantie salariale qui fait en sorte que les travailleurs soient payés régulièrement, dans des délais voisins de ceux du salariat. Ensuite, SMart offre des services mutualisés.


Chaque bureau SMart étant autonome, il a le choix de la méthode pour financer ces deux postes budgétaires. Certains font financer ce service par les clients, on ajoute donc un montant à la facture régulière du membre de la coop. D’autres, le font financer par les membres eux-mêmes. Ceux-ci défraient donc ces services à même leurs honoraires. La proportion totale de financement de ces deux services varie entre 6,5% et 8,5% du contrat.


Voici les services offerts par SMart aux travailleurs indépendants.


1-Gestion


Le travailleur recrute lui-même ses clients et exécute le travail, mais c’est le personnel de SMart qui gère le contrat. En cas de mauvais payeur, c’est la coop qui fait le suivi et s’assure que l’argent est récolté. Ceci exige de la discipline de la part du travailleur. Il doit inscrire tous ses contrats sur la plateforme, ainsi que le déroulement de ceux-ci.


2-Conseil


La moitié des employés de la coop sont des conseillers qui accompagnent les travailleurs d’un contrat à l’autre. Il se développe un lien entre le travailleur et son conseiller qui en arrive à soutenir le développement de sa carrière. Il le tient au courant de l’évolution du marché, des pratiques, de tarifs, des contrats, etc. Il peut aussi le guider dans la croissance de ses activités, si le travailleur désire lancer une mini entreprise.


3-Avantages sociaux


Il est ici question de l’accès à des assurances privées et à des assurances collectives.


4-Représentation


En Europe, SMart fait partie des représentations sur l’avenir du travail, la loi des coopérative, la loi du travail, etc.


Le 26 octobre prochain, SMart au Québec organise deux ateliers et une conférence (9h à 14h) avec les partenaires des structures de soutien aux travailleurs autonomes. On espère y voir des représentants des syndicats, du mouvement Desjardins, d’Investissement Québec, du ministère du travail, du ministère de l’innovation, du Conseil québécois de la coopérative et de la mutualité.


La rencontre du 26 octobre servira à tâter le terrain. Les promoteurs de SMart au Québec veulent entendre ce que les groupes interpellés par cet enjeu pensent de sa solution. Certains y verront peut-être une menace, une perte de pouvoir. D’autres une complémentarité à leurs services. Et que penseront les clients de ce nouvel intermédiaire organisé qui se glisse entre eux et une main-d’œuvre fragile et dépendante?


Il se transige près de 300M$CAD de contrats sur la plateforme européenne SMart. On peut en conclure que plusieurs clients trouvent un intérêt à travailler avec cette coopérative.


On ne peut toutefois passer sous silence le cas Deliveroo.


Le cas Deliveroo


La relation entre cette société britannique de livraison de repas et la coopérative SMart s’est terminée en janvier 2018. Jusqu’à cette date, Deliveroo permettait à ses coursiers de travailler en tant que salariés, c’est-à-dire par l’intermédiaire de SMart. Ils pouvaient donc choisir entre le statut de travailleur indépendant ou celui de membre sous contrat de travail SMart. Désormais, pour obtenir des contrats de Deliveroo, il faut être un travailleur indépendant. Deliveroo a annoncé qu’elle définirait elle-même les contours de sa relation avec ses coursiers, elle a largué SMart.


Quel accueil la coop SMart aura-t-elle au Québec? Pour l’instant, les promoteurs en sont à établir les besoins des travailleurs indépendants des différents secteurs et la volonté des parties prenantes à embrasser cette formule.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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