Amour, sagesse et storytelling, mes 30 minutes avec Deepak Chopra

Publié le 05/09/2017 à 17:24

Amour, sagesse et storytelling, mes 30 minutes avec Deepak Chopra

Publié le 05/09/2017 à 17:24

Crédit: Todd MacMillan

«Nous avons créé une économie où l’on dépense de l’argent qu’on n’a pas gagné pour acheter des objets dont on n’a pas besoin pour impressionner des gens qu’on n’aime même pas.» Deepak Chopra


Les médias français l’ont surnommé le «gourou de la santé spirituelle». Il écrit sur le destin, la guérison, l’éducation des enfants, l’amour, les dépendances, le succès, la richesse… et j’en passe. Le public de Deepak Chopra se retrouve jusque sur les bancs des écoles de gestion. Il enseigne, entres autres, aux prestigieuses écoles américaines Columbia et Wharton.


Ce sera toutefois sa dernière année comme professeur invité. Ce médecin indien, naturalisé américain, aura 70 ans le 22 octobre. «Je franchis une nouvelle étape de ma vie, confie-t-il. Le temps passe. Il reste tant de gens à rejoindre. Je dois tirer profit de la technologie pour passer à l’échelle afin que mes enseignements rejoignent plus d’hommes et de femmes.» Il marque une pause et poursuit en riant, « De toute façon, depuis quelques années, quand on m’aborde, on ne me dit plus «J’ai lu vos livres», mais plutôt «J’ai vu votre vidéo sur YouTube.»


Deepak Chopra sera à Montréal le dimanche 10 septembre. Il participe à l’événement «Célébrer un siècle de génie», organisé par The Einstein Legacy Project. Pendant quatre jours, on soulignera le centenaire de la formule E=mc2.


Lune Rouge, l’entreprise détenue par Guy Laliberté qui fait la promotion de l’innovation, la créativité et l’entrepreneuriat, est associée à cet événement. Guy Laliberté sera d’ailleurs conférencier aux côtés, entre autres, de Deepak Chopra, l’astronaute Chris Handfield et l’ex première ministre norvégienne Gro Harlem Brundtland.


Revenons à ma conversation de ce midi avec Deepak Chopra. Comme en témoignent les thèmes de ses livres, le spectre d’intérêt de ce médecin est vaste. Je me suis concentrée sur ses interventions auprès du monde des affaires.


Q: À quoi ressemble la première journée du cours que vous donnez aux étudiants du MBA?


R: J’amorce la déprogrammation. Ils croient tous qu’ils se sont inscrits au MBA pour bâtir des entreprises et les faire grandir. Je les aide à découvrir qu’ils désirent en fait changer le monde. Je leur demande de répondre en deux phrases à des questions complexes. Quelles sont leurs valeurs principales? Qui sont leurs modèles? Quel est leur talent particulier? Qu’attendent-ils du travail? De quoi rêvent-ils? Leurs réponses sont affichées sur le mur. Le résultat est bouleversant. Ces jeunes réalisent qu’ils ont des rêves plus grands qu’ils imaginaient. Et que d’autres les partagent.


Q: Est-il difficile de «déprogrammer » les étudiants en gestion auxquels vous enseignez?


R: Pas vraiment, les élèves qui assistent à mes cours l’ont choisi. Il y a un processus de sélection. On ne peut pas forcer les gens à changer ni à évoluer. Ce doit être leur décision.



Q: Vous invitez des firmes de capital de risque dans votre cours. Quel rôle jouent-elles?


R: Chacune de mes classes comporte 60 étudiants. Ils sont divisés en équipes de cinq. Chacun doit élaborer un projet d’entreprise, inspiré des valeurs du cours. À la fin de la session, des investisseurs assistent à la présentation de ces projets. Ils sont soufflés devant l’intelligence et la pertinence de ces projets.


Q: On a parlé de l’économie du savoir, d’économie verte, etc. Vous militez pour l’économie de la sagesse (wisdom based economy), de quoi s’agit-il?


