Couche-Tard refuse qu'on lui impose sa responsabilté sociale

Publié le 30/08/2018 à 14:30

Couche-Tard refuse qu'on lui impose sa responsabilté sociale

Publié le 30/08/2018 à 14:30

La divulgation de l'impact de certains produits, dont les boissons énergisantes, sur la santé des consommateurs, fait partie des demandes des actionnaires à Couche-Tard. (Photo: capture d'écran)

Le 20 septembre prochain, deux actionnaires de longue date de Couche-Tard, Bâtirente, le gestionnaire de fonds de retraite de la CSN, et PGGM, un gestionnaire de fonds de retraite néerlandais, présenteront une proposition conjointe lors de l'assemblée annuelle de l'entreprise.


Cette proposition concerne la reddition de comptes sur les enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance (ESG). Les actionnaires souhaitent une meilleure communication, davantage de transparence et des indicateurs extra-financiers reconnus par des organisations internationales. Ils citent le Taskforce on Climate-related disclosure.


Voici de façon plus précise ce que demandent Bâtirente et PGGM


Ils souhaitent que Couche-Tard fournisse des informations plus détaillées - dans le format de leur choix : rapport, page web, rencontres, etc. - sur les enjeux suivants :


1-L’impact de certains de leurs produits, dont les boissons énergisantes, sur la société. Les actionnaires souhaitent que l’entreprise considère les risques dans un contexte démographique et social qui évolue. Ils souhaitent aussi savoir comment Couche-Tard se positionne par rapport à ses concurrents sur ses produits qui peuvent avoir un impact sur la santé et la sécurité des consommateurs;


2- L’impact à long terme de la transition énergétique - par exemple l’électrification des transports - sur le modèle d’affaires de Couche-Tard et ses ventes de carburant;


3-Le respect des droits humains dans ses chaînes d’approvisionnement alimentaire et du tabac.


La direction de Couche-Tard recommande à ses actionnaires de refuser cette proposition le 20 septembre prochain.


Voici la réponse de Couche-Tard


Dans la circulaire de sollicitation de procuration, l’entreprise réaffirme «son sens éthique, sa transparence et ses bonnes pratiques en matière de gouvernance».


Elle affirme aussi se conformer aux lois et règlements environnementaux dans les pays où elle exerce des activités. Et travailler à réduire son empreinte environnementale et améliorer son rendement en matière de durabilité.


En matière de responsabilité sociale (RSE), l’entreprise «évalue différentes options et communiquera lorsqu’elle aura déterminé l’approche qui lui convient le mieux.» Elle ajoute qu’elle traitera cette demande comme tout autre projet, soit en fonction du rendement sur le capital investit.


Produire des indicateurs extra-financiers adossés à des normes internationales coûte plus cher que de produire des indicateurs extra-financiers maison. C’est ce que dictera un choix reposant uniquement sur le rendement financier. Mais des indicateurs maison ne permettent pas à un investisseur de comparer la gestion de risque d’une entreprise à celle des autres entreprises de son secteur.


C’est la firme d’engagement actionnarial montréalaise Aequo qui présentera cette proposition d’actionnaires lors de l'assemblée générale. Aequo est mandatée par les actionnaires qu’elle représente pour mener un dialogue constructif avec les entreprises, afin que ces organisations répondent à certaines préoccupations et leur confirment que leur investissement est protégé, que les risques et les occasions d’affaires sont pris en considération.


La proposition d’actionnaires et une mesure rare. On privilégie le dialogue. Depuis son lancement, en 2016, Aequo n’a présenté que deux propositions d’actionnaires. La première, en avril dernier, fut présentée à TransCanada PipeLines. Les actionnaires demandaient à l’entreprise de présenter son plan de transition énergétique. La direction avait alors recommandé à ses actionnaires de voter en faveur de cette proposition. Couche-Tard n’a pas choisi cette voie.


«Les actionnaires que nous représentons estiment que leur proposition contribuera à créer de la valeur, dit Jean-Philippe Renaut, dg d’Aequo. Ils souhaitent que Couche-Tard poursuive sa croissance et se rangent derrière la thèse voulant qu’un risque qu’on a identifié, qu’on mesure et qu’on communique avec transparence affectera moins la rentabilité qu’un risque négligé.»


Cette proposition n’est pas une surprise pour la direction de Couche-Tard. Tous ces enjeux ont été abordés lors de multiples échanges entre Aequo et l’entreprise. «Nous en sommes rendus à la proposition d’actionnaires », dit Jean-Philippe Renaut.


Le poids des parties prenantes


En matière de responsabilité sociale, on affirme qu'une entreprise doit désormais tenir compte de toutes ses parties prenantes. Et que les administrateurs n’ont plus à se soucier uniquement de l’actionnaires. Au Canada, ils seraient même protégés par la loi, s’ils prennent une décision que ne prend pas uniquement en considération l’intérêt des actionnaires. Dans les faits, lorsqu’une entreprise dresse la liste de ses parties prenantes, les ¾ du temps, elle place ses investisseurs en tête.


La recommandation de Couche-Tard n’est donc pas étonnante. Les contours de la responsabilité sociale des entreprises est loin d’être la même pour tout le monde.


Ce qui étonne toutefois, c’est la faiblesse des arguments qui constituent l’explication du refus de la proposition de Bâtirente et de PGGM.


Pour ma part, ce qui m’a le plus étonnée c’est qu’on cite  «l’expérience significative de certains administrateurs dans des organisations sans but lucratif dotées de mandat social ». Si j’étais actionnaire de Couche-Tard, cela ne me rassurerait pas du tout. Quel est le lien entre les enjeux d’un OBNL et la transition énergétique ou les risques chimiques des boissons énergisantes sur la santé des adolescents? Bâtirente et PGGM réclament du tangible, comme des indicateurs extra-financiers internationaux, pas de bons sentiments.


Le défi de la RSE c’est justement de quitter le flou et l’arbitraire pour adopter des normes fiables.


Je terminerais en disant que le respect des lois constitue une condition minimale en matière de RSE. Mais, peut-on dire que tout ce qui est légal est moral?


 


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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