R: C’est l’économie basée sur la conscience et la connaissance de ce qui améliore vraiment la vie des employés, des fournisseurs, des clients, des investisseurs, etc.



Q: Comment développe-t-on cette économie de la sagesse?


R: Vous connaissez la pyramide des besoins qui débute par la survie et qui culmine avec l’engagement social. Eh bien, elle s’applique à tout le monde. Pour implanter une économie de la sagesse, les entreprises connaître les composantes de cette pyramide et la transposer au monde des affaires.


Q: Nous ne sommes pas maîtres de nos pensées, dites-vous. Nous sommes conditionnés. Pourtant les dirigeants ont souvent de fortes personnalités et ne s’en laissent pas imposer…


R; Nous sommes maîtres de nos pensées lorsqu’il y a le silence dans notre tête. Les voix dans notre tête ne sont pas les nôtres. Qu’on soit dirigeant ou employé ne change rien. Si on ne sait pas faire le silence dans notre tête, nous ne sommes pas maîtres de nos pensées. Et installer ce silence, il faut d’abord reconnaître que nos pensées ne nous appartiennent pas. La plupart des gens ont la tête qui bourdonne de toute l’insanité du monde.


Q: Selon vous, il faut viser l’excellence et ignorer le succès. Quelle différence entre l’un et l’autre?


R: La quête de l’excellence nous pousse à suivre notre passion. À vouloir injecter du sens à notre activité quotidienne. À exploiter notre talent. La quête de l’excellence est un processus. Le succès est le résultat. Ceux qui visent le succès vont souvent l’atteindre, mais dans quel état! Leur corps en paie le prix.


Q: L’entreprise vit à l’heure du storytelling. Vous en parlez aux PDG que vous accompagnez. Quels conseils leur donnez-vous pour élaborer leur histoire?


R: Une bonne histoire s’appuie sur des fondations solides. Elle repose sur des mythes, une culture, un passé. Ça ne s’invente pas. C’est réel. Et puis, il y a deux histoires. Votre histoire présente, ce que vous vivez en ce moment. Votre histoire future, où vous vous dirigez, les défis qui vous attendent, les alliés sur lesquels vous pouvez compter, les ennemis que vous aurez à combattre, etc.



R: Vous évoquez l’importance de l’amour pour un storytelling efficace...


Q: Toutes les bonnes histoires parlent d’amour, c’est connu. Nous avons besoin de sentir que celui ou celle qui nous raconte l’histoire vibre pour quelqu’un ou quelque chose. Comme dirigeant de quelle portion de votre entreprise, de sa mission, de ses produits, de ses services, de ses activités, êtes-vous amoureux? Nous avons besoin de l’entendre pour croire en votre histoire.


Q: Qu’est-ce que le phénomène d’émergence?


R: L’émergence survient lorsqu’un groupe de personnes affichant une diversité de talents, d’expérience, d’expertise se rejoignent auteur d’une même vision. Cela se fait naturellement. Elles connectent à la fois au niveau spirituel et émotif. Ces gens se reconnaissent malgré leurs différences et ils se choisissent.


Q: Vous enseignez la méditation comme chemin vers la conscience. Comme moyen d’installer le silence en nous. Il existe une surenchère d’offre de cours et d’application de méditation. Simplifie-t-on trop cette démarche? N'y a-t-il pas un risque de commodisation de la spiritualité?


R: Au contraire, c’est très bien ainsi. Pourquoi vouloir que ce soit compliqué? Accueillons les gens où ils se trouvent pour atteindre le plus grand nombre possible. Certains veulent méditer une minute pour se détendre? C’est possible. D’autres veulent aller en retraite fermée pendant 10 jours? Pourquoi pas! Nul besoin qu’une démarche soit difficile pour qu’elle soit authentique. Et puis, je préfère la commodisation de la spiritualité que celle des armes à feu…


 


 


 


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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